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Animaux

Stérilisation, gazage... Contre les pigeons, des villes prêtes à tout

Pigeon à Valence, en France, le 2 novembre 2024.

Stérilisation, gazage... Les villes tentent de se débarrasser des pigeons avec des méthodes jugées cruelles par les associations de défense des animaux. Et ce, alors que d’autres techniques existent.

Des pigeons appâtés et capturés dans des cages, transportés, puis gazés dans des caissons à CO2… Ce scénario se déroule dans encore beaucoup trop de villes françaises, selon Projet Animaux Zoopolis (PAZ). L’association de défense animale a révélé le 8 décembre le nom de vingt villes — les plus grandes sur un total de 250 — ayant recours à des méthodes jugées cruelles pour réduire le nombre de pigeons sur leur territoire. Dans cette liste figurent notamment Lille, Reims, Brest, Orléans et Nancy.

Le gazage au CO2 est la méthode la plus utilisée dans les villes, après la capture des pigeons. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les pigeons ne sont pas anesthésiés, précise Amandine Sanvisens, cofondatrice de PAZ. Ce gazage occasionne une mort extrêmement lente. Pendant plusieurs minutes, les oiseaux agonisent. Sans compter que la capture dans des cages est également très violente. Les pigeons peuvent parfois rester plusieurs jours sans boire ni manger si les cages ne sont relevées qu’une fois par semaine. »

L’ambition de PAZ avec la publication de cette liste de villes : sensibiliser les candidats aux élections municipales de mars 2026 afin qu’ils prennent des engagements pour ne plus recourir à ce type de pratiques. Depuis trois ans, l’ONG dresse un état des lieux en réclamant aux mairies des documents administratifs (arrêtés municipaux, factures de société de dépigeonnisation…) permettant d’identifier leur politique de gestion des pigeons. « Nous voulons savoir où va l’argent public surtout quand il alimente la souffrance animale », explique la militante.

En rouge, les villes utilisant des techniques cruelles selon Projet Animaux Zoopolis. © Projet Animaux Zoopolis

Face aux « risques infectieux liés aux déjections et pour préserver la biodiversité », Lille utilise dans certains secteurs le gazage avec un autre gaz : l’argon. « La méthode utilisée par le prestataire de la Ville comprend une électronarcose préalable, suivie d’une asphyxie à l’argon, afin de limiter au maximum la souffrance animale », nous écrit la mairie [1]. « On n’est pas là pour négocier la méthode utilisée, notre objectif, c’est que les pigeons ne soient plus tués », souligne Amandine Sanvisens.

PAZ fait pression par tous les moyens : manifestations, pétition, distribution de tracts… Quand les villes refusent de livrer des informations, l’association saisit le tribunal administratif. Actuellement, trois procédures sont en cours à l’encontre de Clichy, Nanterre et Issy-les-Moulineaux.

Outre le gazage, l’association dénonce aussi l’effarouchement à l’aide de rapaces. Cette technique — relativement inefficace, les pigeons revenant dès que les faucons et buses ont tourné la queue — est considérée comme maltraitante à la fois pour les rapaces, tenus en captivité, et pour les pigeons soumis au stress et dont certains finissent dans les griffes de leurs prédateurs. À Lille, les écologues travaillent plutôt aux conditions de retour du faucon pèlerin, « dont la présence contribue naturellement à limiter l’installation des pigeons », explique la municipalité.

« Il est inadmissible que des mairies tuent encore les pigeons alors que d’autres méthodes existent »

Autres solutions décriées : les tirs, surtout utilisés dans les communes rurales, ainsi que la stérilisation chirurgicale qui consiste en l’ablation des ovaires et des testicules des oiseaux, au préalable capturés. « Cette stérilisation n’a rien à voir avec celle pratiquée sur les chiens ou les chats. Stériliser est très risqué, l’anesthésie est fortement déconseillée chez les oiseaux. Beaucoup en meurent », selon Amandine Sanvisens.

Cette dernière émet également des doutes quant au recours réel à l’anesthésie : « Les tarifs des sociétés qui pratiquent cette technique semblent peu élevés au regard du travail que cela représente. Il est à craindre qu’ils aillent très vite. » Au moins trois villes continuent d’appliquer la stérilisation chirurgicale, selon les données de PAZ : Nîmes, Boulogne-Billancourt et Troyes.

D’autres méthodes existent

« Il est inadmissible que des mairies tuent encore les pigeons alors que d’autres méthodes existent. Nous demandons aux mairies de ne plus employer de méthodes violentes et létales », explique Amandine Sanvisens. Une trentaine de villes — comme Nantes, Avignon, Caen ou encore Bois-Colombes — ont d’ailleurs modifié leur politique au cours des dernières années suite aux pressions de l’association.

Par exemple, Rennes, qui capturait les pigeons et leur coupait la tête avec « une pince coupante », a décidé de suspendre ces opérations de mises à mort en mai 2023 et de procéder à « une étude d’objectivation » du nombre de pigeons présents sur le territoire rennais. « Cette étude permettra d’affiner le diagnostic, d’orienter les actions futures et d’évaluer leur efficacité », nous explique la Ville. Celle-ci développe des mesures de prévention afin de limiter les nuisances : conseils pratiques auprès des particuliers, expérimentation de pose de fils tendus sur deux sites municipaux. « Les résultats sont concluants. Ces dispositifs pourront être étendus à d’autres bâtiments municipaux lorsque cela est pertinent », assure la muncipalité, qui travaille également à la mise en place d’un pigeonnier contraceptif en 2026.

C’est l’un des paradoxes soulevés par PAZ : les communes éliminent des pigeons, sans réellement savoir si ces opérations sont efficaces. « Nous leur conseillons de suspendre le gazage des oiseaux pendant six mois ou un an, et de mettre en place des indicateurs de suivi : combien d’habitants se plaignent exactement de nuisances ? Quels sont les endroits précis où des problèmes sont constatés ? » détaille Amandine Sanvisens.

« Lorsque les villes souhaitent mettre en place des opérations de réduction de la population de pigeons, nous leur conseillons d’installer des pigeonniers contraceptifs ou d’avoir recours au maïs contraceptif », explique PAZ, qui considère ces méthodes comme plus éthiques. Les pigeonniers permettent de limiter les naissances : soit les œufs sont retirés du nid et remplacés par des œufs factices, soit ils sont altérés en les secouant, les piquant ou les enduisant d’huile, ce qui empêche leur éclosion.

Quant au maïs contraceptif, recouvert d’une couche de nicarbazine, contraceptif oral non hormonal, « donc sans impact sur l’environnement », selon PAZ, il empêche le développement de l’embryon dans l’œuf. Toutefois, cette option nécessite un nourrissage quotidien, à la même heure et au même endroit, afin que le contraceptif soit réellement efficace. « Une étude menée à Barcelone a prouvé son efficacité », note Amandine Sanvisens.

Le ministère de la Transition écologique estime de son côté dans plusieurs réponses parlementaires écrites qu’« aucune méthode n’est considérée comme totalement efficace et sans risques », d’après un guide de NatureParif de 2011, établi sur la base des travaux d’un groupe de recherche coordonné par le Muséum national d’histoire naturelle. Il s’appuie également sur une étude menée par l’Institut bruxellois pour la gestion de l’environnement en 2019 : « Elle souligne la difficulté de l’évaluation complète des risques pour l’environnement et pour l’Homme des substances contraceptives employées dont la nicarbazine (contraceptif non hormonal). »

PAZ constate enfin qu’il n’y a pas forcément plus de problèmes dans les villes qui n’adoptent aucune opération de réduction de la population de pigeons. Le nettoyage de certains endroits sensibles et une réflexion plus en amont sur l’urbanisme ou l’architecture des bâtiments peuvent permettre de réduire les nuisances, assure-t-elle.

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