Back in seventies : pour Manuel Valls et le troisième âge, le nucléaire est « l’énergie de l’avenir »

Durée de lecture : 5 minutes

15 octobre 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)



A peine la loi sur « la transition énergétique » était-elle adoptée à l’Assemblée nationale que le Premier ministre se précipitait au Word Nuclear Exhibition (Exposition mondiale du nucléaire). Pour y déclarer sa flamme pour le nucléaire


- Le Bourget, reportage

Il y avait le discours de Manuel Valls au Medef, lors de son université d’été en août dernier : « J’aime les entreprises ». Il y a désormais le discours au Bourget : « J’aime le nucléaire ».

Le Premier ministre l’a prononcé ce mercredi en fin d’après-midi au World nuclear exhibition 2014, au lendemain de l’adoption du projet de loi de transition énergétique par l’Assemblée nationale. Celle-ci est censée fixer à la France l’objectif de réduction de 75 à 50% de la part du nucléaire dans le mix énergétique français.

Florilège des propos de M. Valls :

« Bien sûr, il y a des débats, que l’on peut comprendre, sur les enjeux de sûreté. C’est encore plus vrai à la suite de l’accident de Fukushima. […] Il y a aussi des débats sur le lien entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire […]. Mais au-delà de ces débats, il y a cependant une certitude : nous avons besoin du nucléaire pour répondre à la demande énergétique. C’est un secteur indispensable, vital pour cette demande énergétique mais aussi pour la recherche, l’innovation et donc pour bâtir l’avenir ».

- Centrale de Fukushima. Autour, des centaines de kilomètres carrés interdits à l’habitation en raison de la radioactivité -

« Sans cette grande aventure scientifique et industrielle de l’atome qui joue un rôle central dans notre pays […], la France ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Le nucléaire, c’est pour notre pays, une filière stratégique. C’est un tissu industriel très compétitif et reconnu partout à l’étranger ».

« Le nucléaire, c’est pour la France, un facteur d’indépendance et de puissance industrielle, économique, mais aussi diplomatique. C’est donc un atout majeur pour le présent et pour l’avenir ».

- Trait rouge : le nucléaire. Sa capacité dans le monde a reculé en 2013. L’éolien - trait bleu - a poursuivi sa progression, avec 301 gigawatts électriques connectés, ainsi que l’énergie solaire - trait vert - avec 135 GWe -

« Mieux structurer la filière française, c’est lui donner une meilleure visibilité encore, à l’étranger, et c’est nécessaire pour notre balance commerciale et pour nos emplois. Ceux d’aujourd’hui, bien entendu, mais également ceux de demain, car le nucléaire, ce sont des métiers, à fort niveau d’expertise et en évolution constante, au rythme des progrès techniques ».

« La France continuera à promouvoir les réacteurs de troisième génération que sont les EPR. Un travail sur leur optimisation est probablement nécessaire et je fais confiance à la coopération entre EDF et AREVA pour y parvenir ».

« Se projeter dans l’avenir, c’est également développer toutes les connaissances, notamment en matière de démantèlement. Enfin, l’avenir, c’est la gestion pérenne des déchets radioactifs. Dans ce domaine, la France est particulièrement en avance. […]. J’entends souvent dire que le nucléaire n’est pas une énergie propre parce qu’elle génère des déchets, mais cela fait des décennies que de bonnes décisions sont prises par les responsables politiques, que les élus locaux jouent le jeu et que la France est une référence. Nous devons poursuivre sur la voie de l’exigence et de l’excellence. Nous avons la chance d’avoir avec l’ANDRA un acteur précieux, qui joue un rôle très important ».

"Le génie industriel français"

« La transition énergétique, votée hier à l’Assemblée nationale en première lecture à une très large majorité, est une opportunité formidable. Ce n’est pas une punition ; ni pour les ménages dont nous voulons préserver le pouvoir d’achat, ni pour les salariés du nucléaire qui incarnent le génie industriel français. La transition énergétique, c’est un facteur de dynamisme pour notre économie, tant pour sa compétitivité que pour la croissance et pour l’emploi. C’est enfin, et nous en sommes tous conscients, un impératif pour la préservation de notre environnement ».

- En termes de nouvelles capacités de production électrique installées dans le monde, les énergies renouvelables ont dépassé en 2012 les énergies du passé : fioul, charbon et nucléaire -

« La démarche qui est la nôtre doit être pragmatique. Car il faut préparer, anticiper et construire le mix énergétique de demain. Et il ne s’agit pas d’opposer les filières les unes aux autres, il s’agit de les rendre complémentaires avec un objectif central : la diminution de nos gaz à effet de serre ».

« Le message que je suis venu vous dire ici, au cœur de ce succès qu’est le Salon, c’est que l’Etat, le Gouvernement, la représentation nationale et en tout cas le chef du Gouvernement de la France sont avec vous, derrière vous, parce que vous représentez un élément essentiel et une des conditions de la réussite de l’avenir de la France » conclut Manuel Valls, recueillant par la même une salve nourrie d’applaudissement du public de professionnels du nucléaire.

Retrouvez demain le récit de notre journée passé au Salon international du nucléaire.





Source : Barnabé Binctin, pour Reporterre

Illustrations :
. M. Valls et son public : Barnabé Binctin
. Fukushima : Hervé Kempf
. graphes : The world nuclear industry status report et Mediapart


Cet article a été réalisé par des journalistes professionnels et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

DOSSIER    Nucléaire

THEMATIQUE    Énergie
31 juillet 2020
Un été pour explorer
La vie de Reporterre
31 juillet 2020
Bâtiments qui se fissurent, routes qui ondulent... L’Arctique russe face à la fonte du pergélisol
Reportage
1er août 2020
EN BÉDÉ - L’avion, un secteur qui doit (beaucoup) décroître
Info


Dans les mêmes dossiers       Nucléaire



Sur les mêmes thèmes       Énergie





Du même auteur       Barnabé Binctin (Reporterre)