Attaques contre l’OFB : les solutions du gouvernement passent mal
Pas moins de 90 manifestations, agressions symboliques et vandalisations visant l’OFB ont été recensées depuis un an. - Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0 / Theo Vansteekeste
Pas moins de 90 manifestations, agressions symboliques et vandalisations visant l’OFB ont été recensées depuis un an. - Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0 / Theo Vansteekeste
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Le gouvernement a dévoilé dix mesures pour calmer les attaques dont la police de l’environnement est la cible depuis un an. Seulement, elles répondent surtout aux demandes du monde agricole.
Du saupoudrage communicationnel et rien pour renforcer la sécurité des agents de la police de l’environnement. Jeudi 17 avril, en déplacement au siège de l’Office français de la biodiversité (OFB) à Auffargis (Yvelines), les deux ministres de tutelle, Annie Genevard pour l’Agriculture, et Agnès Pannier-Runacher pour la Transition écologique, ont dévoilé dix mesures de « sortie de crise » — révélées une semaine plus tôt par Mediapart.
Supposées calmer la pression envers cette police de l’environnement, qui subit des attaques venues du monde politique, du syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, et de la Coordination rurale, les mesures penchent en réalité dans le sens des demandes les plus extrêmes du monde agricole.
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Parmi les mesures, figure le « déploiement du port d’arme discret », ou encore « l’inscription dans la loi du port de la caméra individuelle ». Une procédure de signalement des « contrôles problématiques » va être instaurée, assortie d’un « dispositif d’inspection » au sein de l’OFB. Les inspecteurs de l’environnement seront formés « aux réalités agricoles », et les agents des chambres d’agriculture « aux enjeux de la biodiversité ». Autres annonces plus floues : une campagne de communication, un colloque, ou encore une journée annuelle de « contrôles à blanc » seront organisés. Surtout, la mesure numéro 9 entérine l’allégement des contrôles via une « réflexion de revue des normes et échelles des peines ».
Rien sur la sécurité des personnels
Créé en 2020, l’OFB compte 3 000 agents, dont 2 000 sur le terrain. Parmi eux, 1 700 inspecteurs de l’environnement sont dotés de pouvoirs de police administrative et judiciaire et sont chargés de faire respecter les lois en ce qui concerne l’usage de pesticides, la pollution de l’eau et le respect des arrêtés sécheresse. Pas moins de 90 manifestations, agressions symboliques et actes de vandalisme visant l’OFB ont été recensées depuis un an, mais rien sur la sécurité menacée des personnels ne figure sur la feuille de route des ministres.
Les agents de l’OFB ont découvert les contours de cette dernière dans un e-mail envoyé ce jeudi matin par le directeur général de l’OFB. Dans la missive, que Reporterre s’est procurée, Olivier Thibault appelle ses équipes à appliquer ces règles « avec loyauté et responsabilité ». « J’ai la conviction que ces mesures vont nous aider à relever nos défis, maintenir le cap qui nous est fixé tout en prenant mieux en compte l’évolution du contexte global et les tensions qui se sont exprimées », écrit-il encore.
« Pour sortir d’une crise entre deux parties, il convient de trouver des compromis. Or, ici, ce n’est pas le cas »
Joint par Reporterre, Pascal Irz, trésorier adjoint de la CGT environnement, déplore une « pure opération de communication » : « Pour sortir d’une crise entre deux parties, il convient de trouver des compromis. Or, ici, ce n’est pas le cas. Il appartient uniquement aux agents de l’OFB de satisfaire aux demandes des syndicats agricoles productivistes. À l’inverse, rien n’est demandé à la profession agricole pour progresser dans ses pratiques en termes de protection de l’environnement. »
Dans un communiqué de presse, l’intersyndicale réunissant l’ensemble des organisations représentatives du personnel (SNE-FSU, FO, CGT, Unsa, EFA-CGC) de l’OFB précise avoir demandé une entrevue avec les deux ministres à Auffargis vendredi matin, en vain. Les syndicats déplorent des mesures « inutiles », voire « nuisibles » et « des revendications en souffrance, pour des personnels qui le sont tout autant ».
Ce qui les choque le plus : la mesure concernant le port d’arme, qui constitue « une atteinte très grave à la sécurité des inspecteurs de l’environnement dans l’exercice difficile de leurs missions ». Le port d’arme discret figurait d’ailleurs dès janvier 2024 sur la liste de demandes du syndicat agricole FNSEA-JA.
Attaques politiques
Le Premier ministre, François Bayrou, avait déjà mis le feu aux poudres le 14 janvier dans son grand oral devant l’Assemblée nationale, en accusant les inspecteurs de l’OFB d’humilier les paysans en menant leurs contrôles avec une « arme à la ceinture, dans une ferme déjà mise à cran par la crise ». En janvier 2024, alors que la colère du monde agricole battait son plein, Gabriel Attal, alors chef du gouvernement, avait déjà remis en question le port d’arme des agents de l’OFB lorsqu’ils mènent des missions de police.
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Les syndicats craignent également que ces règles ne conduisent à « un abaissement de la protection de l’environnement, déjà très modeste » : « Les problèmes d’environnement et de santé sont graves et durables, mais ils occasionnent peu de constats d’infraction à l’encontre du monde agricole. »
Le 1er avril, l’intersyndicale des agents du ministère de l’Agriculture alertait dans un communiqué sur l’absence totale de soutien aux agents de la part de leur ministre. « Comment explique-t-on que, suite à une agression dans l’éducation nationale, la ministre de l’Éducation nationale et le ministre de l’Intérieur ont pris la parole pour condamner ces faits ? Au [ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire] [...] nos autorités jouent au roi du silence. »
« Moins d’un contrôle par exploitation en moyenne par siècle »
Plusieurs actes malveillants inquiètent les agents de la police de l’environnement. Le 10 octobre 2024, le directeur départemental de l’OFB du Tarn-et-Garonne retrouvait les écrous d’une roue de sa voiture dévissés. Fin mars, le syndicat Jeunes agriculteurs mettait en scène le meurtre d’un agent de l’OFB dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Le 7 avril, une agente de l’Eure voyait ses coordonnées diffusées sur internet par un agriculteur convoqué à une audition dans le cadre d’une enquête.
Publié en septembre 2024, un rapport sénatorial rappelait que l’OFB inspecte chaque année seulement 0,75 % des fermes, « soit moins d’un contrôle par exploitation en moyenne par siècle ».