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ReportageAutoroutes

Vélos, pique-niques, dessins... Les Grenoblois flânent sur l’A480 bloquée

L'A480, bloquée depuis le 25 janvier par les agriculteurs en colère, est devenue une aire de jeux géante.

L’A480 est bloquée depuis le 25 janvier par les agriculteurs sur un tronçon de 2 kilomètres. Les Grenoblois en profitent pour se réapproprier l’autoroute : dessins à la craie, sport, pause dej...

Grenoble (Isère), reportage

« C’est vraiment super, il y a un petit air post-apocalyptique mais sympathique », résume Sam, étudiante. En Isère, sur un secteur d’autoroute d’environ deux kilomètres, les habitants de la métropole grenobloise viennent profiter de cette longue ligne droite depuis qu’elle est bloquée par les agriculteurs. Certains font du vélo, d’autres du skate, beaucoup flânent.

La jeune femme est venue partager son Tupperware avec une amie, Marie. « C’est la deuxième fois que je viens », dit cette dernière. « Les gens se réapproprient l’espace public et chacun fait son activité sans se marcher dessus. La dernière fois, les flics sont même passés en moto et nous ont fait coucou de la main », rigole l’étudiante. « Je ne sais pas si je reviendrai, ça reste quand même du béton et du goudron ! »

Le silence n’est perturbé que par les respirations des coureurs qui en ont fait leur nouveau parcours de jogging. © Martin Delacoux / Reporterre

Il y a en effet plus boisé dans l’agglomération pour ceux qui cherchent à se mettre au vert mais des dizaines d’anonymes sont bien décidés à rendre l’endroit plus accueillant. De multiples dessins à la craie recouvrent le goudron de l’autoroute ou les glissières en béton : des fleurs, des marelles ou des slogans favorables aux manifestations des agriculteurs... D’autres ont tenté de représenter des pistes cyclables.

« Ça sera génial de voir tous ces dessins durer un peu quand la route ouvrira ! » lance Sacha, 19 ans, vêtu d’un t-shirt aux couleurs de Sea Shepherd. « Finalement, c’est violent une route en temps normal. Ça fait du bruit et ça va vite. Maintenant, l’endroit est calme et beau », continue le jeune homme, accompagné de deux amis venus avec des sandwichs triangles et des paquets de chips. « Je passe souvent sur les ponts qui enjambent l’autoroute », explique Léa, 20 ans. « Quand j’ai vu que c’était bloqué, je me suis tout de suite dit qu’il fallait venir. On a de la chance de la voir comme ça, ce n’est pas près de se reproduire ! »

Certains ont créé des pistes cyclables à la craie. © Martin Delacoux / Reporterre

Alors que cette route de deux fois trois voies est une grosse artère qui permet de relier le Nord-Isère, en direction de Lyon, aux communes se situant au sud de Grenoble, Lucas profite aussi du silence. « J’ai l’habitude de longer l’autoroute via les berges du Drac, je me rends compte de la différence sonore avec d’habitude. Et ça me fait même gagner du temps pour rejoindre ma salle de sport », sourit le jeune homme de 24 ans.

Le silence n’est perturbé que par les respirations des coureurs qui en ont fait leur nouveau parcours de jogging ou des dérailleurs des cyclistes qui enchaînent tantôt les kilomètres sur leurs vélos de route, tantôt les figures sur leur BMX.

Aire de jeux géante pour enfants

Francine, Juliette et Olivier, tous les trois enseignants dans le sud de Grenoble, ont fait trente minutes de vélo pour venir voir l’endroit et engloutir leurs sandwichs au milieu de l’autoroute. Même si cela entraîne des perturbations pour de nombreuses personnes, Olivier veut surtout croire que « ça montre qu’on peut se passer de choses qu’on croyait indispensables et qui nous ont été vendues comme tel. On transfère aussi l’utilité d’un lieu pour en faire pour quelque temps un lieu décarboné ».

« On peut se passer de choses qu’on croyait indispensables »

De temps à autre, quelques tracteurs empruntent la section bloquée. Des véhicules des sociétés d’autoroute passent, elles, régulièrement. Malgré ces quelques véhicules, l’endroit est considéré sûr par plusieurs familles, qui peuvent relâcher un peu la surveillance de leurs enfants. « Ce weekend, il y a avait beaucoup de monde, une vraie cour de récré, j’ai donc laissé jouer les enfants sur l’autoroute » sourit Julie, agricultrice présente sur le barrage depuis jeudi 25 janvier.

Cette route de deux fois trois voies est désormais quasi silencieuse. Elle relie normalement le Nord-Isère aux communes se situant au sud de Grenoble. © Martin Delacoux / Reporterre

Ces agriculteurs sont massivement soutenus par les personnes rencontrées. Certaines leur amènent même tous les jours de quoi manger. Et prolongent ainsi à leur manière l’existence de cet espace de liberté.

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