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Politique

COP15 biodiversité : un sommet mondial pour sauver le vivant

La sécheresse a aussi des effets sur les animaux.

Un mois après la COP27, la COP15 consacrée à la biodiversité va débuter au Canada. Objectif, pour les 196 États présents : enrayer le déclin du vivant. Mais les négociations s’annoncent ardues.

Montréal (Canada), correspondance

Une COP pas comme les autres va s’ouvrir à Montréal. La ville canadienne accueillera du 7 au 19 décembre les dernières négociations pour l’adoption d’un nouveau cadre mondial post-2020 pour la biodiversité. Seront présents les 196 États signataires de la Convention sur la diversité biologique, un traité multilatéral datant du Sommet de la Terre de Rio, en 1992. Plus de 1 million sur 8 espèces animales et végétales sont menacées d’extinction à court terme. L’accord a la tâche, ni plus ni moins, de mettre fin à la destruction de la nature. Comment ?

Un cadre peu contraignant

« Nous sommes dans une crise planétaire. Nous ne pouvons pas envisager d’atteindre les objectifs de Paris [lors de la COP21 sur le climat] sans restaurer la biodiversité », insiste auprès de Reporterre Elizabeth Maruma Mrema, secrétaire exécutive de la COP. L’espoir de négociations fructueuses reste toutefois à concrétiser : le texte qui servira de base pour les négociations à la COP comporte encore bien des crochets, signe que des points d’accord restent à trouver entre les pays. Il s’articule autour de 21 cibles à atteindre en 2030 et 4 objectifs pour 2050. « En 2020, on a constaté qu’on avait raté les objectifs fixés il y a dix ans, au Japon », soutient Joan Laur, membre de l’institut de recherche en biologie végétale, à Montréal.

Le cadre se veut donc ambitieux, mais prend des gants et ne sera pas contraignant. Un des derniers documents de travail rappelle qu’il aura pour projet « d’inciter à prendre des mesures urgentes ». Rien de bien coercitif. « C’est très dur de mettre des cadres prescriptifs pour les États, ils ne vont pas vouloir signer. Il y a une grande dimension politique », nuance Alexandre Lillo, professeur en sciences juridiques, spécialisé en droit de l’environnement, à l’université du Québec à Montréal. Pour Elizabeth Maruma Mrema, certes, le cadre est souple, mais « les pays ont conscience » des catastrophes climatiques en cours, et cela devrait les obliger à agir d’urgence.

Il y a dix ans pourtant, il y avait déjà le feu. Or, les objectifs d’Aichi, pris lors de la COP10 au Japon, restent inatteignables pour beaucoup de pays. Ils prévoyaient, entre autres, de réduire au moins de moitié la perte d’habitats naturels, de protéger 17 % des zones terrestres et des eaux continentales, tout en misant sur l’élimination ou la réduction progressive des subventions néfastes pour la biodiversité d’ici 2020. L’échec de ces objectifs s’explique notamment, selon Elizabeth Maruma Mrema, par le manque d’implication de pays. « On ne veut pas répéter ça, on veut apprendre la leçon. »

Le futur cadre prévoit de faire passer à 30 % la protection des zones terrestres et des océans d’ici 2030. « Il faut s’interroger sur ce que l’on fait du 70 % restant, s’inquiète Joan Laur. C’est l’avenir de la biodiversité sur les trente prochaines années qui se joue, espérons que l’on n’assiste pas à du “biodiversité washing”. »

Exposer le lien entre perte de biodiversité et catastrophes climatiques

Montrer que le réchauffement climatique et l’extinction des espèces sont liés est l’un des objectifs de cette rencontre. « Les incendies de forêt, les inondations, sont aussi dus à la perte de biodiversité », précise la secrétaire générale de la COP. Le prochain cadre doit ainsi s’atteler à restaurer les milieux humides. Ces éponges à précipitations sont très utiles pour lutter contre les inondations et les sécheresses, mais ont été asséchées par l’agriculture et le développement urbain. « On a perdu énormément de résilience. Des plantes ont disparu ces dernières années, alors qu’elles étaient irremplaçables par leurs fonctions. Le vivant s’homogénéise. On arrive face à un mur climatique et on n’a plus la diversité génétique pour lutter », indique Joan Laur.

Pour arriver à des résultats concrets, plus qu’en les États, Elizabeth Maruma Mrema semble croire à la volonté des entreprises pour mieux évaluer les effets de leurs activités sur la biodiversité, les documenter et les compenser. « Celles avec qui l’on parle veulent que ces études d’impacts soient obligatoires, soutient-elle. Elles savent aussi qu’une partie de leurs profits dépend de la nature. » L’un des objectifs du futur cadre prévoit que les entreprises devront d’ici 2030 réduire de moitié leurs conséquences négatives sur la biodiversité. Encore faut-il que les pays s’entendent sur la manière de l’atteindre.

Le Nord allongera-t-il les billets ?

La COP27 a permis de replacer au centre du débat la dette du Nord envers le Sud, qui écope du gros des dommages du réchauffement climatique. Même constat en termes de biodiversité. « L’écoute des besoins des pays du Sud » sera l’un des ingrédients essentiels lors de la COP, a estimé dans un billet de blog Sébastien Treyer, directeur de l’Iddri [1].

Une chèvre amincie en raison de la sécheresse au Brésil en 2013. Wikimedia Commons/CC BY 3.0 BR/Wilson Dias/Agência Brasil

Comment rembourser la perte de biodiversité des pays du Sud ? C’est un des points d’achoppement dans les négociations. « Les pays en développement ont la plus grande diversité biologique et les entreprises des pays développés s’y trouvent, en partie pour y avoir accès. Ce n’est donc pas simple pour les États de s’engager sur ce terrain », croit Alexandre Lillo. « Il faut assumer de parler frontalement des entreprises. On ne peut pas parler à de grands groupes industriels, présents en Afrique par exemple, sans parler de compensation », ajoute la chercheuse Joan Laur.

Dans le document de travail de Nairobi, visant à préparer cette COP, il a été décidé de créer un Fonds mondial pour la biodiversité, qui devra être pleinement opérationnel d’ici 2025, pour renforcer les capacités et la coopération des pays développés avec les pays en développement. « Comment s’assurer que les promesses de financement seront davantage tenues que précédemment [2] ? » s’interroge Sébastien Treyer, de l’Iddri.

Pékin-Ottawa au bord de la rupture

Tous les pays ont-ils conscience de l’urgence ? Même si le Canada est l’hôte, c’est bien la Chine qui préside ce sommet mondial. Or, elle est réputée mauvaise négociatrice dans ce type d’événements, et préfère miser sur un minimum d’objectifs plus faciles à atteindre.

Ces dernières années, il y a plus que de la friture sur la ligne entre Ottawa et Pékin — relations commerciales tendues, conflit autour de l’opérateur Huawei… Une forte dynamique diplomatique entre le pays hôte et celui qui préside aurait pu être bénéfique pour que l’accord ait davantage de retentissement : il ne faut pas y compter.

Et quelle Chine verra-t-on à Montréal ? Celle qui démarre le moteur du Fonds pour la biodiversité à destination des pays en développement ? Ou celle qui construit un port de libre-échange dans l’habitat des gibbons ? Il faudra en tout cas qu’elle accorde ses violons avec les autres pays sur la manière dont les États doivent faire des progrès pour réduire les subventions aux initiatives néfastes à la biodiversité, un point qui n’est pas encore réglé dans les négociations.

Peu de dirigeants internationaux

À quelques jours du début de la COP, un seul chef d’État a confirmé sa venue à Montréal : Justin Trudeau, le Premier ministre canadien. La Chine n’a pas envoyé d’invitation aux dirigeants internationaux — contribuant à l’idée d’une COP en sourdine. « Il y aura quand même des délégations importantes », tempère Alexandre Lillo. Radio-Canada a aussi révélé que la demande de visas de visiteurs pour la COP n’avait pas atteint les niveaux prévus.

Quant à la France, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu devrait se rendre à la COP. Interrogé par la presse régionale, il a assuré soutenir la protection de 30 % des terres et des eaux de la planète, pour « qu’on ait des sanctuaires à la fois de biodiversité et de préservation des écosystèmes ». Le gouvernement macroniste ne brille pourtant pas pour son ambition en matière de préservation du vivant. Sera-t-il plus entreprenant à Montréal ?

Un comité d’accueil sera présent pour mettre la pression sur les dirigeants. Comme les autres COP, celle-ci est attendue de pied ferme par des manifestants. Plusieurs rassemblements sont prévus tout au long de la conférence. Le périmètre autour du palais des congrès est cadenassé, mais les manifestants comptent bien jouer les premiers rôles. « Manifester, c’est aussi une bonne manière de négocier », glisse Elizabeth Maruma Mrema.

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