Vivre sous un dôme, un habitat alternatif méconnu

27 avril 2018 / Fanny Dollberg (Reporterre)

À l’instar des « tiny houses », mobile homes ou autres kerterres, les habitats alternatifs, nomades ou fixes, se multiplient. Moins connu, le dôme mérite une visite.

  • Saint-Dolay (Morbihan), reportage

Depuis quelques années, les habitats alternatifs et nomades se démocratisent et se multiplient. Il en existe pour tous les goûts : caravane, tiny house, mobile home, yourtes, kerterre… La liste est longue. Pratiques, économiques, éthiques et écologiques (pour certains), ces habitats renouvellent le genre et offrent à beaucoup de gens la possibilité d’acheter un logement et d’y vivre simplement, en accord avec leurs valeurs, au plus proche de la nature.

Personnellement, je me demande quand je sauterai le pas. Alors, je me renseigne, j’explore la toile à la recherche de l’habitat de mes rêves. Il y a peu, j’ai découvert un habitat alternatif qui n’a rien de farfelu si ce n’est son apparence : le dôme. Inspiré du dôme géodésique, cette structure sphérique et triangulaire découverte et développée par l’architecte états-unien Buckminster Fuller se prête à de nombreuses utilisations (habitat, serre, atelier, abri de jardin, installation pour festivals…). L’intersection des barres géodésiques forme des éléments triangulaires qui possèdent chacun leur rigidité, distribuant les forces et les tensions à l’ensemble de la structure, qui est de ce fait autoporteuse, laissant donc l’intérieur entièrement disponible, car il n’y a pas de pilier.

Une cabane sortie d’un conte ou d’un dessin animé 

Pour Bastien, 30 ans, les dômes sont tout à la fois son quotidien, son habitat, son gagne-pain. Il en construit de toutes sortes : des dômes habitats fixes et nomades, des dômes serre, chapiteaux et structures de cirque… mais le dôme habitat nomade est celui qu’il affectionne le plus. C’est à la suite d’une année de voyage en bateau-stop au Cap Vert en Afrique en 2011, suivie d’une année en licence en tourisme et économie solidaire qu’il a découvert le dôme et s’est lancé dans l’aventure, en en faisant peu à peu son activité. Littéralement « accro » à cette structure et aux multiples déclinaisons qu’elle offre dans de nombreux domaines, il crée en 2016 l’entreprise Accro dôme avec l’envie de faire connaître ce type d’habitat encore peu commun.

Bastien et son dôme format habitat nomade.

Bastien vit depuis un an à Saint-Dolay, dans le Morbihan, où il partage la location d’un grand terrain et d’une maison avec sa compagne et quatre autres personnes. La maison, une ancienne bergerie reconvertie en habitat, est l’espace commun de tous ; salon, cuisine, salle de bains avec toilettes sèches. Pour les chambres, c’est dehors ! Réparties sur le terrain, elles sont protéiformes. Bastien et sa copine vivent dans le dôme qu’il a construit, un autre couple et leur enfant vivent dans un grand camion aménagé et la dernière colocataire vit dans un mobile home niché entre le potager et la maison.

Après le déjeuner avec lui et ses colocataires, nous nous retrouvons devant son dôme pour l’interview. Il arrive les bras chargés de bois. Nous entrons dans le dôme après avoir soigneusement enlevé nos bottes. Pendant que Bastien lance le feu dans le poêle et met de l’eau à chauffer, je jette un coup d’œil autour de moi. J’ai l’impression d’être dans une cabane sortie d’un conte ou d’un dessin animé. C’est confortable et je m’y vois déjà. Il n’y a pas beaucoup d’affaires, mais l’essentiel est là. Le feu bien lancé, nous nous installons autour de la table basse qui siège au milieu du dôme. « C’est le quatrième hiver que je passe dans un dôme », dit Bastien. Il compte en hivers, car c’est surtout durant cette saison qu’il y habite, contrairement à l’été où il est plus mobile.

« Démontée, la structure fait un peu plus d’un mètre cube » 

Le dôme sous lequel il vit actuellement est la troisième version de l’habitat nomade qu’il a réalisée et « la plus aboutie ». Ici, son dôme ne lui sert que de chambre, mais il peut être aménagé et adapté en un lieu de vie autonome. Il y a déjà vécu deux hivers en complète autonomie. Pour installer une petite cuisine, par exemple, « il suffit de mettre en place un système de phyto-épuration à l’extérieur du dôme », un lit de gravier dans lequel est planté du roseau et dont les racines vont permettre de capter et de digérer les bactéries des eaux usées. « Ça marche dans la limite du raisonnable, précise Bastien, l’idée étant quand même de limiter au maximum les produits qui dérangent. Moins tu salis ton eau, moins tu as besoin de la nettoyer. » Pour cuisiner, un réchaud et le poêle suffisent amplement. Quant au petit coin, rien de mieux que les incontournables toilettes sèches, surtout si, comme chez Bastien, elles sont nichées derrière les arbres au fond du jardin avec pour seul vis-à-vis un petit étang.

Bastien m’explique la différence entre le dôme habitat fixe et le dôme habitat nomade. Bien que similaires, ils ne sont pas pensés de la même façon et n’utilisent pas les mêmes matériaux. « Certains matériaux que j’utilise pour le dôme fixe, comme la chaux ou l’argile, ne sont pas adaptés à un dôme nomade, où tout doit être pensé pour être démontable et transportable le plus simplement possible. Sa construction est bien plus contraignante. » Bastien s’interrompt un instant puis reprend. « Démontée, la structure fait un peu plus d’un mètre cube. C’est l’isolant qui prend le plus de place. En tout cas, l’ensemble de la structure et des meubles tient dans mon camion lorsque je dois me déplacer. » Bastien se lève pour aller chercher la bouilloire d’eau sur le poêle. Il revient avec deux godets de thé menthe-verveine et se rassoit. Après quelques gorgées, nous reprenons notre conversation.

Le dôme habitat nomade, c’est un à deux jours de montage, trois mois de délai entre la commande et la finalisation de l’installation, et environ 10.000 euros. Côté pratique, c’est un habitat qui nécessite très peu de matériau, pensé comme une maison bioclimatique, une grande baie vitrée orientée au sud afin de bénéficier de la chaleur du soleil, une très bonne isolation en laine de mouton, et un toit en toile 100 % imperméable d’une durée de vie comprise entre 15 et 25 ans. Tout cela permet une importante économie de chauffage.

Le dôme dispose également d’une lame d’air entre l’isolant et la toile extérieure qui permet d’évacuer l’humidité. Cette technique permet d’avoir un habitat sain qui ne pourrit pas, même après un an d’inoccupation. « C’est un habitat qui nécessite très peu d’entretien. Pour le bois de la structure, par exemple, il faut le traiter environ une fois par an et le nourrir à l’huile de lin. Et si le bois du bas est particulièrement en contact avec l’humidité, il peut être traité avec du goudron végétal de pin. »

Les mairies sont frileuses vis-à-vis de ces habitats à contre-courant 

Pour construire ses dômes, Bastien s’est inspiré de la yourte et des habitats plus « contemporains » des pays tempérés. Mais pour Bastien, la yourte n’est pas adaptée à notre climat. « Elle est originaire de Mongolie, elle est faite pour les climats secs, les zones où il y a peu d’eau et du vent qui assèche tout ce qui peut l’être. » Par exemple, elle ne possède pas de débord de toit qui permet d’éviter que l’eau de pluie tombe directement sur les parois, entrainant ainsi une dégradation plus rapide du matériau et de l’isolation. Elle est conçue pour être nomade alors qu’en France, elle est surtout utilisée comme un habitat fixe ou semi-fixe.

Pour Bastien, le dôme n’est pas un retour en arrière, au contraire : il possède toutes les qualités nécessaires pour être développé au sein de nos sociétés. En tout cas, c’est l’objectif qu’il poursuit : construire des habitats nomades peu chers, accessibles à tous et avec des matériaux sains. « L’habitat est la première chose qui puisse rendre un individu indépendant. Les habitats alternatifs comme le dôme permettent d’être moins dépendant du système, car payer un loyer tous les mois n’est pas toujours facile. »

Ce qui pose encore problème avec ce type d’habitat, ce sont les gens et les mentalités. « Si vous installez votre dôme dans un jardin, il n’y a aucun problème. Mais si vous souhaitez vous installer dans un champ, une forêt ou sur votre terrain non constructible, c’est plus compliqué. » Les mairies sont encore frileuses vis-à-vis de ces habitats à contre-courant. Obtenir les autorisations nécessaires auprès d’elles peut parfois se révéler difficile. Beaucoup de propriétaires de terrains non constructibles souhaiteraient pouvoir s’y installer avec leur habitat alternatif, mais se voient refuser les autorisations en vertu des lois. Si ces lois sont essentielles, car elles préservent et protègent les terres, elles peuvent parfois avoir l’effet inverse puisque, pour beaucoup de ces projets de vie, l’impact sur la terre serait neutre ou positif. « Le sujet est délicat et complexe, mais il me semble que tout le monde y gagnerait si ces lois étaient revues et adaptées pour que les habitats alternatifs et les projets de vie respectueux de l’environnement puissent se développer. »


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Lire aussi : VIDÉO - Ils vivent dans une « tiny house »... et ils sont heureux

Source : Fanny Dollberg pour Reporterre

Photos : © Fanny Dollberg/Reporterre

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