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Reportage — Luttes

« C’est une industrie criminelle ! » Extinction Rebellion s’en prend au pétrolier Total

Le 17 décembre 2021, une quarantaine de membres d’Extinction Rebellion à la station service du cours Garibaldi, à Lyon.

Des militants d’Extinction Rebellion ont organisé une série d’actions contre la major pétrolière Total, à Lyon. Mais dès l’aube, les forces de l’ordre ont bloqué l’ambitieux programme des jeunes écologistes.

Lyon, reportage

La chorégraphie était établie, les rôles connus. S’introduire rapidement sur le site de Total Énergies du port Édouard-Herriot, à Lyon. Bloquer les flux de camions pour perturber l’activité économique du mastodonte des hydrocarbures. Proposer des conférences pour toucher les esprits. Pour l’acte trois de leur campagne « le dernier baril », les militants d’Extinction Rebellion (XR) se sont de nouveau invités sur les infrastructures de la major pétrolière Total pour en dénoncer les rouages écocidaires. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu. Dès 5 heures du matin, l’élan des militants a été enrayé par la police présente sur le port de Lyon. Bilan : si plusieurs dizaines de militants sont parvenus à entrer sur le site, vingt ont fini en garde à vue au commissariat de Villeurbanne.

Cette action s’inscrivait dans une série. Le premier acte, le 23 octobre, ciblait les banques liées à Total (BNP Paribas par exemple) et les institutions que le groupe sponsorise (l’Opéra de Lyon en est une). Pour le deuxième, le 20 novembre, les militants ont restreint l’accès aux cuves et aux pompes de ses stations-service. Pour le bouquet final, vendredi 17 décembre, entre 200 et 300 militants de toute la France s’étaient donc réunis à Lyon pour investir les entrepôts pétroliers du port Édouard-Herriot.

Leurs revendications ? « L’arrêt immédiat des investissements dans les énergies fossiles ainsi que l’arrêt total de l’exploitation de nouvelles sources d’énergies fossiles, explique Jinko, une militante lyonnaise. Total est une industrie criminelle, qui ne respecte ni le vivant ni l’humanité. Ils connaissaient les effets de leurs activités sur le climat dès les années 1970, mais ils ont choisi de les dissimuler. »

Des militants ont réussi à bloquer temporairement le rond-point principal de la zone portuaire. Twitter d’Extinction Rebellion

Les membres de XR avaient prévus, une fois sur place, d’installer des tripodes dans lesquels certains se seraient perchés — difficile, alors, pour les forces de l’ordre de les déloger. Le groupe « graffiti » devait user de ses bombes pour élaborer des fresques collectives géantes. Le collectif Danse la rue était prêt à égayer le béton de ses chorégraphies, et une équipe de grimpeurs était prête à escalader un bâtiment pour y dérouler une banderole géante. Des conférences en plein air sensibiliseraient aux conséquences climatiques et humaines provoquées par les forages de Total en Afrique.

Mais les premiers guetteurs se sont fait contrôler aux abords du site. Des patrouilles surveillaient les arrêts de métros à proximité. « Les policiers étaient beaucoup plus en amont [du port] qu’on ne le pensait, ça a dérouté certains groupes qui sont arrivés avec un peu de retard », observe Crocodile, venue de Paris. La veille, certains suspectaient la présence d’agents des renseignements territoriaux aux briefings d’Extinction Rebellion.

Il s’agissait du troisième acte de la campagne « le dernier baril » de XR. © Moran Kerinec/Reporterre

Entre 60 et 80 militants sont cependant parvenus à passer au travers du maillage policier. Ils et elles ont bloqué temporairement le rond-point principal de la zone portuaire. Aux alentours, les militants cogitaient en petits groupes. Fallait-il rejoindre celles et ceux qui étaient entrés ? Était-il déjà trop tard ? Les informations étaient trop parcellaires pour parvenir à un consensus. Le risque d’une « mission suicide », c’est-à-dire d’un aller simple pour la garde à vue, était grand. « Il y avait déjà un frigo [une camionnette policière] sur place, prêt à les emmener au commissariat », observe Crocodile.

En quête d’un second souffle, les militants se sont réunis au parc de Gerland. Les esprits s’agitaient à la recherche d’une solution simple et marquante pour continuer l’action. D’un texto, la nouvelle est arrivée : vingt militants étaient en garde à vue au commissariat de Villeurbanne. Décision fut prise : la moitié des militants partirent les soutenir devant le poste de police. Les autres continuaient l’action par le blocage surprise d’une station essence Total.

Une heure plus tard, une quarantaine de membres de XR Rebellion ont ainsi débarqué à la station-service du cours Garibaldi, une artère fréquentée du centre-ville lyonnais. Les militants n’ont eu que quelques minutes pour graffer leurs slogans et tenter d’échanger, sans grand succès, avec les automobilistes bloqués. Le gérant de la station est sorti en trombe. « Tu fais quoi ? C’est moi qui nettoie ! » s’est-il emporté à la vue des graffitis, avant de lancer un coup de pied vers une militante. Un coup de sifflet a retenti. Fin de l’action. Les militants se sont égayés dans les venelles de Lyon. Certains sont allés soutenir les gardés à vue, d’autres sont rentrés chez eux.

L’ambiance, en fin de matinée du vendredi 17 décembre, était douce-amère. « C’était une action ambitieuse qui terminait vraiment bien la série contre Total », dit Lou, une militante lyonnaise, avant de tempérer : « Forcément, il y a une déception. On est très nombreux à n’avoir pas pu entrer sur le site, et on aurait aimé avoir la journée comme elle était prévue. Mais, que plusieurs groupes aient réussi à passer, on peut être fier de ça. »

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