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Reportage — Luttes

Station Total, carrière de sable... la Loire-Atlantique en ébullition

Le 26 avril 2022, dans le cadre d'une journée d'action nationale contre les « projets destructeurs » à Vigneux-de-Bretagne (Loire-Atlantique).

Contre Total, contre la « touristification », contre l’extension de carrières de sable par les cimentiers... Vigneux-de-Bretagne et Nantes se sont mobilisées, le 26 avril, dans le cadre d’une journée d’action nationale contre les « projets destructeurs ».

Vigneux-de-Bretagne (Loire-Atlantique), reportage

Six hectares de terres agricoles, haies et prairies détruites : tel serait le coût de la construction d’une aire de service Total à Vigneux-de-Bretagne. Pour dénoncer ce projet, près d’une centaine de personnes se sont rassemblées en fin de journée le 26 avril dans cette commune bretonne de 6 000 habitants, à 25 kilomètres au nord-ouest de Nantes.

Cette nouvelle mobilisation s’inscrit dans une journée de lutte nationale intitulée Retour sur terres : de nombreuses localités partout en France ont fait entendre leur opposition à des projets jugés destructeurs pour l’environnement, à l’appel de quatre-vingt collectifs et d’une dizaine d’organisations nationales telles Attac ou Les Amis de la Terre.

« Nous avons découvert le permis de construire avec stupéfaction en novembre 2020 », raconte Pascale Trédaniel, qui habite à proximité de l’endroit où Total veut s’implanter, en pleine campagne. « Il y a une vingtaine d’années, une station était déjà en préparation, en lien avec le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Nous pensions qu’elle avait été abandonnée. Tout a été fait en catimini, personne n’a été consulté », regrette-t-elle. L’objectif de Total consisterait à transférer l’activité de sa station existante à 1 kilomètre de là, pour avoir plus d’espace. Un projet d’autant plus contestable qu’une autre station, Leclerc, est implantée à 3 kilomètres. « Les terrains ont été préemptés par l’État », ajoute la riveraine en colère. « On nous dit qu’il faut protéger la biodiversité et ils font tout l’inverse ! »

© Héloïse Leussier / Reporterre

Plusieurs collectifs locaux ont récemment rejoint le combat, tant pour protéger les terres concernées que pour afficher leur opposition aux activités de la multinationale. TotalÉnergies est l’un « des plus gros émetteurs de CO2 au monde avec 90 % de ses activités et 80 % de ses investissements tournés vers les énergies fossiles », a rappelé Yves Hubert, de l’association NDDL Poursuivre ensemble. Cette association, créée par d’anciens opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, s’investit à la fois sur la pérennisation d’activités écologiques sur l’ancienne Zad et contre des projets jugés destructeurs. « Pour nous, cette lutte contre Total a du sens. Nous nous sommes mis en mouvement il y a quelques semaines pour mieux comprendre le dossier », explique Yves Hubert. L’organisation Sortir du nucléaire Pays Nantais était également présente. Les manifestants espèrent amplifier la mobilisation dans les prochaines semaines.

« Les projets sont faits sans consultation, pour le seul profit de ceux qui construisent »

Par ailleurs, à Nantes, pour cette journée Retour sur terres, une réunion s’est tenue dans un square du centre-ville, à l’appel de différents collectifs, pour faire le point sur les luttes locales. La soirée a débuté par des prises de parole et s’est poursuivie par des échanges en petits groupes. Environ soixante-dix personnes étaient présentes. Les projets contestés ne manquent pas : extension de carrières de sable de Lafarge et GSM sur des terres agricoles, au sud de Nantes, à Saint-Colomban, projet de transfert du CHU sur l’île de Nantes, avec moins de lits et plus de risques d’inondation, destruction d’anciennes terres maraîchères pour un projet immobilier, dans le quartier de Doulon-Gohards à Nantes... « À cause de la métropolisation, les grandes villes sont en concurrence pour attirer le plus de population possible. Mais les constructions se font au détriment de la qualité de vie des habitants. Les projets sont faits sans consultation, pour le seul profit de ceux qui construisent », regrette Nicolas Boulery, du Collectif de citoyens résolus et irrités, qui réunit neuf associations contre différents projets urbains.

Réunion à Nantes pour faire le point sur les luttes locales contre les nombreux projets desctructeurs. © Héloïse Leussier / Reporterre

Autre sujet de mécontentement parmi les participants : la « touristification » de Nantes. La volonté de la métropole d’attirer toujours plus de visiteurs étrangers est considérée comme antisociale et antiécologique. « Le développement du tourisme, c’est plus de locations Airbnb, plus de vols d’avions, plus d’artificialisation et de bétonisation », résume Jean-Luc, du collectif La commune de Chantenay. Cet ancien quartier industriel à l’ouest de Nantes est promis à des profonds bouleversements dans les prochaines années. Il doit notamment accueillir une nouvelle attraction créée par la compagnie La Machine, une structure de 35 mètres de haut appelée Arbre aux hérons, et un nouveau musée dédié à l’univers de Jules Verne. Ce nouveau centre touristique devrait s’accompagner de constructions immobilières. « L’Arbre aux hérons est estimé à 52 millions d’euros. Le vote de ce budget fantaisiste ne cesse d’être repoussé par le conseil métropolitain, depuis qu’Europe Écologie-Les Verts s’affiche contre », relate Jean-Luc. Les opposants comptent sur ce ralentissement pour faire connaître leur lutte. Avec l’association À la Criée, ils viennent d’éditer une « Carte de désenvoutement contre l’Arbre aux hérons et la touristification ».

Ces derniers mois, certaines luttes ont été victorieuses en Loire-Atlantique. Un projet de plateforme logistique d’Amazon, à Montbert, au sud de Nantes, a été abandonné. « Mais on s’attend à voir apparaître d’autres entrepôts ailleurs », prévient Sophie, de Stop Amazon Sud Loire. Pour s’y préparer, une nouveau collectif régional, Stop Amazon Pays-de-la-Loire, a été créé. Dans l’estuaire de Loire, le Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire ne donne plus de nouvelles de son projet de zone industrielle sur des zones humides au Carnet. Il s’était engagé à procéder à un nouvel inventaire de la faune et de la flore, avant de relancer quoi que ce soit. Les relevés auraient débuté. Un soutien de la Zad du Carnet, expulsée en mars 2021, a prévenu : « Nous restons vigilants. Une maison de la résistance est en construction à proximité. »

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