Un trésor forestier, l’Arboretum des Barres, est menacé

24 septembre 2018 / Jean-Pierre Tuquoi

Depuis deux cents ans, sur les 40 hectares de l’Arboretum national des Barres s’épanouissent près de 10.000 arbres remarquables par le feuillage, le port, l’odeur, le tronc. Or, explique l’auteur de cette tribune, cette « merveille » est aujourd’hui menacée de fermeture.

Jean-Pierre Tuquoi est éleveur d’arbres à temps partiel. Et collabore souvent à Reporterre.


Imagine-t-on le musée du Louvre fermé au public et ses salles d’exposition n’être plus fréquentées que par une poignée de gardiens ? La Joconde invisible ? La Victoire de Samothrace, un souvenir ? C’est pourtant le sort qui attend le « Louvre des arbres », l’Arboretum national des Barres, dans le Loiret, à une centaine de kilomètres de Paris. Un communiqué de l’Office national des forêts (ONF), l’actuel gestionnaire, publié début juin, a annoncé la fermeture définitive au public à compter du 4 novembre — pour des raisons financières — de l’arboretum, l’un des plus riches au monde.

L’Arboretum national des Barres est un site exceptionnel. Là, sur une quarantaine d’hectares, s’étale depuis deux cents ans une collection d’arbres sans équivalent : des érables à peau de serpent, des cognassiers à l’écorce qui rappelle le cou de la girafe, des séquoias qui grimpent jusqu’au ciel, des cèdres bleus d’Algérie, des noisetiers tortueux, des pins dont le cône muni d’épines pèse plusieurs kilos, un thuya qui a donné naissance à près d’une centaine de troncs alentours… Au total, plus de 10.000 arbres remarquables par le feuillage, le port, l’odeur, le tronc. « C’est une merveille », écrit Éryck de Rubercy, l’auteur de La Matière des arbres, monté au créneau pour défendre l’arboretum.

L’ouverture au public remonte à 1985 

C’est aux Vilmorin, la famille des grainetiers, que l’on doit la création de cette « merveille ». Dans les années 1820, Philippe-André de Vilmorin avait acheté le domaine, de plusieurs centaines d’hectares, pour le reboiser. Quelques années plus tard, l’État allait en reprendre une partie et créer sur le site une école forestière tandis que la famille Vilmorin faisait sortir de terre l’arboretum proprement dit, enrichi par une somptueuse collection d’arbustes importés de la terre entière.

Repris en totalité par l’État à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le site des Barres tente depuis, vaille que vaille, de pérenniser la collection initiale et de la compléter par de nouvelles essences. Une démarche sans fin mais qui fait de l’arboretum un foisonnement d’essences venues des cinq continents, classées par genre, par ordre, le long de kilomètres de chemins parcourus par les visiteurs — l’ouverture au public remonte à 1985.

L’Arboretum national des Barres, en octobre 2017.

L’entretien de ce trésor botanique a un coût qui pèse sur le site et sa conservation. Déjà, à la fin des années 1980, un responsable de l’arboretum alertait sur « l’état critique » des collections. « On est à l’extrême limite. Un millier d’espèces, sur les 3.500 présentes en 1962, ont déjà complètement disparu », écrivait-il.

Depuis, l’avenir des Barres ne s’est pas éclairci. Déjà plombée par une dette importante, l’ONF, qui s’est vu confier la gestion de l’arboretum en 2009 à la demande de l’État (il dépendait auparavant de l’école forestière du ministère de l’Agriculture), jure qu’elle n’est plus à même de supporter le déficit de l’arboretum. « Le site des Barres, la gestion des collections et l’ouverture au public creusent notre déficit à hauteur de 300.000 euros par an. Nous ne savons pas précisément la part liée à l’accueil du public. Quelle qu’elle soit, nous n’avons pas les moyens de combler les pertes », fait valoir la directrice régionale de l’ONF, Dominique de Villebonne. Selon elle, les deux agents de l’ONF maintenus sur le site suffiront pour conserver l’arboretum en l’état…

Du succès d’une pétition dépend peut-être l’issue d’une réunion à la préfecture 

À vrai dire, l’arboretum a toujours été déficitaire et l’ONF (à qui la Cour des comptes avait recommandé dans un rapport de s’en séparer) n’avait d’autre ambition que d’équilibrer les comptes, aux dires de Mme de Villebonne. D’où une communication plus active (vente de jeunes arbres, organisation de journées thématiques) pour valoriser le site et attirer les visiteurs. La fréquentation s’en est ressentie passant de 11.000 visiteurs à près de 17.000 en quelques années — avant de stagner depuis deux ans.

Ce qui plombe l’arboretum, c’est la baisse structurelle des subventions. « Le ministère de l’Agriculture, la région Centre-Val de Loire et le département du Loiret nous aident. Mais ils donnent de moins en moins d’argent », rappelle la directrice régionale de l’ONF. Premier accusé : l’État, qui a réduit sa subvention de 300.000 euros à 229.000. Le département, toutes proportions gardées, ne fait pas mieux tandis que la région se contente de verser 60.000 euros.

L’Arboretum national des Barres, en octobre 2017.

Il y a dix ans, la fermeture au public de l’arboretum planait déjà. Seule une pétition signée par plusieurs milliers de personnes avait permis d’écarter le danger. En sera-t-il de même cette fois ? Une pétition a été lancée. De son succès dépend peut-être l’issue d’une réunion convoquée d’ici à la fin septembre, à la préfecture du Loiret, pour étudier les alternatives à la fermeture de ce « bien commun » qu’est l’Arboretum national des Barres.




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Lire aussi : Halte au massacre des arbres d’alignement

Source : Courriel à Reporterre

Photos : les photos sont issues du très bel album de Pierre Esteffe, sur Flickr

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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