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ReportageLuttes

Blindés, grenades et LBD : l’État réprime la zad contre l’A69

Un occupant de la zad devant les gendarmes à Saïx, dans le Tarn, le 19 février 2024.

Le 19 février, une unité spéciale de la gendarmerie a tenté, en vain, de déloger les militants perchés dans les arbres de la zad contre l’autoroute A69, dans le Tarn. Les interventions se multiplient depuis une dizaine de jours.

Saïx (Tarn), reportage

« Tir LBD épaule droite. Coup de matraque bras gauche. Éclat grenade de désencerclement tibia droit. » Dans son camion aménagé en ambulance, Vag recense tout. Un petit carnet, un stylo, et il note. Il écrit pour ne pas oublier tous ces hématomes, ces brûlures, ces dermabrasions (abrasion de la peau). « C’est important de documenter cela », assure Vag, qui est street medic depuis 2018. Et pour cause : « Depuis le 10 février, il y a un peu plus d’une semaine, on a eu une cinquantaine de blessés sur la zad, sans compter celles et ceux que je n’ai pas pu recenser et qui sont partis directement en garde à vue », poursuit-il, vêtu d’un t-shirt arborant le symbole rouge et blanc des street medics.

Depuis une dizaine de jours, la zad de la Crem’Arbre, située à Saïx dans le Tarn, est le théâtre de violentes interventions de la part des forces de sécurité. « Grenade CM3, fumigène MP7, MP3, grenades GM2L, munitions de LBD, grenade de désencerclement… tout est là ! » lance Vag en sortant des munitions de son sac. Un arsenal répressif massivement utilisé ces derniers jours pour déloger les militants qui défendent la dernière forêt encore debout sur le tracé de la future autoroute A69, qui doit relier Toulouse à Castres.

L’intervention des gendarmes grimpeurs de la Cnamo s’est faite en collaboration avec des pompiers munis d’un camion à nacelle télescopique, le 19 février 2024. © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Reporterre

Celui-ci a trouvé son point d’orgue le 19 février, la préfecture ayant déployé une nouvelle arme « anti-zad » pour déloger les derniers militants perchés dans les arbres et débuter le défrichage. Des sous-officiers de la Cellule nationale d’appui à la mobilité (Cnamo) sont arrivés sur place en début d’après-midi, harnachés de leurs baudriers et de leurs mousquetons pour tenter de faire descendre les militants.

Accompagnés par des pompiers et notamment d’un camion nacelle, les grimpeurs de la gendarmerie ne sont pas parvenus à déloger les militants. Les sous-officiers de la Cnamo se sont contentés de démonter une cabane et d’emporter avec eux des duvets et des affaires personnelles. « C’est une opération qui demande du temps », a déclaré le préfet du Tarn Michel Vilbois.

Des gendarmes mobiles derrière les barricades empêchent l’accès à la zad et aux arbres depuis le 15 février 2024. © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Reporterre

« Un harcèlement constant des forces de l’ordre »

La tension montait depuis plusieurs jours. « On a subi des charges et des gazages quotidiens et gratuits pendant une semaine. Tous les jours les gendarmes venaient pour brûler nos affaires, tirer des lacrymos, puis repartaient », raconte une zadiste.

Face à cette situation, plusieurs collectifs et associations ont déposé une plainte contre X le 16 février, au tribunal de Toulouse, pour « mise en danger volontaire de la vie d’autrui ». Ce même jour, le rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseurs de l’environnement, Michel Forst, dénonçait lui aussi, sur le réseau social X, des méthodes de maintien de l’ordre « alarmantes ». Contactée par téléphone, la préfecture du Tarn n’a pas souhaité faire de commentaire.

Face à la forte répression policière, une personne lit aux gendarmes mobiles un article sur les gaz lacrymogènes et leur toxicité sur la santé humaine, le 18 février 2024. © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Reporterre

Dans la journée du 15 février, après une nouvelle charge dans la forêt, les gendarmes ont pu s’emparer de la zone, sans pour autant déloger les « écureuils », ces militants perchés dans les arbres.

« On a pris des nuées de gaz lacrymogène jusqu’ici, raconte une militante depuis sa cabane à 15 mètres de haut. Il y a un palet de lacrymogène qui a failli déclencher un feu dans une structure, ils nous mettent en danger et ils vont provoquer un accident ! » Depuis le jeudi 15 février et l’occupation du bois par les forces de sécurité, aucune personne n’est autorisée à ravitailler les militants dans les arbres.

« C’est impossible de recevoir de l’eau ou de la nourriture, raconte un autre écureuil. On subit un harcèlement constant des forces de l’ordre depuis samedi. La nuit, ils dirigent vers nous des lumières stroboscopiques, ils frappent sur de la tôle, nous insultent ou font des cris d’animaux pour nous empêcher de dormir. »

En fin de mobilisation le 18 février, deux engins de chantier sur la cimenterie à proximité de la zad ont été incendiés, dont une pelleteuse. © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Reporterre

Dimanche, une manifestation était organisée pour tenter de ravitailler ces militants. Le cortège d’environ 200 personnes s’est heurté une nouvelle fois à un important dispositif policier, composé d’impressionnants blindés. Les manifestants ont été violemment repoussés et les forces de sécurité ont interpellé six personnes. « On assiste à une utilisation offensive des armes de défense. C’est la première fois qu’un blindé Centaure est utilisé en dehors du milieu urbain », affirme Pascal Gassiot, qui fait partie de l’Observatoire des pratiques policières et qui, pas plus que ses collègues de la Ligue des droits de l’Homme, n’avait l’autorisation de s’approcher des écureuils.

Cette nouvelle intervention du 19 février risque de s’étaler sur plusieurs jours. Une quinzaine d’écureuils sont toujours perchés dans leurs cabanes, résolus à sauver les derniers arbres sur le tracé de l’A69.


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