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Mégabassines

53 % des Français désapprouvent la violence des forces de l’ordre à Sainte-Soline

Le 25 mars 2023, plus de 5000 grenades ont été utilisées en moins de deux heures par les gendarmes, selon le décompte des autorités.

Selon un sondage Harris interactive, plus de la moitié des Français « désapprouvent » l’action « violente » des forces de l’ordre à Sainte-Soline. Il y a un an, la manifestation contre les mégabassines avait été violemment réprimée.

Un an après la mobilisation du 25 mars 2023 contre la mégabassine de Sainte-Soline, violemment réprimée, que reste-t-il de l’onde de choc de cet évènement dans l’opinion publique ? Pour apporter un élément de réponse à cette question, Reporterre a commandé une étude d’opinion à l’institut Harris interactive.

Cet outil, parmi d’autres, permet de déceler des tendances sur la perception par l’opinion de cette manifestation, et sur les mégabassines. Trois enseignements majeurs se dégagent de l’étude Reporterre - Harris interactive, réalisée en ligne du 8 au 11 mars 2024 sur un échantillon représentatif de 1 018 personnes majeures.

78 % estiment « violente » l’action des forces de l’ordre

Le premier est la conscience nette et très partagée de la violence qui a eu lieu lors de la manifestation de Sainte-Soline, le 25 mars 2023. Parmi les personnes sondées ayant entendu parler de l’événement, elles sont 78 % à estimer que « l’action des forces de l’ordre a été violente », et 86 % que « l’action des militants opposés à la construction de la mégabassine a été violente ».

Le rejet de la « violence » des militants est largement majoritaire et peu surprenant. La criminalisation du mouvement écologiste par le gouvernement, matraquant les accusations « d’écoterrorisme », relayées par une presse de droite dont Reporterre avait analysé le discours, semble ici avoir porté ses fruits.

Plus inattendu est le rejet également majoritaire des violences des gendarmes et de la police à Sainte-Soline. Parmi les sondés ayant entendu parler de l’évènement, 53 % disent « désapprouver » cette violence.

© Stéphane Jungers / Reporterre
© Stéphane Jungers / Reporterre

Sur place, nombre de militants ont été traumatisés par les scènes de guerre – une grenade tirée toutes les deux secondes – et par les blessures graves engendrées. Un an après, le récit de ce qu’il s’est passé et l’analyse de la stratégie ultrarépressive du maintien de l’ordre ont plus que jamais besoin d’être racontés et médiatisés.

Seulement un tiers des gens sont « bien informés »

Le deuxième enseignement est que les mégabassines restent un enjeu largement méconnu. Deux tiers des personnes interrogées se disent « plutôt mal informées » ou « très mal informées » sur le sujet. Pourtant, la manifestation de Sainte-Soline avait été largement médiatisée l’an dernier. D’ailleurs, 71 % des personnes sondées affirment avoir entendu parler de cet évènement.

© Stéphane Jungers / Reporterre

Les débats médiatiques s’étaient cependant rapidement focalisés sur la question des violences dans les affrontements entre manifestants et gendarmes ; et sur les zones d’ombre entourant le déroulé de cette journée. Au détriment, semble-t-il, de l’information sur le fond, c’est-à-dire des enjeux liés à l’irrigation et aux conséquences de la consommation en eau des mégabassines, que Reporterre analysait dès 2022, puis dans cet autre article en 2023, en lien plus direct avec Sainte-Soline.

© Stéphane Jungers / Reporterre

Troisième enseignement : malgré ce sentiment de mauvaise information, les personnes sondées se disent aux deux tiers favorables à « la construction de mégabassines à destination des agriculteurs irrigants ». Un soutien corroboré par la manière dont ces personnes perçoivent les conséquences des mégabassines sur l’environnement, puisque 31 % d’entre elles pensent qu’elles ont un impact positif, 31 % « pas d’impact » et que seules 37 % estiment qu’elles ont un impact négatif.

Ces deux éléments — ignorance du sujet mais soutien à la construction des mégabassines — laissent donc une grande marge d’incertitude sur la manière dont l’opinion publique évoluerait si davantage d’information et d’explication étaient faites sur la question.

La couverture du sujet est en effet complexe et doit affronter des contre-vérités scientifiques abondamment relayées sur les réseaux, notamment l’idée que le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) recommanderait le déploiement de mégabassines pour s’adapter au changement climatique. Une idée fausse, non seulement parce que le Giec ne « recommande » rien, mais encore parce qu’il précise dans son dernier rapport que les réservoirs d’eau sont « coûteux », ont « un impact négatif sur l’environnement » et pourraient ne pas suffire pour s’adapter aux bouleversements climatiques à venir. Autrement dit, comme l’explique l’hydroclimatologue Florence Habets, les mégabassines incarnent un fort risque de « mal adaptation ».

90 % promeuvent le déploiement d’alternatives

Les réponses des personnes sondées laissent ainsi cette question ouverte : une évolution de la perception du coût écologique entraînerait-elle une évolution dans le soutien aux mégabassines ? Une écrasante majorité de personnes semblent en tout cas favorables au déploiement de pratiques agricoles alternatives : à plus de 90 %, les répondants plébiscitent « le développement de pratiques agroécologiques » ; « le changement de type de cultures pour des variétés ayant moins de besoins en eau » et « la mise en place d’une irrigation au goutte-à-goutte ».

© Stéphane Jungers / Reporterre


Le 25 mars 2023, la manifestation de Sainte-Soline marquait un tournant dans la lutte écologiste. Un an plus tard, Reporterre consacre une série d’articles aux mégabassines et à leur contestation.

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