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ReportageLuttes

Près de Toulouse, une alliance inédite contre la construction d’une prison

La lutte contre ce projet de prison a réuni agriculteurs, écologistes et militants anticarcéraux.

Écologistes, agriculteurs et militants anticarcéraux font cause commune en Haute-Garonne contre la construction d’une nouvelle prison. Le projet d’établissement de 615 places menace terres agricoles et espèces protégées.

Le Tour de France des luttes [3/6] Pendant les trois semaines de la Grande Boucle cycliste, Reporterre vous fait découvrir des luttes écologistes emblématiques des régions traversées par le peloton. Vous pouvez retrouver nos précédentes étapes ici et . Aujourd’hui, nous suivons le parcours de la 15e étape, entre la Haute-Garonne et l’Aude.



Toulouse (Haute-Garonne) correspondance

« On préfère la moisson à la prison ! » Suspendue à l’avant d’un tracteur, la pancarte illustre une alliance inédite : celle de syndicats agricoles, d’associations écologistes, de riverains et de mouvements anticarcéraux réunis au sein d’un collectif pour lutter ensemble contre la construction d’une nouvelle prison à Muret, en Haute-Garonne.

Dans cette commune située à une vingtaine de kilomètres au sud de Toulouse, l’État prévoit d’édifier un nouvel établissement pénitentiaire en artificialisant 17 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels protégés. Prévoyant d’accueillir 615 détenus, cette prison s’inscrit dans le plan Macron visant à créer 15 000 nouvelles places de prison d’ici à 2027, pour « résorber la surpopulation carcérale ».

« Il y a un vrai problème d’aménagement du territoire »

Le territoire muretain concentre déjà plusieurs établissements pénitentiaires : un centre de détention et une maison d’arrêt, à cheval sur la commune voisine de Seysses. Cette maison d’arrêt est d’ailleurs l’une des plus surpeuplées de France, avec un taux d’occupation de 180 %.

« Il y a un vrai problème d’aménagement du territoire », dit le maire de Muret, André Mandement. « On veut construire une troisième prison dans notre commune, ce qui ferait de nous le premier centre pénitentiaire de France. Plus de 2 000 détenus pour 30 000 habitants, cela n’a aucun sens », poursuit l’édile, qui s’oppose au projet avec plusieurs maires des alentours ainsi que la communauté d’agglomération du Muretain qu’il préside.

Les opposants à la nouvelle prison ont organisé des manifestations et formulé des recours juridiques contre le projet. © Collectif Non à la 3e prison de Muret

Structurée en collectif depuis 2019, la société civile s’est également emparée du sujet. « On a des gens très différents dans le collectif, mais tout le monde se retrouve dans l’opposition à cette nouvelle prison », explique Caroline Mourgues, de la Ligue des droits de l’Homme (LDH). « À la LDH, nous critiquons surtout la politique carcérale française, qui vise à enfermer toujours plus sans s’attaquer aux véritables causes de la surpopulation carcérale. Il faut plus de peines alternatives, davantage de peines en milieu ouvert, comme le font d’autres pays européens », dit-elle.

« Au début du collectif, c’était parfois un peu compliqué car nous étions avec des personnes qui ne sont pas contre les prisons et ne comprenaient pas notre point de vue, poursuit cette experte du sujet. Mais chacun y est pour ses propres raisons : alerter sur les enjeux environnementaux, dénoncer l’accaparement de terres agricoles... »

Une soixantaine d’espèces protégées menacées

Ces arguments ont notamment trouvé un écho chez certains riverains, réunis au sein de l’association Cesaam, également opposée au projet. « C’est une force d’avoir une telle diversité dans cette lutte. Au début, on s’opposait surtout pour des raisons environnementales : 17 hectares de terres artificialisées, une soixantaine d’espèces protégées menacées... C’était pour nous une évidence », dit Jean-Marc Dizel, membre de l’association.

L’association Les Amis de la Terre fait aussi partie du collectif, tout comme le syndicat agricole des Jeunes Agriculteurs. Cette situation, plutôt rare, fait cohabiter militants écologistes et agriculteurs d’un syndicat proche de la FNSEA.

« C’est un message désastreux envoyé aux jeunes agriculteurs »

Cette proximité de circonstance fait sourire Tristan Fava d’Albert, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs de Haute-Garonne : « On n’a aucun avis sur les politiques carcérales, mais dans ce dossier, il est aussi question de foncier agricole. C’est un message désastreux envoyé aux jeunes agriculteurs qui souhaitent s’installer : on préfère bétonner pour construire des prisons plutôt que de préserver les terres », raconte l’agriculteur, qui possède des terres à moins d’un kilomètre du site retenu pour la future prison.

Des mouvements anarchistes et anticarcéraux gravitent également autour du collectif, participant ponctuellement à certaines manifestations, ce qui ajoute une diversité politique et militante inédite. Le projet de construction d’une nouvelle prison a aussi été attaqué devant les tribunaux : deux recours ont été déposés contre la déclaration d’utilité publique prise en 2021, et un autre contre la dérogation relative aux espèces protégées accordée en 2023.

Malgré ces actions en justice, les travaux de la nouvelle prison pourraient démarrer d’un jour à l’autre en attendant d’éventuelles décisions de justice. Contactés, le ministère de la Justice et la préfecture de Haute-Garonne n’ont pas répondu à nos sollicitations.

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