À La Rochelle, des centaines de manifestants refusent de « couper les arbres pour faire passer des avions »
Dans le bois de la Faucherie, à La Rochelle, le 7 décembre 2025. - © Romain Perrocheau / AFP
Dans le bois de la Faucherie, à La Rochelle, le 7 décembre 2025. - © Romain Perrocheau / AFP
Durée de lecture : 4 minutes
À La Rochelle, plus de 600 personnes ont manifesté pour défendre le bois de la Faucherie de coupes massives. L’aéroport voisin veut y couper ou étêter des centaines d’arbres au nom de la conformité avec la réglementation aérienne.
La Rochelle (Charente-Maritime), reportage
Le dimanche 7 décembre, dans le bois de la Faucherie, dans le nord de La Rochelle, la balade champêtre a des airs de jeu de piste : sur les troncs de dizaines d’ormes, érables et autres marronniers, un point de peinture orange, une bande rouge ou une ligne jaune vif surmontée d’un symbole : « Danger ! » Situé sur le domaine privé de la famille Rheims, le petit parc entre en collision avec le cône d’atterrissage de l’aéroport de La Rochelle, séparé de la futaie par un grillage barbelé.
D’après un arrêté préfectoral rendu public par le groupe écologiste au conseil municipal du 17 novembre, les 599 arbres marqués doivent être coupés ou étêtés pour se conformer à la réglementation européenne sur la sécurité aérienne et permettre l’atterrissage d’avions de tourisme comme le Boeing 737 siglé de la compagnie low cost Jet2 qui manœuvre ce dimanche matin.
À l’appel d’associations écologistes, syndicats et partis, plus de 600 personnes ont marché ce dimanche dans les allées partant du château du XIXᵉ siècle, tandis que 3 000 autres ont déjà signé une pétition contre les coupes. Une belle battue pour un appel lancé une semaine auparavant.
Venue de l’île de Ré voisine pour sa première manifestation, Caroline, fondatrice de l’association d’éveil à la nature L’école buissonnière, explique être « prise aux tripes quand on veut couper des arbres ». Deux feuillus colorés sur un carton « Pas de nature, pas de futur », Francis, qui l’accompagne, ne se dit « pas opposé à l’aéroport, mais on peut moduler ! »
D’autres critiques, plus frontales, piétinent dans les bois : « Je suis membre de La France insoumise donc, pour moi, la solution, c’est la décroissance ! » clame Catherine sous son panneau « Avion vacances, avion loisirs NON ».
« Nous avons là un triptyque : couper les arbres pour faire passer des avions dans un périmètre Natura 2000, dénonce le député écologiste du département, Benoît Biteau, devant la vieille demeure de pierre sèche à tour carrée à l’entrée du parc. Revenons aux fondamentaux : protégeons les arbres, développons le ferroviaire ! »
Derrière lui, l’enjeu déroule son tapis d’automne sur douze hectares : deux mille arbres où, d’après les inventaires, neuf espèces de chauves-souris menacées pointent leur museau écrasé, dont la pipistrelle pygmée, rarissime dans le département maritime.
« Les chiroptères, c’est le sommet des enjeux de la biodiversité : nous avons là des espèces en danger en nombre remarquable, clame Alain Chabrolle, coprésident de Nature Environnement 17. Notre demande, c’est qu’il n’y ait pas d’abattage avant que l’étude d’impact soit faite. »
Les associations jugent que celle-ci est incomplète et demandent à ce qu’elle soit refaite. Elles pointent notamment des insuffisances sur les chauves-souris, étudiées uniquement au printemps et non sur les quatre saisons.
Syndicats, partis et associations environnementales constitués en collectif vont déposer dans les jours à venir un référé pour suspendre l’arrêté préfectoral. Basé sur l’avis favorable sous condition du Conseil national de la protection de la nature, l’autorisation administrative prévoit la coupe en plein hiver, pendant l’hibernation des animaux volants.
« Le chantier est censé finir le 26 février, c’est un non-sens ! s’indigne Cédric Marteau, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux. Où en est la nomination de l’expert ? Où en sont les travaux ? » Dans le petit pavillon de chasse, les tasses tintent et les vitres tremblent : le vol L6090 pour Birmingham décolle au-dessus du point presse.
« Les arbres, on en a besoin »
Dans une tentative de couper l’herbe sous les pieds de la manifestation en ce début de campagne pour les élections municipales, le maire de La Rochelle avait annoncé le 5 décembre ramener à 129 les coupes, à 258 les arbres à étêter, et compenser par la replantation de 5 pour 1. « Un arbre étêté est plus sensible aux parasites et aux sécheresses, critique Nicolas Gendre, porte-parole du collectif et naturaliste.
« Je suis pas là pour négocier 100, 150… Les arbres, on en a besoin », tranche Thomas Brail. Venu en soutien aux opposants à la coupe, le défenseur des arbres connu pour sa grève de la faim en opposition à l’A69 arpente les allées de feuillus condamnés : « Ces vieux arbres, c’est ce dont on a besoin, dit-il à Reporterre. Ce sont des nurseries pour les jeunes arbres et des niches écologiques. »
Forts de la mobilisation, les membres du collectif comptent se présenter confiants à leur convocation à une réunion en préfecture le 12 décembre. « Au-delà du droit, le collectif défend aussi le bien-être que crée ce bois, dit Nicolas Gendre. Regardez en vue aérienne : des forêts, à La Rochelle, vous n’en trouverez pas beaucoup ! »