Une incroyable découverte : une centaine de nouvelles espèces identifiées en Guadeloupe
Oiclus desirade, le scorpion découvert sur l'île de la Désirade, à l'est de la Guadeloupe. - © Loïc Tello y Vazquez - ARB-IG
Oiclus desirade, le scorpion découvert sur l'île de la Désirade, à l'est de la Guadeloupe. - © Loïc Tello y Vazquez - ARB-IG
Durée de lecture : 4 minutes
Lors d’une expédition scientifique de grande ampleur, 120 chercheurs ont observé et documenté plus d’une centaine de nouvelles espèces, marines et terrestres. Et ce n’est qu’un début.
En matière de biodiversité, la Guadeloupe est loin d’avoir livré tous ses secrets. C’est le bilan que l’on peut tirer des résultats de l’expédition scientifique Planète revisitée, publiés le 16 décembre. Au total, près d’une centaine de nouvelles espèces ont été découvertes.
L’enquête, menée en 2024, a mobilisé une équipe colossale. Pendant quarante jours, 120 chercheurs locaux et internationaux ont sillonné les îles des Saintes, de Marie-Galante et de La Désirade, situées au sud des deux îles principales de la Guadeloupe. Des pièges de différents types ont été posés dans différents écosystèmes, complétés par une équipe d’experts sur le terrain. « Nous avions déjà fait quelques recherches dans ces îles, mais jamais de cette ampleur. C’est pour cela que l’on trouve beaucoup de nouvelles espèces », précise Julien Touroult, directeur scientifique du volet terrestre.
Près de 50 nouvelles espèces marines
Cette expédition portée par l’Agence régionale de la biodiversité des îles de Guadeloupe (ARB-IG) et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) s’est avérée fructueuse : « Sur les 2 000 échantillons collectés sur terre et les 2 000 en mer, nous avons déjà pu identifier de nouvelles espèces. Un scorpion blanc, repéré à La Désirade, ou encore un coléoptère de près d’un centimètre », ajoute-t-il. Au total, près de 50 nouvelles espèces marines ont été découvertes, ainsi qu’une quarantaine d’insectes et une trentaine de plantes.
D’autres fois, ce sont des insectes présents ailleurs en Amérique latine… ou sur le continent africain que l’on a découvert, pour la première fois, dans la faune tropicale de l’archipel. « À Marie-Galante, nous avons retrouvé des bousiers en provenance d’Afrique de l’Ouest, probablement importés ici par des humains. Ils restent sans danger pour la faune et la flore locale », souligne Laure Corbari, enseignante chercheuse au MNHN et coordinatrice scientifique de l’expédition.
C’est une information capitale, la Guadeloupe faisant partie de la trentaine de points chauds pour la biodiversité dans le monde, ces zones peuplées de nombreuses espèces endémiques. Si, sur l’archipel, on ne dénombre pas un nombre particulièrement important d’espèces (environ 12 000), certaines d’entre elles n’existent qu’en Guadeloupe. Les écosystèmes de La Désirade et Marie-Galante demeurent préservés, mais les espèces endémiques et sub-endémiques (qui ne sont que très peu présentes en dehors de leur territoire principal) des Saintes sont, elles, jugées dans un état relativement critique.
« Nous ignorons encore tout de près de 80 % de la biodiversité de la planète »
Tous les résultats de l’expédition ne sont pas encore connus — environ 4 000 espèces ont été prélevées et doivent être analysées — et des nouveautés devraient être annoncées dans les années qui viennent. « Avec un peu de chance, d’ici cinq ans, toutes les découvertes majeures seront établies et nous aurons trouvé plusieurs espèces nouvelles », anticipe Julien Touroult. Une situation loin d’être étonnante pour Laure Corbari : « Il faut rappeler que nous ignorons encore tout de près de 80 % de la biodiversité de la planète. »
En Guadeloupe, il n’est pas impossible d’espérer, selon Julien Touroult, de voir une nouvelle expédition se déployer dans le futur sur les deux ailes du papillon que forment les deux îles principales de l’archipel : « Les dernières recherches en Grande-Terre et en Basse-Terre remontent aux années 1970. Depuis, nos instruments ont évolué. Nous ferions probablement des découvertes. Déjà, dans les fonds marins, une première recherche a été menée près du Grand-Cul-de-Sac-Marin [dans le nord de l’archipel], entre 2012 et 2015. Elle a permis de décrire 300 nouvelles espèces », rappelle le chercheur.
Outre la dimension scientifique, cette initiative a également vocation à sensibiliser la population locale et les collectivités territoriales à l’importance de la préservation de cet environnement unique. Des visites scolaires sont réalisées dans le cadre de cette restitution afin de sensibiliser et d’entraîner les plus jeunes à la préservation de leur écosystème.