123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

Énergie

Bois, gaz... Que faire de nos dernières centrales à charbon ?

Centrale à charbon de Cordemais, en Loire-Atlantique, en 2018.

Du bois à la place du charbon ? Malgré les engagements d’Emmanuel Macron, les projets de reconversion par la biomasse pour les centrales électriques semblent mal engagés à Cordemais et Saint-Avold.

C’était la solution rêvée pour donner un nouvel avenir, plus propre, aux deux dernières centrales à charbon de l’Hexagone : « On va les convertir complètement à la biomasse d’ici 2027 », promettait Emmanuel Macron en septembre 2023. Brûler du bois — ou tout autre combustible — pour produire de l’électricité est pourtant un procédé peu efficient, où deux tiers de la chaleur produite est perdu. D’autant plus quand cette électricité produite est destinée ensuite à alimenter des radiateurs électriques pour se chauffer.

À Cordemais, exit le « black pellet »

Aussi contestée qu’elle soit, cette piste de reconversion industrielle permettait de préserver un temps les emplois des salariés de ces centrales. À Cordemais (Loire-Atlantique), le projet Ecocombust 2, associant EDF et le groupe Paprec, lancé en 2016, visait à progressivement remplacer le charbon par des « black pellets », des granulés issus de bois traités non dangereux.

« On sait bien que la biomasse n’est pas l’idéal et qu’on allait fonctionner seulement ponctuellement, mais c’était un moyen de lancer une filière, pour des réseaux de chaleur par exemple et envisager des choses à long terme », dit Fabien Deschamps, délégué CGT de la centrale de Cordemais.

Lire aussi : À Cordemais, EDF ressuscite son projet d’usine à biomasse

Après maintes péripéties, le projet semblait bien engagé en début d’été, jusqu’à ce que la direction d’EDF annonce le 24 septembre son abandon, « les conditions technico-économiques n’étant pas réunies ».

Les raisons concrètes restent floues : il est question de prix de la matière première de Paprec trop élevée pour EDF, d’un projet trop coûteux. Pour Fabien Deschamps, les raisons peuvent également être plus politiques : « On fait tout aussi bien les frais de l’affrontement entre EDF et l’État. » Depuis plusieurs mois, un bras de fer s’est engagé suite à la volonté de l’État de réaliser un prélèvement exceptionnel sur EDF via une taxe — ou aujourd’hui un dividende.

Quoi qu’il en soit, les 345 salariés de Cordemais — et 120 emplois de prestataires — attendent des garanties fermes sur la nouvelle piste annoncée par EDF : l’implantation d’une « usine de préfabrication de tuyauteries » destinés à l’industrie nucléaire, avec 100 emplois à la clé et jusqu’à 200 à terme. Un nouveau métier bien éloigné du travail actuel des opérateurs de centrales et pour lequel un autre site en vallée du Rhône était pressenti. En réaction, un préavis de grève intersyndical a été voté par les salariés de Cordemais pour toute la période hivernale et une réunion publique est organisée par la CGT le 10 octobre.

Incertitude sur l’avenir de Saint-Avold

La production d’électricité à base de charbon a beau être devenue anecdotique (0,17 % du mix électrique en 2023, selon RTE), elle est celle qui émet le plus de CO2 (plus de 1 kilo de CO2 par kilowattheure). La France s’était engagée à totalement l’arrêter en 2022, échéance désormais repoussée à 2027.

D’ici là, il faut aussi trouver une solution pour l’autre centrale à charbon du pays, à Saint-Avold, en Moselle. L’usine appartient à GazelEnergie, qui possède également la centrale biomasse de Gardanne, dans le sud-est. GazelEnergie est la filiale de l’énergéticien tchèque EPH, dont le principal actionnaire est le milliardaire Daniel Křetínsky, qui a bâti sa fortune dans le rachat des centrales fossiles.

En Lorraine, la production d’électricité charbonneuse avait été arrêtée en 2022 avant d’aussitôt redémarrer sous l’effet de la guerre en Ukraine. « La centrale n’a fonctionné que quelques semaines au mois de janvier lorsqu’il faisait froid et que le réseau électrique était en tension, précise à Reporterre Camille Jaffrelo, au cabinet de la présidence de GazelEnergie. L’occasion « d’effectuer les tests de fonctionnement à la biomasse avec succès », assure-t-elle.

Mais depuis cet été, des discussions sont relancées avec le ministère pour savoir ce qui de la biomasse ou du biogaz sera soutenu par l’État. La direction l’assure : pour l’heure, « il n’y a aucune déclaration sur l’abandon du projet biomasse ». Le revirement d’EDF à Cordemais fait toutefois craindre aux salariés que « les avenirs de [leurs] deux centrales soient liés », expliquait à l’AFP le 24 septembre Thomas About, de la CFDT de Saint-Avold. « Les annonces devaient être faites en mai 2024 concernant nos deux centrales [...] Mais les événements politiques [les élections législatives] ont rebattu les cartes. » Celles-ci sont aujourd’hui entre les mains du gouvernement.

legende