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Le gouvernement du désastre

31 mars 2016 / Noël Mamère



Les quatre années du gouvernement socialiste sont un désastre, constate Noël Mamère. Loi sur le travail, démagogie sécuritaire, traitement des migrants, écologie… dans tous les domaines, MM. Hollande et Valls poursuivent régression et démolition. Le seul espoir réside dans la société civile, qui construit l’avenir.

Noël Mamère est député écologiste.

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Noël Mamère.

À quelques mois de la fin de ce quinquennat, le bilan de la gauche de gouvernement ressemble à un champ de ruines. Et ce constat ne se limite pas à la seule écologie. Il suffit pour s’en convaincre de considérer, par exemple, la loi sur le travail, qui semble avoir été écrite par le Medef et qui propose aux salariés encore un peu plus de précarité. Cette loi qui prétend favoriser l’emploi tout en facilitant les licenciements et en remettant en cause l’autorité de la loi au profit des accords d’entreprise. Après les milliards qui leur ont été versés sans aucune contrepartie, les patrons peuvent se frotter les mains : la gauche va plus loin que la droite ; ce que Sarkozy leur avait promis, sans oser aller jusqu’au bout, Hollande l’a fait ! Il faut maintenant espérer que, ce 31 mars, les rues de France se feront l’écho de la colère du peuple, qui se sent trahi par ceux-là même qui prétendaient le défendre et que le gouvernement retirera ce funeste projet. Il faut aussi compter sur le Parlement, qui doit enfin sortir de l’hypocrisie et demander aux députés socialistes de dire haut et fort ce qu’ils répètent sous le manteau. L’heure n’est plus à la soumission, mais à l’indignation devant tant de reculs, tant de renoncements, tant de reniements.

On croyait à un gouvernement de gauche et on se retrouve avec des néoconservateurs, qui passent leur temps à recycler des vieilles lunes de l’extrême droite, comme la déchéance de nationalité, ou qui n’hésitent pas à donner une légitimité à des idées aussi démagogiques que la perpétuité réelle, qui n’est rien d’autre qu’une condamnation à mort lente. Et que dire de la récente réforme du code de procédure pénale, qui relègue le juge judiciaire, garant des libertés, derrière le policier et le préfet ? Qui inscrit l’exception dans le droit commun, préparant ainsi le terrain à des régimes qui auront désormais toutes les clefs à leur disposition pour aller encore plus loin dans le recul de l’État de droit ?

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Lors de la manifestation contre la loi sur le travail, le 9 mars, à Paris.

Et que dire de la gestion honteuse des migrants de Calais et de cet accord cynique avec la Turquie, devenue la sous-traitante de l’Europe afin de lui éviter d’assumer l’accueil de réfugiés, qui ne sont que la conséquence de sa politique extérieure ? Comment Manuel Valls a-t-il pu oser critiquer Angela Merkel, de Munich — tout un symbole — alors que la France est en dessous de tout concernant l’accueil des réfugiés ?

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La jungle de Calais, été 2015.

Et que dire de l’écologie ? Un bon médecin répondrait : encéphalogramme plat ! Fessenheim ne fermera pas avant la fin du quinquennat… Si elle ferme un jour ! En France, ce ne sont pas les politiques qui décident de notre politique énergétique, mais EDF qui dicte sa loi, aussitôt exécutée par une ministre de l’Environnement aux ordres. Le projet de centrale nucléaire à Hinkley Point, en Angleterre, construite par EDF et Areva, est un tonneau des Danaïdes ? Tant pis, on continue, décide Emmanuel Macron, parce que le nucléaire, c’est l’avenir. Pendant ce temps, de nombreux pays s’en désengagent, préférant investir massivement dans les énergies renouvelables, comme c’est le cas du Canada et de l’Australie, qui faisaient figure de très mauvais élèves jusqu’à leurs changements récents de majorité.

La loi sur la transition énergétique n’est plus qu’un vague souvenir et l’agrobusiness se porte bien

En France, le ministre de l’Agriculture ne recommande pas aux parlementaires de voter l’interdiction des néonicotinoïdes, dont la dangerosité est avérée, pour les abeilles comme pour la santé, mais il leur écrit pour leur demander de ne rien faire. Encore une preuve de la force des lobbies dans ce pays, qui n’est plus à démontrer, dans ce secteur comme dans bien d’autres. Quant à la loi sur la transition énergétique, elle n’est plus qu’un vague souvenir et l’agrobusiness se porte bien, sous la houlette de Xavier Beulin, le patron de la pieuvre Avril-Sofiproteol et, accessoirement, président de la FNSEA. Son rôle est si puissant qu’on peut se demander qui est aujourd’hui le vrai ministre de l’Agriculture. Et, cerise sur le gâteau, si je puis dire, nous découvrons le scandale des abattoirs, qui infligent des traitements cruels aux animaux que nous consommons avec tant d’avidité… Un scandale qui a été révélé par une association.

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Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, en septembre 2014.

Et c’est bien de ce côté-là que se trouvent les chemins de l’avenir, à la base, dans la société civile engagée dans un combat inégal mais qui est loin d’être perdu. À nous, écologistes « politiques », de savoir nous réconcilier avec cette écologie « citoyenne », que nous avons tant déçue. Là encore, rien n’est perdu. À condition que des personnalités respectées, comme Nicolas Hulot, acceptent de s’engager au service de ce beau projet. L’écologie mérite mieux que quelques égarés dans un gouvernement en perdition.




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Lire aussi : Couché devant le Medef, braqué contre les écologistes, c’est le gouvernement Valls

Source : Noël Mamère pour Reporterre

Dessin : © Tommy/Reporterre

Photos :
. Manifestant : © Éric Coquelin/Reporterre
. Calais : Wikipedia (Michal Bělka/CC-BY-SA-4.0)
. Le Foll : Wikimedia (StagiaireMGIMO/CC-BY-SA-4.0)

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