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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Reportage — COP26

Présence policière et rues bloquées, Glasgow mise sous cloche pendant les négociations

À Glasgow, jeudi 4 novembre.

À Glasgow, qui accueille la COP26, des habitants déplorent la venue du Premier ministre anglais, Boris Johnson, et l’omniprésence policière. D’autres contribuent au sommet mondial sur le climat en hébergeant des participants. Les adolescents et les retraités n’attendent, eux, aucun changement de la part des dirigeants occidentaux.

Glasgow (Écosse), reportage

À l’intérieur des deux bâtiments iconiques abritant la COP26 — l’auditorium surnommé le « Tatou » en raison de sa forme et la salle polyvalente SSE Hydro — une vie parallèle s’est développée depuis dimanche 31 octobre. Le petit monde des chefs d’États, des ambassadeurs, des journalistes, des délégués et des ONG n’y vit plus qu’au rythme des annonces d’accords internationaux, oubliant parfois que la planète qu’ils tentent de sauver du désastre continue, elle, de tourner. Pourtant, la vie à Glasgow, hors des murs du Scottish Event Campus, n’a pas cessé de vibrer. Loin des impénétrables négociations qui se nouent à quelques kilomètres de chez eux, les habitants de la plus grande ville d’Écosse participent, eux aussi, au combat contre le réchauffement climatique.

Anne, 67 ans, une militante anglaise d’Extinction Rebellion, nous reçoit dans son chaleureux appartement du quartier résidentiel de North Kelvinside. L’ancienne traductrice de documents médicaux a décidé d’accueillir des gens venus du monde entier. Elle a utilisé pour ce faire le «  The COP26 Homestay Network », une plateforme en ligne pour permettre aux locaux d’héberger les participants de la COP à des tarifs très bas voire gratuitement. L’initiative a été un succès. Contactée par Reporterre, Kat Jones, sa fondatrice, nous a confirmé ce jeudi 4 novembre que près de 1 200 habitants de la ville de Glasgow ont utilisé le site pour proposer une chambre ou un canapé.

Anne, 67 ans : « Face à l’apocalypse climatique qui s’annonce pour le monde occidental, que faire d’autre que d’essayer de créer des communautés fortes et résilientes ? » © Pierre Larrieu/Reporterre

Pour Anne, cet engagement est une nécessité : « Face à l’apocalypse climatique qui s’annonce pour le monde occidental, que faire d’autre que d’essayer de créer des communautés fortes et résilientes ? », explique-t-elle. Ses espoirs dans la COP ? Minces : « Il ressort de tout ça un vague sentiment de positivité, les populations indigènes et des pays du Sud ont, peut-être, davantage l’occasion de se faire entendre. Mais globalement, les politiques sont corrompus et ce gouvernement-là en particulier. Il suffit de regarder comment l’industrie du pétrole continue d’être largement soutenue par l’exécutif pour s’en rendre compte… » Selon l’organisation Uplift, les compagnies pétrolières et gazières au Royaume-Uni auraient reçu, depuis la signature de l’Accord de Paris, 4 milliards de livres (4,7 milliards d’euros) d’aides gouvernementales.

Joe, un autre militant environnemental de 22 ans, rencontré dans un café proche de l’Université de Glasgow, est encore moins optimiste : « Je pense que les COP sont une gigantesque entreprise de greenwashing. On en fait depuis 25 ans et nos émissions n’ont pas cessé d’augmenter. » Ce jeune étudiant en sciences politiques, originaire de Glasgow, estime par ailleurs que la présence policière, massive pour l’évènement, est problématique pour plusieurs raisons. Près de 10 000 policiers ont été déployés dans la ville, dont beaucoup venus de l’Angleterre voisine. « Nous ne voulons pas de policiers anglais en Écosse. C’est terrible pour les personnes vulnérables : la dernière fois, j’ai vu quelqu’un de Glasgow en état d’ivresse être arrêté par la police. En temps normal, les polciers auraient laissé tranquille cette personne mais là, ils grouillent de partout. » Selon lui, le déploiement de cette police venue de Londres est un message politique : « Le gouvernement britannique veut montrer ses muscles à l’Écosse, montrer que c’est Westminster qui décide. C’est aussi une manière pour l’exécutif de dire que les militants environnementaux ne gagneront pas la bataille face aux forces de l’ordre. »

Priti Patel, la ministre de l’Intérieur, a récemment poursuivi en justice les militants écologistes ayant bloqué les routes dans le sud de l’Angleterre pour protester contre l’inaction politique de Boris Johnson. Elle a également annoncé récemment un durcissement des sanctions à l’égard de ceux que le Premier ministre britannique a qualifié de « hippies irresponsables ».

« Les chefs d’État n’écoutent pas ce qu’on leur dit. »

Chez les adolescents, la question est réglée. Rencontrés à la sortie des classes, non loin de Kelvinpark, des Écossais âgés de 14 ans n’ont pas de mots assez durs pour décrire la COP26. « Ils auraient pu la faire en ligne, à cause d’elle, le Covid va à nouveau exploser en Écosse », « C’est une perte de temps, les chefs d’État n’écoutent pas ce qu’on leur dit », « La COP est un gaspillage d’argent », hurlent-ils tous en même temps, ravis d’être interviewés par des journalistes français. Plus mesuré que ses camarades, Eliott, un jeune franco-britannique, explique doctement que la COP26 « ne marchera que si les dirigeants mettent tous leurs efforts en commun ». Mais pour le jeune Alfie, la COP26 n’apporte que des ennuis aux locaux : « Je hais ce qu’il se passe en ce moment. Ils bloquent nos routes », déplore-t-il, un brin provocateur.

Selon Liz, une institutrice de 38 ans, les déviations sont malheureusement la seule façon qu’ont les Glaswegiens de se rendre vraiment compte de ce qu’il se passe à l’intérieur : « On n’est au courant de rien, même les événements à l’extérieur ne font pas l’objet d’une grande publicité », regrette-t-elle. Pour certains travailleurs de Glasgow, les déviations représentent cependant un véritable désagrément. « Je suis inquiet, je ne sais pas si je vais réussir à travailler durant les quinze prochains jours », nous avait ainsi confié un chauffeur de taxi dimanche dernier. Ce dernier était par ailleurs intarissable sur le Premier ministre britannique, surnommé « Doris Johnson » en référence au poisson amnésique du dessin animé Le Monde de Némo. « Il fait des promesses qu’il ne tient jamais », avait-il déploré.

Tom, comme bon nombre de Glaswegiens, rejette la présence du Premier ministre britannique Boris Johnson. © Pierre Larrieu/Reporterre

Tom, ex-journaliste au Glasgow Herald, renchérit : « Boris Johnson est haï par ici, il est vu comme un charlatan, un menteur. Pour nous, c’est la honte absolue. » Pas étonnant. À Glasgow, ancienne circonscription de la Première ministre écossaise nationaliste Nicola Sturgeon, le mouvement pour l’indépendance est très populaire. Or le Premier ministre britannique, conservateur, est connu pour ses vues franchement unionistes. Malgré la présence de Boris Johnson, auquel il ne fait pas du tout confiance, Tom voit la tenue de la COP26 comme un bon signe : « Ça montre le désir de changement », dit-il. Seul désagrément pour ce septuagénaire au regard malicieux : il n’a pas pu promener son chien dans sa rue préférée, fermée pour cause de dîner organisé lundi soir pour les leaders internationaux. Peut-être pas une si mauvaise idée de la part des autorités : « Peut-être que mon chien aurait mordu Boris Johnson », sourit-il.


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