C’est le printemps ! Promenons-nous dans les bois

22 mars 2014 / Isabelle Rimbert (Reporterre)

Nucléaire, déchets, croissance, pollution, Sarkozy, oligarchie ! Assez, de l’air !

C’est beau, le monde. Il fait printemps, on va se promener dans une forêt magique. Avec un ami botaniste. Et en photos.


- Notre Dame des Landes, reportage

Qui n’a pas une forêt coincée entre les côtes dans la région du cœur ? La mienne n’est pas bien grande (environ soixante hectares), pas plus « remarquable » qu’une autre, mais elle est magique. Elle est située sur la Zad de Notre Dame des Landes.

Petite balade printanière au soleil, en compagnie d’un passionné du règne végétal. Botaniste, Jean-Marie Dréan fait partie des Naturalistes en lutte. La forêt de Rohanne ? Il la connait comme sa poche, ayant vécu deux ans à la Zad.


- Jean-Marie Dréan, botaniste engagé -

Sans regret, on laisse l’asphalte derrière nous et il suffit de passer un talus pour entrer dans le vif du sujet. Côté est, cette partie du massif forestier est composée d’une futaie de sapins mélangée à quelques feuillus. Majestueux, les pins Douglas et les épicéas se déploient dans toute leur hauteur, parfois à plus de vingt-cinq mètres, comme s’ils avaient toujours été là.

Erreur ! « Ces espèces ont été introduites dans la région », indique Jean-Marie. « Elles seraient le fruit du boisement d’anciennes terres agricoles dans les années 1950. Ce merisier, en revanche, est typique de la flore du coin. Plus de 95 % des zones dites naturelles ne sont pas spontanées, mais sont le produit de l’intervention humaine. Depuis la disparition du mammouth laineux, la nature ne se gère plus toute seule ! »

Un peu plus loin, un pin tombé à terre présente son impressionnante souche garnie de racines courtes et sinueuses. « Les arbres s’adaptent, même si parfois les conditions ne leur sont pas optimales : entre le sol gorgé d’eau et les fréquentes tempêtes, ses racines modestes ne suffisent pas toujours ».


- L’entrée de la forêt de Rohanne côté est -

Omniprésent, le lierre se porte plutôt bien. Ses feuilles, d’un vert électrisé par des trouées de soleil, courent le long des arbres sans toutefois atteindre la cime. « Contrairement aux idées reçues, le lierre n’est pas nuisible pour l’arbre qui est son support. Il s’épanouit en direction de la lumière avec la croissance de son hôte, mais ne l’étouffe pas », dit Jean-Marie.

Posées en cercle comme en conciliabule, trois grosses fougères déploient leurs feuilles à la façon du palmier. Leur souche, courte et épaisse, est constituée des jeunes pousses des feuilles à venir, enroulées sur elles-mêmes. « Ces plantes côte à côte, ainsi que la présence de quelques châtaigniers, me fait penser que c’est un sol acide, déduit le botaniste. Avec les ronces présentes en quantité et la bonne taille des arbres, on peut dire que le sol n’est pas aussi pauvre qu’il l’était à l’origine de ce massif forestier, lorsque c’était une lande. Et cette sorte de fougères indique un sol humide. C’est ce qu’on appelle la phytosociologie, l’étude des relations entre les plantes et leur interaction avec le sol, la topographie, le climat et les occupations humaines présentes et passées ».


- Le lierre, un squatteur pacifique -

Soudain, les arbres se font plus clairsemés, certains gisent à terre, coupés net. En fait d’occupation humaine, « il s’agit des vestiges des violences policières perpétrées lors des expulsions de novembre 2012, mentionne Jean-Marie, songeur. C’était un jour calme comme aujourd’hui, mais l’air était saturé de gaz lacrymogènes. Les gendarmes mobiles venaient de s’éloigner dans un bruit de grenades. Soudain un petit vent d’ouest s’est levé, et a chassé le nuage toxique. C’est à ce moment que me suis dit : le vent a tourné… »

Nous marchons en silence. Des oiseaux semblent s’apostropher de branche en branche, et un léger bourdonnement tisse un fond sonore presque imperceptible, pareil à une vibration.


- Jeunes pousses d’aubépine -

Bientôt, l’ombre s’estompe et laisse le soleil envahir la forêt : les conifères font place aux feuillus qui n’ont pas encore revêtu leur parure de printemps. Nous voici entourés de chênes rouges d’Amérique, « un arbre très doué pour essaimer et peupler la forêt ». Jean-Marie se penche, désigne une forme rouge au sol. C’est un gland, déjà solidement arrimé à la terre par une délicate petite pousse. Sa couleur de sang frais, laquée, claque au milieu des nuances de terre. « Cette pellicule rouge est une sorte de bronzage qui le protège des rayons du soleil. Et cette coloration lui permet aussi de se camoufler aux yeux des herbivores qui confondent rouge et noir. Mais son goût est amer, car il contient beaucoup de tanins ». Consolatrice, une aubépine tend ses branches garnies de petites feuilles d’un vert tendre, « excellentes en salade ».


- Un chêne rouge d’Amérique en devenir -

Nous continuons vers l’ouest, et un tout autre paysage se dévoile. Le sol, détrempé, est désormais jonché de petits monticules formés de longues herbes jaune pâle. « Nous sommes sur une lande tourbeuse, une ancienne tourbière. Et ces structures bombées sont des touradons, explique Jean-Marie. Ils sont faits de restes végétaux. Et l’herbe jaune qui pousse sur les monticules, c’est de la molinie, une espèce typique des zones humides, dont on faisait jadis des paniers. Véritables conservatoires biologiques, les tourbières font partie des milieux naturels les plus menacés ». Lovée entre les conifères, une cabane en bois surmontée d’une bâche bleue nous rappelle que ce massif forestier est un peu plus en danger que d’autres. Il est écrit en lettres noires à côté de la porte : « Veni, Vedi, mais pas Vinci ».


- Les touradons indiquent la présence d’une ancienne tourbière -

Saturé d’eau, le sol offre ici et là d’importantes touffes presque fluorescentes de minuscules étoiles spongieuses : « C’est de la sphaigne, une plante capable de stocker jusqu’après de 30 fois son poids en eau ». Plus loin, un talus indique une limite de parcelle, et nous arrivons près du hameau de cabanes de la Chat-Teigne. Quelques pins encore, mais surtout des châtaigniers et des bouleaux à l’écorce blanche tachetée, rythment l’espace. Le soleil descend doucement, dardant ses rayons à travers les branchages.


- Gorgée d’eau et de soleil, la sphaigne prend ses aises -

Nous repartons en direction de l’est. Jean-Marie caresse négligemment un champignon installé sur une branche : « Chaque forêt est un milieu de vie particulier qui favorise la biodiversité. Plus il y a d’espèces vivantes, moins l’équilibre est fragilisé. En France, la surface des forêts a nettement tendance à augmenter. Mais c’est parfois au détriment des prairies, des prairies humides et des landes, qui, bien qu’étant des réservoirs de biodiversité, sont abandonnées car peu rentables ».

Chemin faisant, nous tombons à nouveau sur un épicéa déraciné. La souche a été investie par quelque lutin des bois comme support pour du land art. Un triple A figuré par des branchages se dresse fièrement au milieu de la forêt…


- Le triple A n’est pas perdu pour tout le monde ! -



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Source et photos : Isabelle Rimbert pour Reporterre.


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