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ReportageCOP30

À mi-chemin de la COP30, le grand réveil espéré tarde à se manifester

Le président de la COP30, André Correa do Lago, durant une session de négociations le 13 novembre.

Si les participants à la COP30 sont rapidement parvenus à se mettre d’accord sur un agenda, d’importants obstacles demeurent à mi-parcours. La contribution des pays riches et l’abandon des fossiles suscitent de vives oppositions.

Belém (Brésil), reportage

Quelques heures après la cérémonie d’ouverture de la COP30, le 10 novembre, le président de la conférence, André Correa do Lago, était apparu tout sourire dans la salle de presse où l’attendaient les journalistes. Vêtu d’une chemise sans cravate pour supporter la chaleur étouffante de Belém, il s’était empressé d’annoncer la bonne nouvelle : la veille, les représentants des 197 pays signataires de l’Accord de Paris étaient parvenus à s’entendre sur un ordre du jour comportant 111 sujets.

« Je tiens à remercier ici, devant vous, toutes les délégations pour l’accord fantastique qu’elles ont réussi à conclure hier soir sur l’agenda », avait déclaré le diplomate, sous l’œil attentif des caméras. Il faut dire que la mission s’annonçait périlleuse, tant les contours de cette 30ᵉ édition de la Conférence des parties sont restés flous jusqu’à son coup d’envoi.

L’adoption de l’ordre du jour exigeant l’unanimité des parties en question, celle-ci avait pris plusieurs jours lors des quatre précédentes COP. Cette fois-ci, l’affaire a été bouclée rapidement. Un signal positif pour la suite des négociations. « Cela nous permet de commencer à travailler dès aujourd’hui, de manière très intensive », s’était réjoui André Correa do Lago lors de la conférence de presse.

Un enthousiasme prématuré ?

Seulement, son enthousiasme pourrait bien avoir été prématuré. Les pays — aux réalités et priorités très différentes — doivent désormais s’accorder sur le contenu de chacun des thèmes. « Approuver [l’agenda] tôt ne signifie pas que tous les sujets sont pacifiés », précise Natalie Unterstell, présidente de l’institut Talanoa, spécialiste des politiques climatiques.

« Il y a des discussions assez difficiles en ce moment sur la question de l’adaptation [au changement climatique] », relate une source de la délégation française. Les pays essaient de définir une centaine d’indicateurs destinés à mesurer les progrès dans ce domaine. Problème : une cinquantaine de pays africains cherchent à repousser cette discussion de deux ans, craignant de ne pas pouvoir répondre à ces critères… faute de moyens financiers suffisants.

Pour y remédier, ceux-ci demandent un triplement des financements consacrés à l’adaptation d’ici 2030, pour atteindre 120 milliards de dollars. Une revendication qui n’enthousiasme guère les pays riches.

L’ordre du jour diplomatiquement allégé

Par ailleurs, les désaccords les plus vifs portent sur quatre points que le président Correa do Lago a exclus de l’ordre du jour. Afin d’éviter que celui-ci ne se retrouve bloqué, le diplomate a préféré échanger de manière informelle avec les délégations sur ces thèmes sensibles, dans l’espoir de trouver des compromis qu’il pourra ensuite incorporer aux délibérations.

Ces sujets incluent la demande de plusieurs pays, notamment de l’Union européenne, d’intensifier la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ainsi qu’une demande accrue de transparence sur les efforts mis en œuvre. Plus délicat encore : la présidence brésilienne cherche une issue à la requête de la Chine et de l’Inde, qui réclament de supprimer les barrières commerciales liées au climat, comme la taxe carbone aux frontières de l’UE.

Freinage français

Elle doit également chercher une solution à la demande des pays en développement d’augmenter le financement climatique par les pays riches, fixé l’an passé à 300 milliards de dollars par an à l’horizon 2035. Du côté de la France, hors de question de rouvrir ce débat.

La délégation tricolore s’applique à bloquer toute avancée en la matière et plaide pour que l’argent versé soit sous forme de prêts, au risque d’endetter encore plus les pays vulnérables. Ce dossier brûlant risque de réveiller les fantômes du fiasco de la COP29 en Azerbaïdjan.

« Les négociations avancent »

Parviendront-ils à des compromis ? « Les négociations avancent », assure Maiara Folly, directrice exécutive et cofondatrice de la plateforme Cipо́, un groupe de réflexion brésilien spécialisé sur le climat. Optimiste, la chercheuse souligne notamment que le nombre de pays ayant soumis leurs nouveaux objectifs de réduction des émissions, baptisés NDC dans le jargon diplomatique et initialement attendus pour février, est passé de 98 à 111 entre le 5 et le 13 novembre.

Ce progrès « est une démonstration de force du multilatéralisme », estime-t-elle. Cette avancée demeure toutefois insuffisante pour limiter le réchauffement de la planète sous la barre des 1,5 °C comme le prévoyait l’Accord de Paris.

La ministre des Peuples indigènes Sonia Guajajara, la ministre de l’Environnement Marina Silva et le président de la conférence, André Correa do Lago, lors d’une rencontre avec des représentants des peuples indigènes le 14 novembre. Hermes Caruzo / COP30

En outre, « la présidence brésilienne [de la COP] est perçue comme légitime et compétente, ce qui contribue à instaurer un climat de confiance », note Natalie Unterstell. Déterminés à trouver des compromis avant une session plénière prévue le 15 novembre, André Corrêa do Lago, la ministre de l’Environnement Marina Silva et la ministre des Peuples indigènes Sonia Guajajara multiplient les allers-retours dans les couloirs de la zone bleue, réservée aux négociateurs, pour rencontrer les différentes délégations.

Marchant d’un pas pressé et le regard fixé droit devant eux, le trio est toujours suivi d’une cohorte de collaborateurs, s’efforçant de tenir à distance les journalistes susceptibles de ralentir leur mission.

Colère des peuples indigènes

De nombreux peuples indigènes estiment toutefois que les efforts de la présidence restent insuffisants. Le 11 novembre au soir, des dizaines de personnes autochtones ont fait irruption de force dans la zone bleue pour réclamer une participation accrue aux négociations et exiger la fin des énergies fossiles, absentes de l’ordre du jour. Ironie du sort, les multinationales des hydrocarbures continuant de ravager leurs terres ont, elles, envoyé à Belém pas moins de 1 600 émissaires. Une concentration de lobbyistes record, d’après la coalition Kick Big Polluters Out.

Malgré le renforcement de la sécurité demandé par les Nations unies après ces altercations, des peuples autochtones ont de nouveau crié leur colère le 14 novembre au petit matin devant l’entrée du site de la COP. Objectif : protester notamment contre les crédits carbone, qu’ils considèrent comme de « fausses solutions » au changement climatique. Certaines délégations ont dû patienter longtemps avant de pouvoir accéder au lieu des négociations par une deuxième entrée improvisée.

Ces appels seront-ils entendus ? Une coalition, formée pour l’instant d’une soixantaine de pays, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni, les îles Marshall et la Colombie, est en train de se former pour pousser à l’élaboration d’une feuille de route de sortie des fossiles, conformément à ce que le président Lula avait souhaité dans son discours d’ouverture du Sommet des dirigeants.

« Opérationnaliser » la sortie des énergies fossiles

L’enjeu est simple : « [Définir] la manière dont on va concrètement sortir des énergies fossiles », détaille une source diplomatique française. Autrement dit, que chaque État explicite comment il compte s’y prendre. Cette détermination du camp français semble quelque peu teintée d’hypocrisie, la délégation ayant offert un laisser-passer à 22 lobbyistes des énergies fossiles, dont le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné, pour accéder aux zones de négociations.

Par ailleurs, « la France traîne des pieds » dès qu’il s’agit de mettre la main au portefeuille pour financer la sortie des fossiles des pays en développement, assure Fanny Petitbon, de l’ONG 350.org. «  Il y a une hypocrisie de la France qui plaide à l’international pour la sortie des fossiles tout en refusant au niveau national d’organiser la transition énergétique », ajoute Lorelei Limousin, de Greenpeace.

Ce plan pourra-t-il être incorporé au texte final des négociations ? Lors de la COP28 de Dubaï en 2023, les pays s’étaient engagés pour la première fois à abandonner les énergies fossiles. Désormais, « la question c’est comment opérationnaliser [cet engagement] », précise le diplomate.

La Colombie, dont le président Gustavo Petro plaide pour la fin de l’exploitation pétrolière, travaille déjà sur un brouillon de texte qui doit être dévoilé la semaine prochaine. Une opération périlleuse : le 12 novembre, le journal brésilien Folha de São Paulo a indiqué qu’au moins 70 pays, dont l’Arabie saoudite et la Russie, étaient fermement opposés à cette feuille de route.

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