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Un jeune architecte écolo victime des attentats à Paris

18 novembre 2015 / par Barnabé Binctin (Reporterre)



Quentin Mourier, un artisan de l’agriculture urbaine, est décédé vendredi 13 novembre.

Le monde de l’écologie, associative, jeune et joyeuse, a été frappé par les attentats du vendredi 13 novembre à Paris. Parmi les nombreuses victimes figure en effet Quentin Mourier, architecte doctorant de vingt-neuf ans et membre actif de l’association Vergers urbains que Reporterre vous avait présenté récemment.

Passionné de musique, il était vendredi soir au Bataclan. Accompagné de Matthieu, ami de longue date qui a échappé aux balles et décrit « un mec avec des convictions et des valeurs très fortes, qui essayait de mettre sa vie en cohérence avec celles-ci ». Notamment en intégrant le collectif de Vergers urbains, il y a quelques mois, afin d’y défendre l’agriculture urbaine dont il était un « amoureux » selon l’Observatoire de Natureparif qui lui a rendu hommage lundi matin 16 novembre.

Sébastien Goelzer, l’un des fondateurs du collectif, raconte un homme « qui s’est très vite investi à fond. Il était autant dans l’écriture que dans la réalisation de projet, c’est ainsi qu’il concevait un engagement total : l’action et la construction ». Aujourd’hui, c’est probablement le « Living Roof » sur le toit de la Cité de la mode et du design, sorte de résidence d’agriculture urbaine, qui illustre le mieux sa démarche : il avait monté le dossier de candidature, puis mené le chantier jusqu’à l’animation sur place de ce laboratoire en plein air.

C’est à cet endroit-même qu’un hommage lui a été rendu, lundi à midi, au cours duquel un olivier a été planté. « Il aurait sûrement souhaité qu’on renforce ce qui a été initié, qu’on continue de planter… Comme une solution face à l’obscurantisme qui nous frappe » explique Sébastien Goelzer.

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L’olivier en mémoire de Quentin

Architecte diplômé d’Etat de l’Ecole Nationale supérieure d’architecture de Versailles (Ensav) pour laquelle il enseignait en TD ces derniers mois, Quentin Mourier menait, en parallèle de ces nombreuses activités associatives, une thèse sur « une nouvelle conception de l’agriculture urbaine » à partir de l’expérience de la ville de Detroit.

Voici le résumé qu’on peut en lire sur la page de son laboratoire de recherche :
« Les questionnements relatifs aux crises environnementales, sociales et économiques à l’oeuvre dans le monde contemporain nous amènent à nous demander si notre Terre, notre habitat, ne deviendrait pas de plus en plus inhospitalière. A cet égard il semble que ce soit moins de la durabilité de cet habitat, que de sa capacité à accueillir la vie humaine - et peut être la vie tout court – le plus longtemps possible en son sein dont il est question. La ville de Detroit semble être, du moins dans l’imaginaire collectif, un archétype de l’environnement urbain hostile. Qui en effet voudrait vivre dans une ville dépeuplée et détruite ? Une ville dont les taux de criminalité comme les taux de pollution ont atteint des sommets historiques. Si l’histoire de la Motor City se raconte à travers le filtre de l’hostilité, n’y a-t-il pas également une histoire en creux de l’hospitalité ? De la fondation d’une plateforme logistique sur les Grands Lacs, à l’iconographie singulière des premiers artistes Techno, en passant par les expérimentations rurales d’Henry Ford et les premiers shopping malls de Victor Gruen, une histoire en négatif se joue, au fil de laquelle l’hospitalité se manifeste par sursauts et dans le secret ; l’histoire d’un environnement témoin et agissant. »

David Malaud, collègue de thèse, résume la problématique de « l’hospitalité » à laquelle se consacrait Quentin Mourier : « Son idée est que le travail de l’architecte est rendre le territoire accueillant aux hommes, mais aussi à la nature et à la biodiversité ». Et le choix de Detroit, ville d’où est parti le mouvement de l’agriculture urbaine, n’est pas anodin : « C’était ça, l’interrogation en forme d’espoir de Quentin : au cœur de la violence et de la destruction, comment peut-on recréer un monde sociabilisé, un monde qui accueille ? ».




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Lire aussi : A Paris, devant le Carillon, le silence et l’émotion

Source : Barnabé Binctin, pour Reporterre.

Photos :
. Fleur au Carillon (Lorène Lavocat/Reporterre)
. Olivier (Barnabé Binctin/Reporterre)

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