11 raisons de désespérer de 2017 - mais l’espérance trace son chemin

11 janvier 2017 / Noël Mamère



L’année 2017 s’ouvre sur onze périls, explique notre chroniqueur. Mais la transition écologique s’opère en profondeur, portée par des milliers d’expériences qui sont autant de reprises en main de notre destin. Et autant de raisons de ne pas désespérer.

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Noël Mamère

Noël Mamère est député écologiste.


Sans vouloir tomber dans le catastrophisme, 2017 risque d’être pire encore que 2016, car nous avons onze raisons de désespérer de la politique nationale et mondiale. Nous les avons listées :

  1. Les élections françaises, présidentielle et législatives, seront marquées par la montée conjointe du thatchérisme version Fillon, du social-libéralisme version Macron et du lepénisme version Marine. Quel que soit le vainqueur et malgré la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon, le résultat impliquera de nouveaux sacrifices sociaux pour les salariés, les retraités et les chômeurs et un recul pour l’écologie ;
  2. Le premier résultat de cette séquence électorale calamiteuse sera certainement l’affrontement autour de Notre-Dame-des-Landes. La Zad est devenue un symbole de la résistance populaire aux grands projets inutiles et au capitalisme de la démesure. La faire disparaitre deviendra un enjeu pour le nouveau pouvoir issu des urnes ;
  3. La déréglementation qui suivra les élections touchera de plein fouet le droit de l’environnement et les dernières barrières qui s’opposent à l’exploitation du gaz de schiste, à l’invasion des pesticides ou à la qualité de l’air. Au nom de la compétitivité et du principe d’innovation, les écolosceptiques engageront une lutte symbolique contre le principe de précaution ;
  4. Le nucléaire, revendiqué par tous les candidats, hormis Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon, sera renforcé. Les centrales qui en arrivent à leur quarantième année d’existence seront prorogées, rafistolées, placées en soins palliatifs et prêtes à l’emploi quasi éternel que leur destine le lobby nucléaire ;
  5. L’accession de Trump, le climatosceptique, à la présidence des États-Unis, rendra de fait caduc l’accord de Paris sur le climat qui, de toute façon, ne remettait pas en cause les raisons structurelles du réchauffement climatique ;
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    Donald Trump, en mars 2013.
  6. Pour l’écologie, nous risquons de connaître à la fois la multiplication des projets de géo-ingénierie comme solutions de transition énergétique et, en même temps, la logique de l’extractivisme poussée à ses extrêmes limites ;
  7. Sur le plan géopolitique, l’année nouvelle verra la continuation de la guerre au Moyen-Orient. Rien ne laisse présager l’arrêt de ces guerres, en Irak et en Syrie, au Yémen et en Égypte ou les tensions entre la Palestine occupée et Israël, qui étendra encore sa colonisation à marche forcée ;
  8. L’alliance des puissances autoritaires, incarnées par Trump, Poutine, Xi Jinping, Erdogan, Duterte, Orban… et peut-être demain une personnalité française ouvre la voie à une nouvelle forme de rapport entre démocratie et économie de marché. À l’époque du capitalisme de la destruction, elle n’a plus besoin d’un fonctionnement démocratique, même formel. L’autoritarisme, au contraire, permet d’assurer les fonctions régaliennes de l’État tout en se débarrassant des autres, dont le social et l’écologie, soit en les minimisant soit en les sous-traitant au privé ;
  9. La mondialisation libérale renforce aussi l’identitarisme sous toutes ses formes : l’islamophobie, la montée des intégrismes, les nationalismes ethniques, vont continuer de disloquer les États-nations sans pour autant permettre que se constituent des ensembles régionaux conséquents. Une guerre civile mondiale larvée, marquée par le terrorisme et le contre-terrorisme d’État ne respectant plus les droits humains et les conventions internationales, continuera à dévaster tous les continents ;
  10. La crise migratoire, qui ravage d’abord le Sud, est amplifiée par le réchauffement climatique et la perspective de 250 millions de réfugiés écologiques ; des millions de paysans pauvres et d’urbains marginalisés sont condamnés à ce sinistre destin tandis que la Méditerranée sera plus que jamais un cimetière pour des milliers de morts sans sépulture ;
  11. Enfin, l’Europe sous la poussée du Brexit, de la crise grecque, de « l’Orbanisation » [de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois] des nations liées à l’ex-URSS, de la montée des nationaux-populistes, de l’intransigeance de l’Allemagne en matière économique, des contradictions entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, sera au bord de la dislocation.

En observant ce tableau, certains diront qu’il n’y a plus qu’à se flinguer ou à se replier sur son précarré intime, sur sa famille, ses proches, se retirer d’un monde croulant sous le poids des périls. C’est pour cela qu’Antonio Gramsci, en pleine guerre mondiale, écrivait le 1er janvier 1916, un article intitulé « Je hais le Nouvel An » :

Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces Nouvel An à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale, avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. (…) Ainsi la date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêt brusque, comme lorsqu’au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le Nouvel An. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. »

L’antidote, aujourd’hui comme hier, reste le principe espérance 

Gramsci, comme souvent, voyait au-delà des évènements. Car l’antidote, aujourd’hui comme hier, reste le principe espérance.

Des milliers d’expériences, un peu partout dans le monde, nous montrent que la transition écologique est en train de s’accomplir. Cette transition ne se fera pas sous forme d’évènements politiques nés de nulle part, mais elle viendra de la base qui investira le champ politique contraint à la transformation sociale et écologique. Les vrais changements ne se voient pas tout de suite, dans le court terme ; ils font d’abord bouger les mentalités, puis s’attaquent aux certitudes les plus ancrées. Déjà, nous observons qu’à gauche le progrès n’est plus l’horizon indépassable d’un avenir radieux. L’écologie politique, comme la vieille taupe de jadis, trace son chemin, souterrainement, mais sûrement.

Comme Hervé Kempf l’explique dans son dernier livre, Tout est prêt pour que tout empire (Le Seuil), il s’agit d’abord de comprendre l’enjeu et d’avancer dans la quête du sens. Un autre monde se construit au quotidien, qui n’est pas celui de cette année prévisible ; un monde où ceux d’en bas reprennent en main leur destin. Nous rêves et nos luttes seront plus forts que leurs profits et l’emporteront sur le désir de mort qui menace nos sociétés.




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Lire aussi : Le gouvernement du désastre

Source : Noël Mamère pour Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

Photo : .Trump : Wikimedia (Gage Skidmore/CC BY-SA 2.0)

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