À Ouistreham, la canicule augmente les souffrances des exilés
Anouar, 25 ans, est arrivé à Ouistreham après avoir exercé plusieurs emplois en France, dans une pépinière puis dans l’hôtellerie. - © Guy Pichard / Reporterre
Anouar, 25 ans, est arrivé à Ouistreham après avoir exercé plusieurs emplois en France, dans une pépinière puis dans l’hôtellerie. - © Guy Pichard / Reporterre
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À Ouistreham, les exilés en attente d’une traversée vers le Royaume-Uni subissent la canicule dans des campements de fortune. Alors que les températures grimpent, des bénévoles tentent de favoriser leur accès aux soins.
Ouistreham (Calvados), reportage
« Il fait très chaud dans les tentes, il ne faut pas rester ici. » C’est ainsi que Moussa, arrivé depuis deux ans en France, explique en quelques mots comment il subit le réchauffement climatique en Normandie, bien loin de son Soudan natal. Comme lui, une quarantaine d’exilés soudanais attendent au bout du quai Charcot, à Ouistreham, sous un soleil de plomb.
Sans atteindre les records actuels qui concernent quasiment toute la France, les températures dans le département du Calvados ont dépassé les 30 °C en juin dernier et les ont frôlés durant la deuxième semaine d’août. Pas de quoi déclencher des alertes à la canicule, mais largement de quoi dégrader encore les conditions de vie indignes de ces exilés.
En cette veille du 15 août, c’est sous un soleil de plomb qu’arrivent vers 18 heures quelques véhicules du Collectif d’aide aux migrants de Ouistreham, le Camo. Coincé entre la zone de débarquement des pêcheurs et le début de la piste cyclable qui mène à Caen, le campement de fortune est presque à l’abri des regards des habitants et touristes de cette station balnéaire, sobrement baptisée Ouistreham Riva-Bella.
Déshydratation et parcours traumatiques
Quand l’ancienne camionnette des pompiers arrive au milieu du camp, certaines personnes continuent de jouer au ballon ou aux cartes, d’autres affluent doucement. Un médecin, aidé de plusieurs infirmiers et infirmières, déplie alors une petite table avec du matériel d’hygiène à disposition, non sans avoir pris le temps d’aller serrer la main de chaque personne présente.
Le campement est sommaire : plusieurs grandes tentes communes, un point d’eau, quelques sanitaires et, non loin, bien cachés dans un bois, des dizaines d’abris aménagés au milieu de centaines de détritus. « Par cette chaleur, les réfugiés dorment à l’extérieur de leur tente, sous les arbres », rapporte Marie-José, ancienne infirmière libérale à la retraite.
« Nous faisons face à pas mal de cas de déshydratation, car ces personnes ne peuvent pas boire assez d’eau. Dans leur pays, les moyens pour lutter contre la température et faire face à la chaleur n’ont rien à voir. » Les exilés se passent le mot au sujet de la présence des bénévoles, et plusieurs d’entre eux sont reçus dans la camionnette rouge aménagée en cabinet médical.
« Aujourd’hui, outre des blessures légères, j’ai eu un patient qui a des troubles du sommeil, suite à son expérience en Libye, détaille Guillaume, médecin à la retraite. Les maux de tête peuvent venir de la chaleur et de la déshydratation. Mais la plupart d’entre eux souffrent déjà de troubles neurologiques, psychiques ou psychosomatiques dus à leur parcours migratoire terrible. »
Provenant de l’ensemble du Darfour, cette région du Soudan actuellement en proie à la guerre civile après un génocide, ces personnes ont entrepris un périple jusqu’à Ouistreham, au péril de leur vie, avec de maigres moyens.
Ouistreham, un port sans attache
Installé depuis le premier confinement dû au Covid-19 en 2020, le campement est un sujet politique central à Ouistreham, tant la municipalité a lutté pour repousser les personnes migrantes loin des yeux des habitants et des touristes — quitte à être dans l’illégalité.
« Si ces personnes sont ici, c’est uniquement parce que c’est un lieu de départ des ferries, analyse Camille Gourdeau, sociologue et autrice d’un ouvrage à ce sujet. Il y a trois rotations par jour : c’est davantage que Cherbourg, mais moins que Calais. Cela suffit à expliquer pourquoi ils sont là et s’y maintiennent. »
Leur quotidien : guetter les navires en partance pour le Royaume-Uni et tenter de s’y introduire, à tout prix. « J’aimerais aller en Angleterre, car je connais du monde là-bas », confirme Anouar, 25 ans.
Dans le camp, certains bénévoles ont apporté 4,5 kg de poulet, qui seront cuits avec des légumes. « Nous mangeons parfois ensemble, c’est un moment de partage qui change nos rapports », témoigne Joël, membre du Camo. Il n’y aura pas de repas partagé entre les exilés et les bénévoles cette fois-ci, mais beaucoup de solidarité.