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Reportage — Luttes

Rouen : en pleine canicule, des arbres coupés pour un projet immobilier

Après le début des travaux dans les Jardins joyeux de Rouen, le 18 juillet 2022.

La destruction des Jardins joyeux de Rouen pour construire une résidence a démarré ce 18 juillet. Grâce à l’aide de la police, les employés du promoteur ont coupé des arbres de ces grands jardins urbains.

Rouen (Seine-Maritime), reportage

« On a la rage. Moi je n’ai jamais eu autant la rage contre quelque chose et cette rage elle va se transformer d’une quelconque manière. » Ces mots sont de Lucile, membre du collectif des Jardins joyeux après l’entrée des engins de chantier dans les jardins de l’ancien foyer Sainte-Marie de Rouen.

Ce lundi 18 juillet, profitant d’un début de matinée encore frais, ils étaient une quinzaine de militants et de riverains à tenir le pavé pour surveiller le possible début des travaux qui devrait transformer cet ancien foyer catholique et ses 4 000 m² de jardins en une résidence de standing. Sur les coups de 8 h, un camion à plateau faisait son apparition avec, à son bord, du matériel destiné à la coupe d’arbres.

Les défenseurs des jardins, parmi lesquels se trouvait l’adjoint municipal Manuel Labbé, se sont opposés à l’entrée des engins du promoteur sur le site. © Guénolé Carré / Reporterre

Pour empêcher l’engin et son chargement de pénétrer sur le site, les manifestants ont bloqué l’impasse des Flandres, au bout de laquelle se situe l’unique accès adapté aux véhicules. Appelés par les employés du chantier, une quinzaine de policiers sont rapidement arrivés sur place.

Après avoir retiré les barrières qui bloquaient la rue et ceinturé les activistes assis sur la route, ils permettaient au camion de pénétrer dans les jardins. Personne n’a été arrêté. « Qu’est-ce que vous pensez que vos enfants penseront de vous quand il n’y aura plus aucun arbre ? » pouvait-on entendre crier au-devant à une ligne d’agents impassibles.

Une première occupation expulsée en janvier

À Rouen, la lutte pour la préservation des Jardins joyeux dure depuis plus d’un an. Situé en plein centre-ville, l’ancien foyer catholique a vu ses dernières pensionnaires partir en 2015. Il a été racheté par le promoteur caennais Sedelka, qui a lancé un projet de résidence de standing sur le site. Mais ce projet d’habitat de luxe implique, entre autres, la destruction du vaste parc qui abrite une biodiversité exceptionnelle en ville.

Après une occupation du site en juin 2021 entraînant un premier retard des travaux, les Jardins joyeux — du nom que lui avaient donné ses habitants — étaient expulsés par la force en janvier dernier.

Une broyeuse à branches a été acheminée dans les jardins. © Guénolé Carré / Reporterre

Les opposants, surpris, ont cru jusqu’au dernier moment à un gel des travaux à la suite de la réunion de mercredi dernier entre le maire de Rouen et le promoteur. Lors de cette discussion qui, pour la première fois, voyait se rencontrer le maire — Nicolas Mayer-Rossignol — et le représentant de la société Sedelka, la mairie avait proposé une compensation foncière en contrepartie d’un abandon du projet ou de sa révision dans une version épargnant les jardins.

Pourtant, comme le confirmait lundi matin le cabinet du maire à l’un des adjoints, aucun engagement n’a été pris par la société Sedelka qui s’est bornée à déclarer « étudier ces propositions ». Pour Lucile, l’acharnement de Sedelka à poursuivre son projet pose un point de non-retour : « Ces gens-là, on ne peut pas leur faire confiance, ça ne sert à rien de discuter avec eux, il y a un moment où tout ce qu’ils comprennent, c’est la pression politique. »

« On est en pleine canicule et c’est si facile d’arracher des arbres »

De ce point de vue, les activistes peuvent compter sur le soutien de plusieurs élus locaux. Parmi eux, la députée Nupes Alma Dufour. Contactée par téléphone, elle dénonce une contradiction globale entre déclarations écologiques et projets écocides : « On fait des grands discours sur l’écologie, on renature les villes et là, on est en pleine canicule et c’est si facile d’arracher des arbres. Il y a une vraie schizophrénie entre ce qui est dit et ce qui est fait. »

Une imposante plaque de métal bloque désormais l’entrée du foyer Sainte-Marie. © Guénolé Carré / Reporterre

Interrogée sur la position du maire de Rouen qui déclarait avoir fait tout ce qu’il pouvait face au promoteur, Alma Dufour rétorque : « On a toujours les moyens d’aller un peu plus loin », pointant au passage la responsabilité de la mairie dans l’expulsion des jardins en janvier dernier.

L’équipe de la députée s’est rendue mardi matin devant le foyer Sainte-Marie pour bloquer la poursuite du chantier. De leur côté, les militants sont toujours déterminés à arracher l’annulation du projet avant que les dégâts sur les jardins ne soient irrémédiables.

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