Tri des biodéchets : Paris à la traîne
Des bornes de collecte dédiées aux biodéchets commencent à être installées un peu partout dans Paris. - © Fabienne Loiseau / Reporterre
Des bornes de collecte dédiées aux biodéchets commencent à être installées un peu partout dans Paris. - © Fabienne Loiseau / Reporterre
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Trois mois après l’obligation légale, Paris commence tout juste à déployer un dispositif pour les biodéchets. La ville expérimente pourtant des solutions variées depuis des années.
Quand les Parisiennes et Parisiens vont-ils enfin pouvoir se mettre à trier leurs biodéchets ? « Avant l’été, les bornes de collecte Trilib [1] de tous les arrondissements de Paris seront équipées d’un module pour les biodéchets », a promis mercredi 27 mars Antoine Guillou, adjoint socialiste à la maire de Paris chargé de la réduction des déchets. Il présentait à la presse l’une de ces nouvelles bornes, dans le 11e arrondissement.
Alors que les collectivités sont dans l’obligation de proposer à leurs administrés des dispositifs de tri depuis le 1er janvier, Paris accuse un gros retard au démarrage. Dans la plupart des quartiers, il est impossible de trouver près de chez soi un point d’apport volontaire pour ses épluchures de légumes et autres déchets de cuisine. Seules les zones de marché alimentaire sont équipées de bornes spécifiques, au nombre de 200 depuis fin décembre.
« Un point de collecte à moins de 3 minutes de marche »
Le 11e arrondissement est le premier à être totalement équipé avec la mise en place — effective seulement depuis quelques jours — d’une quarantaine de modules Trilib dédiés aux biodéchets, qui s’ajoutent aux neuf points de collecte déjà existants sur les zones de marché. Le 14e sera à son tour totalement équipé d’ici au 31 mars et les dix-huit autres arrondissements suivront progressivement. La Mairie prévoit le déploiement de 400 modules d’ici fin juin, « soit un point de collecte à moins de trois minutes de marche de chez soi », souligne Antoine Guillou. Une centaine d’autres seront ajoutés d’ici à la fin de l’année.
« Avec les bornes installées sur les marchés, nous avons collecté en 2023 environ 3 000 tonnes de biodéchets », précise Benjamin Raigneau, directeur de la propreté et de l’eau de la Ville de Paris. La marge de progression est gigantesque, le volume de biodéchets produit dans la capitale avoisinant les 160 000 tonnes par an. « Nous ne nous sommes pas fixé d’objectifs sur les quantités à collecter pour le moment, explique Antoine Guillou. La grande inconnue, c’est de savoir comment les Parisiens et Parisiennes vont s’emparer de ce nouveau dispositif. »
« Les Parisiens sont prêts à s’y mettre, assure à Reporterre Charlotte Nenner, co-secrétaire des Écologistes à Paris. Déjà en 2001-2002, quand on a mis en place le tri pour le recyclage, on avançait des arguments sur la réticence des habitants. Finalement, ce tri est entré dans les habitudes. » Elle regrette le retard pris par la Ville de Paris alors qu’« elle était en avance au départ ».
L’expérience réussie de la « rue du Zéro déchet »
Pour la conseillère régionale, Paris se devait d’être exemplaire sur ces questions. L’élue déplore par exemple que la collecte en porte-à-porte, expérimentée dans les 2e, 12e et 19e arrondissements depuis quelques années, soit abandonnée. « Même après le Covid, il fallait s’y remettre. Ce sont des gestes qui mettent du temps à se mettre en place. » La Mairie a annoncé son arrêt pour l’automne prochain.
Charlotte Nenner cite également l’expérience menée en 2019 rue de Paradis, dans le 10e arrondissement, rebaptisée « rue du Zéro déchet ». « Les résultats ont été extraordinaires concernant les biodéchets, juge-t-elle. Des lombricomposteurs avaient été fournis aux habitants. La cantine de l’école participait, tout comme les commerçants qui avaient des contenants à disposition. Toute une communication avait été mise en place, et ça a marché. »
Des déchets utilisés pour produire du biogaz
Au bout d’un an seulement, la mairie constatait une diminution de 18 % du volume d’ordures ménagères jetées dans le bac dédié. « Mais, pour passer à la vitesse supérieure, il aurait fallu une réelle énergie politique », juge l’écologiste. Elle défend l’idée d’un système mixte qui allierait bacs d’apport volontaire et collecte en porte-à-porte.
« Trop cher », balaie Antoine Guillou. En équipant les bornes Trilib qui existaient déjà d’un module supplémentaire, la mairie a fait des économies, assure-t-il. De la même façon, les camions de Derichebourg, société chargée de la collecte, permettent de vider les bacs et de les laver lors de la même opération. Autre élément mis en avant par la mairie : les biodéchets sont acheminés vers une unité de méthanisation afin de produire du biogaz, lequel alimente notamment les camions de ramassage. Un cercle qui se veut vertueux.