Brûlures en série sur la côte Atlantique : les physalies font leur retour
Une physalie, organisme marin souvent confondu avec une méduse, dont le venin peut provoquer de vives douleurs. - © Amandine Sanial / Reporterre
Une physalie, organisme marin souvent confondu avec une méduse, dont le venin peut provoquer de vives douleurs. - © Amandine Sanial / Reporterre
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De nombreuses plages du Sud-Ouest ont été interdites au public en raison de la présence de physalies. Souvent confondu avec la méduse, cet invertébré très urticant a été poussé vers le littoral par les récents vents violents.
Soustons (Landes), reportage
Il est à peine 11 heures quand les premiers blessés arrivent. Le mollet gonflé et rougi, un jeune garçon boite jusqu’au poste de secours de la plage de Soustons, dans le sud des Landes. Les nageurs-sauveteurs reconnaissent à distance la blessure causée par une physalie : « Ça, aucun doute, c’en est une ! »
Julien, son père, a lui-même peu de doutes : un autre de ces invertébrés s’est enroulé autour de sa cheville quatre jours plus tôt sur la plage voisine d’Hossegor. « Ça fait vraiment très mal, comme une grosse brûlure, avec une douleur qui remonte jusque dans l’aine », décrit-il. Si son fils grimace dans le box du poste de secours, pas de quoi gâcher les vacances pour autant : « Peut-être que demain, on ira se baigner ailleurs… » dit Julien.
Depuis la mi-juillet, les sauveteurs de Soustons recensent une quinzaine d’envenimations par jour. La plage n’a pourtant fermé qu’une heure, le 25 juillet — juste le temps de retirer les physalies échouées et sécuriser la zone de baignade —, comme au moins une dizaine d’autres dans la région. « On essaie de sécuriser tout en faisant en sorte que les vacanciers puissent profiter de la plage, explique Clément, nageur-sauveteur à Soustons, qui a lui-même été envenimé. Il faut aussi se rappeler qu’elles ont le droit d’être là. Dans l’océan, elles sont chez elles, pas nous ! »
Ni méduse, ni tueuse
Injustement surnommées « méduses tueuses », les physalies ne sont ni des méduses, ni mortelles. « Ce n’est pas tant leur venin qui présente un risque. Mais la douleur est tellement forte qu’elle peut provoquer panique, noyade ou choc cardiaque chez la victime », explique Elvire Antajan, chercheuse en écologie zooplanctonique à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).
Reconnaissables à leur forme de croissant et leur couleur violacée, les physalies sont des invertébrés marins avec de longs tentacules, qui peuvent faire jusqu’à 30 mètres. « On peut ainsi se faire envenimer plusieurs fois en se prenant dans leurs tentacules », poursuit la chercheuse.
Vivant dans les eaux chaudes de l’Atlantique nord, la physalie est une espèce tropicale. « C’est un organisme qui ne nage pas, il est transporté par le courant, notamment le Gulf Stream », détaille Elvire Antajan. Présentes régulièrement en Europe, elles restent normalement au large. Alors pourquoi cet afflux sur nos plages cet été ? « Leur présence est due à des conditions météorologiques particulières. Des vents forts venus du nord ont rabattu les physalies vers les côtes, à un moment où elles étaient nombreuses au large. »
« Quand on en voit une, le bon réflexe, c’est prévenir »
Des épisodes similaires ont été observés en 2008 et 2011. « Ce qui est inédit, c’est le grand nombre de jeunes physalies, sans doute lié à une forte reproduction provoquée par la récente canicule marine dans le golfe de Gascogne », estime la spécialiste. « On n’a jamais eu un épisode aussi long, constate Peggy Bergeron, cheffe de service environnement à la mairie de Biarritz. On espérait que les vents allaient renvoyer les physalies au large ces derniers jours, mais ça n’a pas été le cas. »
Peu de données, pas assez de recul
La présence massive de physalies serait-elle liée au changement climatique ? « Il est encore trop tôt pour le dire, analyse Elvire Antajan. C’est la fréquence de ces vents qui confirmera ou non un phénomène récurrent. »
L’hypothèse est d’autant plus incertaine qu’en France, il n’existe pas de suivi dédié aux physalies. « Il n’y a pas de programme scientifique de suivi de la présence de méduses et d’organismes gélatineux urticants. On n’a pas assez de recul, de données », regrette Elvire Antajan. « Leur arrivée est difficile à prévoir, car nous n’avons pas d’outil de modélisation, comme on peut avoir pour l’ostreopsis [une algue toxique présente sur la côte basque] », regrette Peggy Bergeron.
Les épisodes comme ceux de cet été ont au moins l’avantage de permettre aux chercheurs d’accumuler des données : tous les jours, la communauté d’agglomération du Pays basque fournit à l’Ifremer un relevé des physalies repérées par les sauveteurs et un bateau de surveillance, qui patrouille tous les matins pour repérer les zones infestées. Les fermetures de plages sont actualisées en temps réel via l’application Kalilo.
Pour l’heure, impossible de savoir précisément combien de baigneurs ont été touchés. Depuis le 18 juillet, l’Ifremer dénombre 450 envenimations signalées par les sauveteurs. Le centre antipoison du CHU de Bordeaux a, lui, recensé une cinquantaine de cas, « sûrement 50 fois moins que le nombre réel, estime sa responsable, Magali Oliva-Labadie. Quand le phénomène est nouveau, les gens nous appellent. Mais plus les physalies sont connues du public, plus les victimes vont directement chez leur médecin ».
Elle rappelle les gestes de base en cas de piqûre : frotter la plaie avec l’eau salée, pas d’eau douce, sortir immédiatement de l’eau et informer le poste de secours. « En 2010, deux physalies ont envenimé 80 personnes. Quand on en voit une, le bon réflexe, c’est prévenir ! »