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Politique

Un an après sa victoire, Trump égérie de la droite française

Le président des États-Unis Donald Trump monte à bord d'un avion à Tokyo, au Japon, le 29 octobre 2025.

Déni du réchauffement climatique, démocratie pilonnée... La politique de Donald Trump, réélu aux États-Unis le 5 novembre 2024, influence jusqu’en France, où ses manières autocratiques inspirent.

Il y a un an, l’onde de choc traversait la Terre en un éclair. Remportant l’élection présidentielle face à la démocrate Kamala Harris, Donald Trump signait un retour fracassant aux commandes de la Maison Blanche. Aux États-Unis comme ailleurs dans le monde, sidération et attentisme ont offert au milliardaire climatodénialiste le luxe de pilonner la démocratie à peine son investiture proclamée.

Retrait de l’Accord de Paris, autorisations de forer à tout-va, détricotage des mesures écologiques prises par son prédécesseur Joe Biden… Dès le premier jour de son second mandat, le Républicain a enseveli tout antagonisme sous une avalanche d’executive orders — décrets aux répercussions immédiates. Ont suivi la débaptisation du golfe du Mexique, désormais appelé « golfe de l’Amérique », ou encore l’interdiction des mots « climat » et « femme » dans les travaux scientifiques.

Malaise au RN

De l’autre côté de l’Atlantique, le trumpisme a d’abord peiné à infuser, y compris au sein de sa famille idéologique. « Avant l’époque trumpienne, l’un des fers de lance du Rassemblement national [RN] demeurait en la distanciation vis-à-vis du leadership des États-Unis, analyse Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po. Comment prôner le nationalisme tout en se subordonnant à une puissance ? »

Seulement, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont bien dû se rendre à l’évidence. Entre inclinaison pour un modèle autoritaire, hostilité à la mondialisation et à l’immigration, défense des valeurs traditionnelles et rejet de la transition écologique, le programme du Républicain s’érigeait de plus en plus en miroir du leur : « Résultat, le RN s’est retrouvé à maintenir vis-à-vis de Trump une distance embarrassée, teintée d’admiration et de mimétisme, poursuit le professeur. Attention ! Tout cela est mouvant, et peut-être les réserves du clan Le Pen à l’égard de Trump sont-elles moins nettes aujourd’hui qu’hier. »

Une chose est sûre : certaines figures de la droite républicaine n’ont pas pris autant de pincettes, observe Hugues Jallon, auteur du Temps des salauds (éd. Divergences) : « Christelle Morançais, présidente Horizons des Pays de la Loire, a qualifié Elon Musk de “génial” tandis que Guillaume Kasbarian, alors ministre de la Fonction publique, disait être pressé de partager ses pratiques de coupes budgétaires. »

Le député des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, et l’ex-patron des Républicains, Laurent Wauquiez, ont eux aussi dévoilé leur fascination pour ladite « politique de la tronçonneuse » du président argentin Javier Milei — défendue par Elon Musk lors de son passage à la tête du département de « l’efficacité gouvernementale ».

Un « dictateur » qui inspire l’extrême droite française

Ainsi, à mesure que le PDG de Tesla démantelait des établissements publics, telles que l’Agence étasunienne pour le développement international (Usaid) et l’Administration océanique et atmosphérique nationale (NOAA) traquant les ouragans, les attaques verbales contre les instances gouvernementales que sont l’Office français de la biodiversité (OFB) et l’Agence de la transition écologique (Ademe) se multipliaient au Palais Bourbon. De la même façon, le discours trumpiste de « la folie des normes » a servi de terreau à la droite française pour aboutir à la proposition de loi Duplomb — qui prévoit de faciliter la réalisation de mégabassines et l’agrandissement des élevages intensifs —, ajoute l’auteur Hugues Jallon.

Alors que 6 Français sur 10 voient en Donald Trump un « dictateur », selon un sondage relayé en mars par Radio France, « le trumpisme vient donc à la rencontre d’attentes assez fortement présentes dans l’électorat français », note le directeur de recherche au CNRS Luc Rouban. Parmi elles : une demande d’autorité et d’efficacité de l’État, une critique de la justice jugée laxiste et politisée — l’incarcération de Nicolas Sarkozy en est l’illustration —, un appel au libéralisme économique et à la fin des normes, notamment environnementales. « Ces thèmes font échos à ceux que l’on retrouve aux États-Unis », poursuit le politologue.

« Un lien très net entre la Maison Blanche et l’offensive réactionnaire en France »

Aux yeux de Neil Makaroff, expert des politiques climatiques, il ne s’agit pas seulement d’échos : « En réalité, cette stratégie est bien ficelée. Il y a un lien très net entre la Maison Blanche et l’offensive réactionnaire menée contre la transition écologique en France et en Europe. La Heritage Foundation, think tank étasunien inspirateur du second mandat de Donald Trump, est en contact permanent et organise des séminaires avec des figures de l’extrême droite européenne. » À commencer par ceux du groupe Patriotes pour l’Europe, dont Jordan Bardella est le président.

Objectif : pousser les élus européens à combattre le Pacte vert, plus grande série de lois jamais adoptées sur le climat. « Diviser sur l’écologie pour mieux régner sur l’Europe semble être une tactique de choix pour la vague réactionnaire et son parrain à la Maison Blanche, écrit le spécialiste dans son essai “Décarboner ou décliner” à paraître le 7 novembre aux éditions de L’Aube. Donald Trump a trouvé dans la Française Marine Le Pen, le Hongrois Viktor Orbán, le Premier ministre slovaque Robert Fico ou encore le président polonais nouvellement élu Karol Nawrocki des alliés de poids pour asseoir son influence sur le destin des Européens. »

Auprès de Reporterre, Neil Makaroff projette : « Dans cette croisade contre la science, l’extrême droite française criminalise les militants et les chercheurs en s’appuyant sur les mêmes ressorts que l’administration Trump. Certes, elle ne le fait pas encore avec la même outrance ni la même force d’attaque, mais ces prémices donnent le ton de ce qui pourrait se produire si elle obtenait une majorité à l’élection présidentielle [de 2027]. »

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