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A la rencontre de Reporterre, on a retrouvé le goût de la politique

8 octobre 2014 / Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre)



Le silence des médias n’a pas empêché le vif succès de la Rencontre de Reporterre, lundi 6 octobre. Dans une salle comble, des politiques animés par l’écologie ont, en musique, en interaction avec le public, et avec tirage au sort, réfléchi ensemble aux moyens de coopérer pour sortir du marasme actuel. Une bonne soirée... qui doit se prolonger concrètement.


Cela a commencé par de la musique doucement jazzy et cela s’est terminé de la même façon. Entre les deux : trois heures de débats et de discussions rondement menés dans une salle parisienne, le théâtre Déjazet, pleine comme un œuf.

Oui, la rencontre organisée, lundi 6 octobre en début de soirée, par Reporterre a été un succès indéniable malgré la modicité des moyens matériels mis en œuvre (un budget de 5.000 euros, la salle étant par ailleurs prêtée et les Amis de Reporterre ayant aidé bénévolement). Pas de publicité ni d’annonce dans les médias, pas d’affichage, et pourtant, plus de six cents personnes sont venues écouter, interpeller, dialoguer avec nos huit invités. On a parlé de « remettre de l’humain dans la politique », de « repolitiser la société et de resocialiser la politique », de Jacques Ellul et d’Ivan Illich, de culture et de poésie…

Le thème de la rencontre - L’écologie au cœur de la reconstruction politique – était ambitieux. Non pas que la nécessité d’une reconstruction politique – certains intervenants préférant le terme de « refondation » - ait été contestée à l’heure où le Front national engrange les suffrages et où l’abstention est devenue massive. Que ce soit Julien Bayou, porte-parole d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), Noël Mamère, député-maire, Barbara Romagnan (députée PS « frondeuse ») ou Pierre Larrouturou (conseiller régional et fondateur du parti Nouvelle Donne) tous souhaitent, sans en masquer les difficultés, que le système politique français change profondément et qu’une 6e République naisse sur les décombres de l’actuelle, « qui est à la solde de l’oligarchie, de la finance, des puissants » (Vincent Liegey, objecteur de croissance).


- Julien Bayou -

Faut-il s’appuyer sur les formations politiques pour accélérer le changement ? C’est peu dire que tous les participants à la Rencontre de Reporterre ont eu la dent dure à l’égard des partis – en particulier ceux de gauche – et de leurs dirigeants accusés d’être coupés des citoyens et d’avoir vendu leur âme au diable – en clair au libéralisme ambiant. « N’ayons pas peur de nous affronter au politique », a lancé Myriam Martin (Ensemble !) « Mais privilégions les expériences locales », a ajouté Barbara Romagnan. « L’action politique ne passe plus véritablement par les partis », a fait observer Anne Le Strat (Utopia). « Ils ne produisent plus d’idée neuves », constate le député Noël Mamère.


- Vincent Liegey et Noël Mamère -

Pour autant, les formations politiques restent indispensables et personne ne songe à les passer par perte et profits. « Ils sont nécessaires mais il y un divorce avec la société civile », a encore dit Noël Mamère. « Il faudrait songer à introduire le tirage au sort dans nos institutions », a avancé Julien Bayou. Mais sa suggestion n’a guère été reprise par les autres intervenants alors qu’elle suscite l’intérêt du public. En témoignaient les contributions recueillies par Reporterre pour préparer la Rencontre aussi bien que les réactions du public invité à s’exprimer au cours de la seconde partie de la soirée. Le tirage au sort a d’ailleurs été utilisé durant la Rencontre, tant pour choisir l’ordre de passage des orateurs que pour sélectionner les multiples idées exprimées par écrit par les auditeurs.


- Tirage au sort des idées exprimées -

Là où l’unanimité s’est faite parmi les intervenants, c’est sur le positionnement de l’écologie. « L’écologie ne peut qu’être anti-capitaliste », a résumé Anne Le Strat, applaudie par la salle.


- Anne Le Strat -

« Elle doit s’inscrire dans le mouvement social pour contribuer à peser sur les évènements et convaincre l’opinion qu’une alternative existe. Il faut agir ensemble », devait ajouter Pierre Larrouturou, approuvé par Corinne Morel-Darleux (Parti de gauche), pour qui « il faut relier l’écologie à la production. Se dire écologique ne suffit pas, parce qu’il existe une écologie de droite. Je suis pour une écologie anti-capitaliste, une écologie sociale qui s’oppose à l’écologie de droite ».


- Corinne Morel Darleux -

La précision n’était sans doute pas inutile à l’heure où le capitalisme fait montre de sa ductilité. « Des sites internet comme Blabacar [un site de covoiturage] ou Airbnb [un site de location saisonnière entre particuliers] sont devenus payants alors qu’ils étaient gratuits au début. Comme quoi le capitalisme récupère tout », a observé Noël Mamère.


- Myriam Martin -

Cet enracinement politique de l’écologie, quels combats doit-il privilégier ? Il y a ceux déjà engagés aux noms sans doute bien connus de ceux qui étaient là lundi soir : Notre-Dame-des-Landes, la ferme-usine des Mille vaches, le barrage de Sivens, dans le Tarn… Et il y a les autres combats, à la portée plus générale. La lutte contre le nucléaire en est un, sans doute le plus urgent, le plus immédiat à l’heure où les parlementaires discutent du projet de loi dit de la transition énergétique (« un leurre », selon Noël Mamère). Mais ce n’est pas le seul. Le traité de libre-échange en cours de négociation entre l’Union européenne et les Etats-Unis (le Grand marché transatlantique, « sur lequel on peut gagner », a assuré Pierre Larrouturou) en est un autre qui inquiète par ses conséquences possibles. Idem pour l’alimentation, sur lequel il aurait sans doute fallu s’appesantir davantage, avec sa double interrogation : Comment lutter contre les « multinationales de la malbouffe ? » et « Comment lutter contre l’accaparement des terres ?"


- Barbara Romagnan -

Et puis, il y a les autres, tous les autres, simplement frôlés lundi soir au théâtre Dejazet, mais dont on devinait qu’ils étaient les bienvenus : la notion de biens communs, celle de revenu maximum, le concept de sobriété heureuse, les médias monopolisés par une poignée de groupes financiers ou industriels…

Autant de thèmes pour d’autres Rencontres ?


- Pierre Larrouturou -

Plusieurs propositions concrètes de coopération entre les mouvements présents sont en tout cas sorties de la réunion :

- une déclaration commune sur le traité de libre-échange et la participation aux manifestations de samedi 11 octobre à ce propos ;
- définir un "POUR" sur quoi on pourrait se retrouver ;
- une proposition de loi sur la gratuité des premières tranches de consommation d’eau et d’électricité ;
- se retrouver à Amiens, le 28 octobre, lors du procès de la Confédération paysanne à propos de la ferme-usine des Mille vaches - en élargissant la parole à la "re-ruralisation", et à la question de l’alimentation, qui permet de relier la vie quotidienne des gens aux problèmes globaux de la mondialisation et du capitalisme ;
- préparer des Assises de la gauche radicale, alternative et écologiste ;
- travailler six mois pour dégager une plate-forme commune.

A charge, maintenant, aux politiques de continuer ce travail, que Reporterre accompagnera - et sans doute d’autres médias...


LA RENCONTRE EN VIDEO


- Avec le Band Magnétique -

Tout le monde n’a pas pu rentrer lundi soir et nous en sommes désolés. Et bien sûr, tout le monde n’était pas à Paris. Reporterre publiera dans les prochains jours la restitution video de la Rencontre.

Vous pouvez aussi lire la relation de la soirée par Regards.




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Source : Jean-Pierre Tuquoi pour Reporterre.

Photos : Eric Coquelin.

Reporterre remercie vivement le Théâtre Dejazet, qui a grâcieusement prêté sa salle et a permis cette Rencontre.


Cet article a été réalisé par un journaliste professionnel et a entrainé des frais. Il va bien sûr aussi de même pour la Rencontre elle-même, qu’il faut nous achever de financer. Merci de soutenir Reporterre :

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