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Eau

« Si on n’a pas de pluie, on va être très, très mal » : une sécheresse intense assèche la France

La Loire à sec à Saumur (Maine-et-Loire), le 26 juin 2026.

Nos sols et cours d’eau sont extrêmement secs et inquiètent les observateurs, le pire étant à venir. « Tout un pan de la politique de l’eau s’effrite », préviennent-ils.

La sécheresse est là et elle est massive. Au 2 juillet, 30 départements français étaient placés en niveau de crise sécheresse. Au total, 96 départements avaient franchi des seuils de vigilance ou d’alerte sécheresse. C’est plus que les 85 départements concernés à la même période en 2022, année d’une sécheresse estivale historique. La situation se tend partout, de la Franche-Comté, où des rivières à sec entraînent des hécatombes de poissons, à la Bretagne, où l’assèchement met la gestion de l’eau potable en tension.

La situation n’est pas surprenante : elle est la conséquence directe du déficit de précipitations des dernières semaines, combiné aux chaleurs extrêmes des deux vagues de chaleur de mai et juin qui ont exacerbé l’évaporation et l’évapotranspiration de l’eau par les plantes. Entre autres indicateurs, le tarissement des cours d’eau du pays est particulièrement révélateur.

Chute brutale des courbes

« Juste avant la première canicule, on avait des niveaux sur les cours d’eau plutôt très hauts pour la saison. Puis ça a dégringolé, dit Claire Magand, hydrologue à l’Office français de la biodiversité (OFB). C’est d’autant plus impressionnant que la baisse est normalement un phénomène assez lent. »

L’évolution de la Loire, par exemple, est impressionnante. Mi-mai, son débit à Montjean-sur-Loire était au-dessus de la normale, mesuré à 668 m³/seconde. Le 30 juin, il avait chuté à 142 m³/s, un niveau trois fois plus bas que la normale. La Garonne a quant à elle vu son débit au niveau de Lamagistère fondre de 510 m³/s à 89 m³/s entre début mai et fin juin.

Le tarissement n’est pas uniformément réparti sur le territoire. L’Observatoire national des étiages montre une situation des cours d’eau très dégradée sur un axe allant du centre à l’est du pays, ainsi qu’à l’ouest, particulièrement autour de la Charente-Maritime et des Deux-Sèvres. Des points rouges émaillent malgré tout la carte de France un peu partout. Sur les 3 229 stations d’observation réparties sur la France métropolitaine, 509 indiquaient fin juin un assec (un lit de rivière totalement dépourvu d’eau sur plus de la moitié du lieu d’observation), contre à peine 84 fin mai.

En rouge, les assecs. Capture d’écran/Observatoire national des étiages

En plus des cours d’eau, la sécheresse des sols inquiète les observateurs. « L’humidité des sols est proche des minimales historiques pour le mois de juin. C’est même plus sec que 2022 et 2025 », dit Simon Mittelberger, climatologue à Météo-France. La faute, bien sûr, aux chaleurs écrasantes, mais aussi à l’absence d’épisodes orageux capables de venir soulager un peu les sols. Après une première quinzaine de mai copieusement arrosée, la suite du mois et surtout celui de juin sont restés particulièrement secs.

Le pire est à venir

« On a un déficit de précipitations de 45 % en juin. Même si quelques épisodes orageux arrivent ponctuellement, une grande partie de la pluie sera évaporée immédiatement à la surface du sol, et ce qui reste sera absorbé par les plantes. Le sol va très peu s’humidifier », prévient Simon Mittelberger.

Cet état de sécheresse avancé est d’autant plus inquiétant que les choses ne vont faire qu’empirer. « L’épisode de sécheresse en cours est appelé à se poursuivre et à s’intensifier dans les semaines à venir », a déclaré le 1er juillet le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, au sortir d’une réunion du comité d’anticipation et de suivi hydrologique.

De fait, Météo-France ne prévoit pas de retour des précipitations dans les quinze prochains jours, à part quelques épisodes brefs et locaux. Et les températures devraient rester très chaudes sur le pays sans, a priori, atteindre l’intensité de la vague de chaleur de la fin juin.

« Si on n’a pas de pluie, clairement, on va être très, très mal »

Celle-ci était notamment historique par sa précocité : c’est aussi le cas de cette sécheresse, qui atteint des seuils extrêmes alors que la saison estivale débute à peine. D’où l’inquiétude quant à la capacité du pays à encaisser le reste de l’été. « Si on n’a pas de pluie, clairement, on va être très, très mal. Autant du côté de la biodiversité que de l’agriculture », dit Claire Magand.

La situation est d’autant plus critique que nous sommes typiquement dans une configuration où la sécheresse s’autoalimente. D’une part, parce que les fortes chaleurs entraînent une forte hausse des consommations anthropiques d’eau : l’eau potable, l’irrigation, l’abreuvement des animaux, etc. Ce qui diminue le niveau, déjà bas, dans les nappes et les rivières où elle est puisée.

D’autre part, parce que la torpeur accentue les probabilités que les précipitations, si et quand elles arriveront, tombent sous forme de pluies orageuses intenses. Or, en situation de sécheresse, ces pluies seront d’autant moins efficaces. « Les pluies intenses favorisent le ruissellement plutôt que l’infiltration dans le sol. Et un sol hyper sec favorise aussi le ruissellement. Il est si chaud qu’il favorise aussi l’évaporation. Et la végétation en stress hydrique pompera tout ce qu’elle pourra », dit David Ratheau, hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Une année typique du changement climatique

Autrement dit, rien ne s’infiltrera pour recharger les nappes d’eau souterraines, ces réserves précieuses qui jouent un rôle tampon sur les sécheresses, en ralentissant le cycle de l’eau et en alimentant les cours d’eau l’été.

Pour l’instant, la situation des nappes, suivie par le BRGM, est globalement moins critique que celle des sols et des cours d’eau. Avec des contrastes régionaux assez forts. « Le niveau est encore satisfaisant dans la Beauce, sur le pourtour méditerranéen ou en Languedoc-Roussillon, par exemple. Mais certaines nappes ont des valeurs très basses, notamment dans le Massif central et le Limousin », détaille David Ratheau. C’est surtout préoccupant pour la suite, avec l’aggravation annoncée de la sécheresse, qui pourrait faire atteindre à ces nappes des niveaux proches des records bas.

Or, « les nappes n’ont pas seulement un rôle de soutien au débit des rivières, elles sont aussi très importantes pour leur température, elles apportent de l’eau fraîche et offrent un refuge thermique à de nombreuses espèces qui en ont besoin pour survivre », souligne l’hydrogéologue.

Un autre point saillant de l’épisode de sécheresse en cours est le très fort contraste qu’il génère avec le début de l’année. En février, nous battions un record… d’humidité des sols ! Avec des crues d’une ampleur exceptionnelle, notamment sur la Garonne, la France a en moyenne connu un taux d’humidité des sols record depuis le début des mesures. Cinq mois plus tard, la courbe joue aux montagnes russes : nous sommes proches d’un minimum historique sec.

« Cela illustre parfaitement ce que l’on attend dans un contexte de changement climatique : des hivers qui pourront être plus pluvieux, mais qui n’empêcheront pas une aggravation des sécheresses l’été », résume Simon Mittelberger.

2026 se présente comme un avant-goût d’une année standard du futur

Plus de catastrophes hivernales, inondations, crues, d’un côté, plus de canicules, sécheresses, incendies et autres dégâts estivaux de l’autre : 2026 se présente comme un avant-goût d’une année standard du futur.

« Ce qui est inquiétant, c’est que malgré tous les efforts des scientifiques pour lancer l’alerte, on est toujours dans de la gestion de crise, de l’ajustement au dernier moment, à tous les niveaux », déplore Éric Sauquet, hydrologue à l’Inrae et responsable scientifique du projet Explore 2, qui vise à donner les meilleures clés possibles aux décideurs quant à l’avenir hydrologique du pays.

Il précise : « Tout un pan de la politique de l’eau, la vision d’une eau comme bien commun, s’effrite et ça nous fait peur. Malheureusement, on sait que les premiers sacrifiés risquent d’être les actions de préservation de la biodiversité. »

Comme un symbole, le Sénat a commencé, le 29 juin, le débat sur la nouvelle loi d’urgence agricole, qui prévoit de renforcer la mainmise de l’agro-industrie sur les ressources en eau du pays. La notion de « sobriété » dans la consommation d’eau est même devenue tabou pour l’occasion et a été exclue des débats par le gouvernement.

En pleine sécheresse, et alors que les scientifiques ne cessent d’alerter sur la nécessaire adaptation à une France de plus en plus sèche, ce déni de science constitue un énième exemple de trumpisme à la française. Un naufrage à sec.

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