Vroum ! À Cannes, les jets privés assomment les habitants
Le 13 mars 2024, une manifestation était organisée lors de la journée européenne de mobilisation pour le plafonnement du trafic aérien. - © Mathilde Frénois / Reporterre
Le 13 mars 2024, une manifestation était organisée lors de la journée européenne de mobilisation pour le plafonnement du trafic aérien. - © Mathilde Frénois / Reporterre
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Ils saturent. Dans les Alpes-Maritimes, des habitants ont manifesté pour réclamer la fermeture de l’aéroport Cannes-Mandelieu. Le vrombissement incessant des jets privés leur gâche la vie.
Grasse (Alpes-Maritimes), reportage
Un son vrombissant et sifflant sort du mégaphone d’Albert Dauphin. Il imite le survol d’un jet privé au-dessus de Grasse, la sous-préfecture des Alpes-Maritimes. « C’est le même bruit et le même volume. Mais ça dure plus longtemps à chaque passage », dit, mercredi 13 mars à midi, le président azuréen de l’Association de défense contre les nuisances aériennes (Adna). Il habite lui-même sous la trajectoire d’envol et d’atterrissage de l’aéroport de Cannes-Mandelieu.
Il profite de la manifestation organisée lors de la journée européenne de mobilisation pour le plafonnement du trafic aérien pour remettre en main propre une lettre au sous-préfet demandant la fermeture de la plateforme. Dans le cortège, auprès d’Albert Dauphin, vingt manifestants réclament a minima la diminution des nuisances sonores et de la pollution des jets privés. Tous habitent sous la trajectoire des avions.
« Pour le confort d’un seul client, un jet en dérange 50 000 »
L’aéroport de Cannes-Mandelieu fût le premier à ouvrir sur la Côte d’Azur. « Au départ, en 1930, c’était une simple piste avec de petits avions, relate Albert Dauphin. Ça a grossi petit à petit. Aujourd’hui, des jets de 35 tonnes se posent. » L’association recense 72 000 mouvements par an, dont 60 à 70 % entre mai et octobre. Près de 13 000 décollages et atterrissages concernent les jets privés, le reste étant dû aux hélicoptères et à la petite aviation.
Toutes les nuits, et la journée quand le vent le permet, les pilotes manœuvrent au-dessus de la mer. Sinon, ils survolent la terre, avec une trajectoire en forme de trombone. « Ils passent au-dessus de nos têtes pendant 15 kilomètres, à moins de 150 mètres d’altitude, constate Albert Dauphin. Pour le confort d’un seul client, un jet dérange 50 000 personnes sur la zone. » Quand il déjeune dans son jardin, il est contraint d’arrêter de parler. Le bruit des avions couvre le son de la voix.
Jusqu’à 57 jets en une journée
Laurent Simon ne fait jamais la sieste sans ses bouchons d’oreille. Ce jeune retraité a compté jusqu’à cinquante-sept jets dans la journée. Sur son téléphone, il montre au sous-préfet la vidéo d’un avion rasant le toit de sa maison. Les survols redoublent pendant le Festival du film de Cannes, et pendant le Mipim, plus grand salon professionnel de l’immobilier, en ce moment même à Cannes. « C’est la densité qui pose problème, pointe Laurent Simon, qui habite La Roquette-sur-Siagne, une ville survolée par les avions. L’aberration, c’est qu’on a un autre aéroport à 30 kilomètres. » Cet autre aéroport, à Nice, est le deuxième de France : en 2023, il a enregistré un trafic de 14,2 millions de passagers qui ont embarqué avec 58 compagnies pour 116 destinations. En transit, certains passagers ont décollé à Nice et atterri à Cannes – au lieu de relier les deux villes par la route en taxi.
L’aéroport Cannes-Mandelieu propose aussi une offre de stationnement : les aéronefs y atterrissent alors à vide. Hélène Delevoie, responsable d’une agence immobilière à la Roquette, a relevé cinquante-six vols Nice-Cannes en août. « Avoir deux aéroports si proches, c’est indécent, insiste-t-elle. Celui de Cannes est destiné aux privilégiés. » Laurent s’intéresse au plan de vol des avions. L’année dernière, il a remarqué qu’un jet privé Genève-Cannes volait exactement en même temps qu’un vol commercial Genève-Nice. Le premier a duré 43 minutes, le second 40 minutes : « C’était plus rapide avec Easyjet ! Donc ce n’est pas un gain de temps, c’est juste pour être peinard, dénonce-t-il. Ce qui intensifie le trafic, ce sont ces jets privés. »
Les manifestants s’inquiètent aussi pour le risque de crash et l’augmentation de la pollution. « On prend toutes les particules, poursuit Laurent. L’été dernier, on ne pouvait pas arroser le jardin ni remplir la piscine. Et eux, ils polluent. C’est une aberration. » Contacté par Reporterre, le groupe qui possède les deux aéroports azuréens n’a pas souhaité réagir. Sur son site, la plateforme de Cannes-Mandelieu présente « une charte d’engagement pour l’environnement ». Elle s’engage à « maîtriser les nuisances » et à « réduire l’empreinte écologique ».
Le sous-préfet de Grasse, Jean-Claude Geney, reçoit les manifestants sur le perron de la sous-préfecture. Il s’engage à faire remonter les doléances au préfet, puis au ministère. Au-delà de la baisse des nuisances, l’Adna demande la fermeture de l’aéroport Cannes-Mandelieu. « Aucun acteur politique et économique, à aucun moment, n’a exprimé une volonté de fermeture de la plateforme », indique Jean-Claude Geney. De nouvelles trajectoires terrestres ont été étudiées. Mais les troubles se reportant sur d’autres territoires, ces plans de vol n’ont pas été retenus. En ce qui concerne la baisse des nuisances, le président de l’association Albert Dauphin demande qu’au moins les avions arrêtent de tourner dans les airs en attendant de pouvoir atterrir. Pour libérer le ciel au-dessus des maisons.