Une écolo à l’OFB : le gouvernement, « soumis » aux lobbies, lâche sa fonctionnaire
L'écologiste Anne Le Strat, nouvelle dirigeante de l’OFB, est au cœur d'une campagne de dénigrement. Ici en avril 2024. - Capture d'écran/YouTube/France Eau Publique
L'écologiste Anne Le Strat, nouvelle dirigeante de l’OFB, est au cœur d'une campagne de dénigrement. Ici en avril 2024. - Capture d'écran/YouTube/France Eau Publique
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Une mission d’inspection sur le recrutement de l’écologiste à la tête de l’OFB a été lancée à la demande de syndicats agricoles soutenus par la droite et l’extrême droite. De quoi renforcer les inquiétudes des agents de l’environnement, attaqués depuis des mois.
La nomination d’Anne Le Strat en tant que directrice générale déléguée à la mobilisation de la société de l’Office français de la biodiversité (OFB) suscite décidément bien des remous. Le 26 janvier, le Premier ministre Sébastien Lecornu a saisi l’Inspection générale de l’administration, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, ainsi que l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable. L’objectif, « enquêter sur les modalités de son recrutement », a annoncé la ministre de la Transition écologique.
« Compte tenu de l’émotion suscitée par cette décision [ledit recrutement], je tiens à ce que nous soyons attentifs à ce que ce processus se soit déroulé dans la plus grande neutralité », a ajouté Monique Barbut, répondant à la députée de la Droite républicaine Christelle Minard. Cette agricultrice, qui a au passage réclamé la « suppression de l’OFB et la réaffectation de ses missions », a qualifié la désignation de cet ex-responsable écologiste de « geste d’hostilité et de mépris envers les agriculteurs ».
Une partie du monde agricole, par ailleurs largement soutenue par des parlementaires de droite et du Rassemblement national, mène en effet depuis plusieurs jours une campagne de dénigrement contre Anne Le Strat. Au cœur de cette fronde : l’engagement politique écologiste de cette ancienne adjointe chargée de l’eau à la mairie de Paris sous Bertrand Delanoë.
Une « soumission » aux lobbies productivistes
Le syndicat Coordination rurale, proche de l’extrême droite, a ainsi écrit le 26 janvier que sa nomination relevait de « l’affront ». Sur X (ex-Twitter), la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), le syndicat agricole majoritaire et productiviste, a de son côté dénoncé le « profil idéologiquement marqué » d’Anne Le Strat. Avant de se féliciter : « L’ouverture d’une enquête administrative, que nous demandions, est donc bienvenue. » D’après Contexte, cette mission d’inspection est une première.
« Cela montre la soumission de ce gouvernement aux lobbies de l’agriculture productiviste : on déroule visiblement le tapis rouge pour ces syndicats agricoles là », dit à Reporterre Pascal Irz, trésorier adjoint de la CGT Environnement, mettant en regard cette situation avec le placement en garde à vue, le 14 janvier, de 52 paysans de la Confédération paysanne. Déplorant par ailleurs une « construction médiatique » — « Mme Le Strat était membre des Écologistes, qui n’est pas non plus un parti révolutionnaire ! » —, le syndicaliste se dit en tout cas « très inquiet ».
« On voit bien que l’environnement n’est plus une priorité »
« Tout cela est une très mauvaise nouvelle pour le vivant, pour l’environnement, pour la santé, mais aussi pour tous les agents du service public et pour tous les défenseurs de l’environnement au sens large », indique-t-il. Il rappelle également les nombreuses critiques et agressions subies par les agents de l’OFB et plus généralement par les agences de la transition écologique ces derniers mois.
Attaques croissantes
Même discours du côté de Benoît Pradal, secrétaire général du Snape-FO : « Cette histoire est symptomatique du lynchage médiatique que l’on perçoit à l’OFB depuis plus d’un an. À vrai dire, je ne sais pas si on doit en rire ou en pleurer. » Pour cet agent de la biodiversité en Savoie, une chose est certaine : « On voit bien que l’environnement n’est plus une priorité. »
« Cette polémique renforce nos inquiétudes légitimes concernant les attaques croissantes dont font l’objet les principaux opérateurs publics qui exercent des missions indispensables de protection de l’environnement, au service de l’intérêt général et du bien commun », abonde Adam Forrai, secrétaire général du Lierre, réseau rassemblant des professionnels de l’action publique engagés pour la transition écologique et solidaire. Attaques qui, d’après lui, « posent question à l’heure où la France réduit les moyens qu’elle consacre à l’atteinte des objectifs de transition écologique qu’elle s’est elle-même fixés ».
Reste pour lui une évidence : « La nomination d’Anne Le Strat est une nomination administrative qui ne doit pas être politisée, elle a dû se faire dans le respect des procédures habituelles de recrutement, avec le seul objectif de remplir les missions poursuivies par l’OFB. »
Dans un post LinkedIn publié le 27 janvier, la principale intéressée ne dit pas le contraire, indiquant avoir « quitté [ses] fonctions politiques avant [sa] prise de poste » et « agi[r] désormais sous le sceau de la charte de déontologie [de l’OFB] qui impose neutralité et impartialité ». Celle qui regrette l’existence d’« informations fausses circulant à [son] sujet » l’écrit très clairement : elle désire être jugée sur ses « actes ».