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Forêts

Sauver les forêts, un chantier pour les prochains dirigeants allemands

De nombreuses espèces protégées ont leur habitat dans la forêt de Grumsiner, en Allemagne.

À l’approche des élections fédérales allemandes, Reporterre se penche sur les grands enjeux écologiques qui bousculent le pays. La destruction des forêts, malades du réchauffement climatique et affaiblies par les monocultures, est l’un d’eux.

Lors des élections fédérales allemandes du 26 septembre, une nouvelle chancelière ou un nouveau chancelier sera élu à la place d’Angela Merkel. Reporterre publie une série d’articles présentant certains des enjeux écologiques débattus outre-Rhin : le charbon, le nucléaire, la voiture électrique, la taxe carbone et aujourd’hui, les forêts.



Des pins et des épicéas d’un vert profond ne restent que des squelettes d’arbres brun-gris, des troncs morts, sur des centaines d’hectares. Chênes et hêtres ont perdu leurs feuilles, parfois leurs branches. De la Forêt-Noire au massif du Harz, des forêts de Bavière à celles du Brandebourg, c’est le même constat. « Nos forêts sont malades », alerte dans une vidéo la ministre allemande de l’Agriculture Julia Klöckner. Outre-Rhin, seul un arbre sur cinq est encore en bonne santé, selon le dernier rapport officiel. Ce chiffre n’a jamais été aussi bas depuis le début des relevés, en 1984. Autre record : 138 000 hectares de forêts sont morts en 2020.

Les Allemands ont baptisé le phénomène « Waldsterben », la « mort des forêts ». Le responsable est connu : l’humain, qui dérègle le climat. En 2018 et 2019, l’Allemagne a connu des périodes de canicule et de sécheresse inédites, qui ont durablement abîmé ses forêts habituées à un climat plutôt frais et humide. Le déficit en eau est tel que l’année 2021, pourtant pluvieuse, n’a pas permis de restaurer les réserves.

Une catastrophe n’arrivant jamais seule, ces forêts en piteux état se sont transformées en buffet à volonté pour les parasites : le scolyte s’incruste sous l’écorce des résineux, bloque la circulation de la sève, provoque le dessèchement des arbres. « Le scolyte est une espèce endémique, il fait partie de notre écosystème », souligne la biologiste de l’université de Fribourg Sylvie Berthelot. Ce petit coléoptère agit comme un nettoyeur des forêts, qui attaque les arbres malades. « Le problème, c’est que la sécheresse a affaibli tellement d’arbres que le scolyte se propage à grande échelle », explique la chercheuse. Dans la seule région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans l’ouest de l’Allemagne, le scolyte a tué 44 % des plantations. Selon Peter Wohlleben, ingénieur forestier et auteur du best-seller La vie secrète des arbres (éd. Les arènes, 2017), la moitié des forêts allemandes pourrait disparaître d’ici dix ans.


À lire aussi : Tueurs d’épicéas, les scolytes dévastent les forêts des Ardennes


L’Allemagne est le pays qui compte le plus d’arbres en Europe, une richesse qui capte chaque année 7 % des émissions de CO2 nationales. En mourant, les arbres rejettent le dioxyde de carbone qu’ils stockaient. « Au lieu de protéger le climat, les forêts pourraient devenir elles-mêmes une source d’émissions de CO2 », s’alarme Nicola Uhde, experte de l’association environnementale Bund.

Comment en est-on arrivé là ? Après la Seconde Guerre mondiale, les forêts allemandes ont été massivement replantées avec des résineux, qui ont l’avantage de pousser vite et droit. Ils étaient destinés dans un premier temps à payer les « réparations » dues aux puissances victorieuses qui occupaient l’Allemagne, puis à l’industrie du bois. Pins et épicéas sont ainsi devenus majoritaires dans des régions pourtant inadaptées à ces essences, ce qui les rend particulièrement fragiles. D’après la Société de protection des forêts allemandes (SDW), les conifères représentent aujourd’hui 56 % des arbres Outre-Rhin, contre seulement 21 % en France.

« Il faut davantage protéger la forêt des activités humaines »

Face à la catastrophe, Berlin vient de débloquer 1,5 milliard d’euros pour éliminer le bois mort et reboiser. Il s’agit du « plus grand programme de conversion écologique des forêts de l’histoire de l’Allemagne », assure la ministre conservatrice Julia Klöckner. Les propriétaires forestiers sont encouragés à associer différentes essences d’arbres en remplacement des monocultures. Une stratégie qui a du sens, selon les dernières études comme celle de Sylvie Berthelot, publiée début 2021 dans la revue scientifique The journal of ecology : « Les forêts mixtes protègent du scolyte, en particulier lorsqu’on y plante aussi des feuillus », explique la chercheuse.

Près de 75 % du parc national Bayerischer Wald est laissé à l’état sauvage. Flickr / CC BY-NC 2.0 / Davide Zanchettin

Pour les associations et les acteurs de terrain, ce n’est pas suffisant. « Il faut davantage protéger la forêt des activités humaines », explique à Reporterre Franz Liebl, directeur du parc national Bayerischer Wald. 72 % de son parc est aujourd’hui entièrement sauvage. « On observe que malgré les calamités, comme l’invasion de scolytes, la forêt a la capacité de se régénérer seule et de s’adapter au changement, à condition de la laisser faire. » L’Allemagne a échoué à atteindre l’objectif de 5 % de sa surface forestière consacrée aux parcs nationaux qu’elle s’était fixé pour 2020, avec un taux actuel de 3,2 % seulement.

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