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Climat

La fin brutale du Pass rail, un coup dur pour les jeunes voyageurs

2,4 millions de trajets ont pu être opérés par les jeunes détenteurs de ce Pass estival.

Lancé en 2023, le Pass rail qui permettait aux jeunes de voyager en train à prix réduit ne sera pas reconduit à l’été 2025. En cause, la suppression du financement étatique et des problèmes de pilotage.

Terminé le buffet ferroviaire à volonté. Le Pass rail, un forfait estival à destination des jeunes, ne sera pas reconduit cette année. L’information a été dévoilée par le ministère des Transports le 23 avril, dans le journal Les Échos. Ce dispositif national consacré aux 16-27 ans offrait la possibilité de voyager en illimité avec les trains Intercités et sur les réseaux TER — en juillet et en août uniquement, moyennant 49 euros par mois.

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« Supprimer le Pass rail, sérieusement ? Cette décision est ridicule », réagit auprès de Reporterre Bérenger Cernon, ancien cheminot et député La France Insoumise (LFI). « Je suis très étonné, renchérit le sénateur socialiste Olivier Jacquin. Pourquoi foutre en l’air cette politique tarifaire ambitieuse ? À l’heure du changement climatique, le signal envoyé est déplorable. Nous ne sommes pas du tout à la hauteur. »

Un bilan mitigé

Défendu par le président de la République dès septembre 2023, le Pass rail devait inciter les jeunes à laisser leur voiture au garage à l’heure du départ en vacances. Et même les détourner de la tentation de voyager en avion, malgré les prix quasi imbattables pratiqués par des compagnies low-cost. Bref, le dispositif visait à défendre, le temps des beaux jours, un mode de transport au bilan carbone plus vertueux : le train.

Malheureusement, l’initiative n’a pas rencontré le succès escompté. « Le résultat final est mitigé, avec seulement un tiers des billets vendus par rapport aux prévisions », a déclaré à l’AFP le ministère des Transports. Celui-ci, qui affichait initialement l’objectif de 700 000 adhérents (soit 10 % des 16-27 ans) n’en a finalement convaincu qu’un peu plus de 235 000 l’été passé.

Faut-il vraiment y voir un échec ? Non, assure François Delétraz, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) : « Les objectifs fixés étaient démentiels. » En deux mois seulement, quelque 2,4 millions de trajets ont pu être opérés par les détenteurs de ce Pass estival. « Ce n’est pas rien, poursuit-il. Des dizaines de milliers de jeunes en ont profité… et voilà qu’on balaye d’un revers de manche le projet, à peine l’expérimentation terminée. »

Le ministère lâche le dispositif en plein vol

Face à cet arrêt brutal, une autre question se pose : à qui la faute ? « Les Régions n’ont pas été foutues d’accorder leurs violons, tranche le président de la Fnaut. Elles sont bien plus responsables que ne l’est l’État. »

Les prises de position de l’Île-de-France, présidée par Valérie Pécresse (Les Républicains), l’illustrent particulièrement : « Elle a tout bonnement refusé de participer au Pass rail, alors même qu’elle est au cœur du réseau ferroviaire français, s’indigne le député insoumis, Bérenger Cernon. C’est complètement débile. »

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De son côté, le sénateur socialiste Olivier Jacquin déplore « la politique de gribouille » du gouvernement. Dès l’amorce du projet, l’ancien ministre des Transports Clément Beaune a tenté « un coup politique » sans réellement impliquer les collectivités locales, dit-il : « Il a mis les Régions devant le fait accompli, en s’imposant comme le chef d’orchestre. Un chef d’orchestre qui refuse aujourd’hui d’apporter les moyens pour écrire la partition. Alors forcément, ça ne marche pas. »

En 2024, une enveloppe de 15 millions d’euros avait été dédiée par l’État au financement de cette formule. Cette somme couvrait 80 % du manque à gagner en termes de recettes… les 20 % restants ayant été pris en charge par les conseils régionaux.

Désormais, politique d’austérité oblige, le gouvernement refuse de mettre à nouveau de l’argent sur la table : « Les économies frappent toujours les mêmes personnes, rétorque Bérenger Cernon. On se doutait bien qu’une telle mesure sociale n’allait pas survivre longtemps au gouvernement. »

L’Allemagne, un train d’avance

Pour éteindre la polémique, le ministère des Transports a indiqué que les Régions seraient libres de proposer des tarifications spéciales pour encourager les jeunes à emprunter les TER. « Les réductions existent depuis des années, rétorque le député insoumis. Les Régions n’ont pas attendu la suppression du Pass rail pour en créer. Seulement, les usagers ont d’autres choses à faire que d’explorer les dizaines d’offres à leur disposition, territoire par territoire, au moment de partir en vacances. »

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Le clap de fin du Pass rail trahit l’incapacité de la France à instaurer un système semblable à celui de l’Allemagne. Outre-Rhin, le Deutschlandticket avait lui séduit plus de 11 millions de citoyens dès son lancement en 2023. Sans limite d’âge et valable en toute saison, ce forfait délivre l’accès à tous les transports publics – bus, tramways, métros et trains compris. Le dispositif a permis au pays une économie annuelle de 4,2 à 6,5 millions de tonnes d’équivalent CO₂, d’après une récente étude.

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