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Transports

Dans le port de Saint-Nazaire, des marins s’envolent

L’avion affrété devra effectuer 20 à 30 rotations aériennes par an pour transporter les marins. (Photo d'illustration)

Affréter des avions pour transporter l’équipage d’un de ses navires : telle est l’ambition du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire, établissement public.

Pour leurs déplacements professionnels en métropole, un grand nombre de Français ont recours au train, au bus ou à la voiture. Certains salariés du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire (établissement public sous tutelle de l’État) auront bientôt droit à des avions d’affaires.

Le 2 décembre dernier, le quatrième port français a lancé un appel d’offres pour le transport aérien régulier de dix-neuf de ses marins. Selon les informations recueillies par Reporterre, il s’agit de l’équipage de la drague Samuel de Champlain, un navire de 117 mètres de long utilisé pour aspirer le sable et la vase au fond de la mer, et permettre ainsi aux bateaux ayant besoin d’une profondeur d’eau importante de naviguer aux abords des ports français.

Le personnel de la drague est divisé en deux équipes, qui se relaient chaque semaine à bord. Une fois leur « bordée » hebdomadaire terminée, les marins peuvent rentrer chez eux jusqu’à leur prochaine prise de poste. Problème : la drague se trouve parfois dans d’autres ports que celui de Saint-Nazaire — notamment ceux de Rouen et du Havre — lors de cette rotation. Solution trouvée par l’établissement public pour permettre à ses salariés de rejoindre leur domicile : affréter un avion.

L’avion devra effectuer 20 à 30 rotations aériennes par an

L’entreprise qui remportera ce marché public devra effectuer « entre 20 et 30 rotations » aériennes par an entre l’aéroport de Montoir-de-Bretagne (situé à proximité de Saint-Nazaire), et les ports du Havre, de Dunkerque, de Bordeaux et de Rouen, détaillent les documents relatifs à l’appel d’offres obtenus par Reporterre.

Elle devra également être « disponible et réacti[ve] », et prendre note des réservations « dans les 72 heures ». Le budget prévu par le Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire pour mettre ce service à la disposition de son équipage dépasse les 90 000 euros.

Trajets énergivores

Pourquoi avoir recours à l’avion plutôt qu’au train ou, à la rigueur, à des minibus ? L’appel d’offres n’ayant pas encore été remporté, il est impossible d’estimer finement les émissions de gaz à effet de serre que ces trajets généreront. En utilisant la base de données Empreinte de l’Agence de la transition écologique (Ademe), on peut toutefois noter que les avions de moins de 100 passagers émettent environ, sur ce type de trajets, entre 142 et 241 grammes d’équivalent CO2 par passager et kilomètre [1].

À titre de comparaison, un TER émet aux alentours de 27,7 grammes par passager et kilomètre ; un train à grande vitesse (TGV), aux alentours de 2,93 grammes par passager et kilomètre.

Les marins concernés appartiennent à la drague «  Samuel de Champlain  ». Flickr/CC BY-SA 2.0 Deed/Alexandre Prevot

Interrogé par Reporterre sur les raisons de ce choix, le service presse du Grand port maritime a indiqué, par courriel, qu’« un changement de bordée par route ou train [n’était] malheureusement pas envisageable au regard des temps de travail annuels des marins et des durées de trajet ».

Rallier Saint-Nazaire depuis Le Havre, Rouen, Dunkerque et Bordeaux est en effet beaucoup plus long par la terre : entre 5 h 45 et 7 h 11 en train, avec une correspondance à Paris, contre 1 heure à peine en avion (sans compter, toutefois, le trajet routier entre les ports et aéroports, également compris dans l’appel d’offres). En minibus, il faut compter autour de 4 heures depuis Le Havre, Bordeaux et Rouen, et 7 heures depuis Dunkerque.

« Pas de commentaire supplémentaire »

Effectué à raison d’une fois par semaine, un tel trajet n’est-il pas tolérable ? Consulté par Reporterre, un officier de la marine marchande à la retraite explique avoir effectué durant plusieurs années les trajets entre son port d’attache (Calais) et son domicile (Annecy) en train lors de ses changements de bordée hebdomadaires, malgré les 8 heures de voyage.

« Nous ne ferons pas de commentaire supplémentaire », nous a répondu le service de presse du Grand port maritime lorsque nous avons proposé un échange oral approfondi pour mieux comprendre leurs motifs.

Un comble, alors que l’établissement public exige des candidats qu’ils indiquent les mesures qu’ils comptent « mettre en œuvre pour améliorer les performances environnementales dans le cadre de l’exécution du marché ». Peut-être aurait-il fallu, afin de maximiser les « performances environnementales », s’interroger d’abord sur le bien-fondé écologique dudit marché.

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