« Bloquons tout » : de Lille à Toulouse, une journée de colère
Le blocage d'un lycée à Marseille, le 10 septembre 2025. - © Christophe Simon / AFP
Le blocage d'un lycée à Marseille, le 10 septembre 2025. - © Christophe Simon / AFP
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Plusieurs centaines d’actions ont été recensées lors de la journée du 10 septembre. D’un entrepôt d’Amazon dans le Nord à une autoroute près de Toulouse, des dizaines de milliers de personnes ont répondu à l’appel au blocage du pays.
Lauwin-Planque (Nord), L’Union (Haute-Garonne), reportage
« Bloquons tout ». Ce mot d’ordre lancé pour le 10 septembre a rassemblé 175 000 participants pour 812 actions partout en France, selon le ministère de l’Intérieur. La CGT évoque de son côté 250 000 personnes pour 200 rassemblements et manifestations.
Plus de 10 000 manifestants étaient présents à Toulouse et à Rennes, selon Le Monde, 8 000 à Lyon et à Marseille selon les autorités.
Après les blocages de lycées et de rocades — aux réussites diverses —, les piquets de grève, ou encore les opérations « chariots gratuits », des manifestations déclarées ou sauvages ont continué en début de soirée dans plusieurs villes.
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Si la majorité des mobilisations se sont tenues dans le calme, la journée a été émaillée de quelques incidents. Fort d’un dispositif mobilisant près de 80 000 membres des forces de police et des drones de surveillance, le ministère de l’Intérieur a annoncé dans la matinée avoir interpellé 295 personnes. Au cœur des revendications : la justice sociale et écologique, l’opposition aux politiques d’austérité et aux multinationales, mais aussi des luttes plus locales, comme celle contre l’autoroute A69 près de Toulouse (Haute-Garonne), ou bien contre Amazon à Lauwin-Planque (Nord).
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Amazon, symbole de l’injustice fiscale, bloqué dans le Nord
Dès 5 heures, le calme de l’immense zone industrielle de Lauwin-Planque a été brutalement rompu par l’arrivée d’une soixantaine de personnes, venues bloquer l’entrepôt d’Amazon. Le géant étasunien est installé depuis une dizaine d’années dans l’ancien bassin minier, où il constitue avec 2 600 salariés l’un des plus gros employeurs de la région.
Pendant les quelques heures qu’a duré le blocage, entre deux feux de palettes, on pouvait voir des syndicalistes — le rassemblement s’est fait sous l’impulsion de SUD/Solidaires — et des militants marqués très à gauche, notamment de l’Union communiste libertaire auxquels se sont joints, un peu plus tard, d’autres personnes non encartées. « Un patron d’une petite boutique a donné congé à tous ses salariés pour qu’ils puissent nous rejoindre », précise Jérôme Guilain, délégué syndical SUD chez Amazon Lauwin-Planque.
Aux alentours de 10 heures, le blocage était levé, seule subsistant une présence policière. « Tout s’est bien passé », résume Karim Khatabi, responsable syndical SUD chez Alstom à Crespin (Nord) venu en voisin. « Malgré les menaces », poursuit l’homme, en référence aux annonces du ministère de l’Intérieur préalables aux actions du 10 septembre.
« Il manque 40 milliards d’euros et c’est les gens d’en bas qui vont encore payer »
Chez les bloqueurs, il y avait une volonté de mettre en lumière l’injustice fiscale et les cadeaux faits aux grandes entreprises. « On aurait aussi pu s’attaquer à une autre société du CAC 40, c’est pas propre à Amazon, lance Karim Khatabi. Mais aujourd’hui, on nous dit qu’il manque 40 milliards d’euros, et c’est les gens d’en bas qui vont encore payer. » Accusée de payer de trop faibles impôts au regard de son chiffre d’affaires, la multinationale symbolise les excès du capitalisme. « Notre patron [Jeff Bezos], est la troisième plus grande fortune du monde et bénéficie toujours des aides de l’État. Mais nous, on ne touche rien », clame Jérôme Guilain.
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Aux États-Unis, Amazon a fait parler de lui pour son obstruction à la constitution de syndicats — le premier n’est né qu’en 2022. Chez Amazon Lauwin-Planque, si les syndicats sont représentés au CSE, des difficultés apparaissent tout de même. « Au début, ça allait... Mais lorsqu’ils ont vu qu’on était un syndicat revendicatif, ça s’est moins bien passé », sourit Jérôme Guilain. Si Amazon constitue une opportunité d’emploi précieuse dans le bassin minier, Jérôme Guilain dénonce la précarité de l’emploi et un taux de turnover important, situé entre « 15 et 25 % » par an.
Le blocage visait aussi à soutenir Tatiana Campagne, ancienne trésorière du CSE et référente harcèlement, récemment licenciée après huit ans dans l’entreprise.
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Les anti-A69 contre les « profits monstrueux » des autoroutes
Quand la cinquantaine de militants est arrivée, une équipe de gendarmerie — presque aussi nombreuse — l’attendait déjà. Ces manifestants, principalement issus du collectif de riverains La Voie est libre, opposé à la construction de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, s’étaient donné rendez-vous le 10 septembre à 9 heures au péage de L’Union, à l’est de Toulouse, sur l’autoroute A68.
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« On a voulu participer à cette grande journée de blocage national, contre le projet de loi de finances et toutes ces injustices, parce que l’A69 est avant tout un désastre social pour notre territoire. Cela va être une autoroute hors de prix et on privatise certaines portions de route qui étaient publiques », raconte Marie-Odile, membre de La Voie est libre, en bordure de péage.
« La solution, c’est de renationaliser les autoroutes pour récupérer cet argent »
« On nous dit qu’on manque d’argent, qu’on va enlever deux jours fériés pour récupérer 4,2 milliards d’euros. Mais cette somme, c’est précisément les dividendes que versent tous les ans les sociétés autoroutières à leurs actionnaires. La solution, c’est de renationaliser les autoroutes pour récupérer cet argent, pas de supprimer deux jours fériés ou de proposer des mesures antisociales », a-t-elle poursuivi, alors que des militants tentaient de négocier avec les gendarmes pour lever les barrières du péage. Après d’intenses tractations, les forces de police sont restées sur leurs positions, empêchant les manifestants d’entrer sur l’autoroute.
Derrière les glissières de sécurité, la batucada jouait à plein régime, encouragée par les klaxons des camions saluant les manifestants, regroupés derrière leur grande banderole « Profits privés, dette publique : on bifurque ! Stop A69 ».
Des renforts de gendarmerie sont rapidement arrivés sur place, malgré le caractère festif et joyeux de l’action. « C’est surtout symbolique d’être là », dit Gilles, accoudé derrière la glissière. « On n’est pas là pour bloquer, mais pour débloquer les autoroutes de la privatisation, assure-t-il. Quand on voit les profits monstrueux de ces sociétés autoroutières et la durée des contrats de concession, cela nous met en colère. Pour aller de Castres à Toulouse avec l’A69, cela va coûter 17 euros pour l’usager, et l’État s’est engagé pour une concession de cinquante-cinq ans, cela n’a pas de sens et c’est une vraie injustice sociale. »
Ailleurs à Toulouse, de nombreux points de blocage ont été actifs toute la matinée, notamment sur le périphérique, et des affrontements entre manifestants et policiers se sont prolongés toute la journée dans la ville.