COP28 : la sortie des énergies fossiles au coeur des discussions
Les premières moutures des décisions de la COP28 de Dubaï ont fortement déçu les observateurs. Ici le 30 novembre 2023. - Flickr/CC BY-NC-SA 2.0 Deed/UNclimatechange
Les premières moutures des décisions de la COP28 de Dubaï ont fortement déçu les observateurs. Ici le 30 novembre 2023. - Flickr/CC BY-NC-SA 2.0 Deed/UNclimatechange
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À la COP28 de Dubaï, pas d’accord en vue, pour le moment, sur les futures politiques des États. Les premiers jets de décisions déçoivent déjà certains observateurs.
Dubaï (Émirats arabes unis), envoyé spécial
En cuisine russe, on dirait que l’on a servi des zakouski durant les cinq premiers jours de la COP28. Désormais, diplomates et négociateurs doivent préparer le plat de résistance. Sur le feu, deux principaux ingrédients sont à surveiller : le Bilan global (Global Stocktake ou GST) et l’Objectif mondial en matière d’adaptation (GGA, en jargon onusien).
Ces dernières heures, les groupes de travail ont produit les premiers brouillons (drafts) de décision, à consulter ici pour le GST et là pour l’adaptation. Dans les deux cas, ces premières moutures ont fortement déçu les observateurs.
Pièce maîtresse, le GST est, en quelque sorte, la réponse politique que les parties (les États ayant adhéré à la Convention climat) doivent produire, à la suite du bilan des politiques climatiques nationales, publié par le secrétariat de la Convention sur le climat en octobre.
Ce texte devra synthétiser ce que les États sont prêts à faire pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en vue de stabiliser le réchauffement en-dessous de +1,5 et au maximum 2 °C. Pour Jennifer Morgan, l’envoyée spéciale pour le climat du gouvernement allemand (et ex-patronne de Greenpeace International), le GST est « le cœur de l’Accord de Paris ».
Le GGA est le pendant du premier texte en ce qui concerne l’adaptation, sujet oublié pendant de nombreuses COP. Ensemble, GST et GGA sont supposés encadrer les politiques climatiques de 195 nations pendant une quinzaine d’années.
« Un sac rempli de promesses sans ambition »
Long de vingt-quatre pages, la première version du GST aborde la question des énergies fossiles, mais beaucoup trop prudemment. Le projet de trente-cinquième paragraphe propose de « sortir des énergies fossiles » sans préciser à quel horizon, « d’accélérer les efforts en vue de fermer les centrales au charbon non équipées de systèmes de captage de CO2 », ou de « mettre fin aux subventions inefficaces aux énergies fossiles », ou « d’accroître rapidement le déploiement de véhicules zéro émission ».
Furieux de ce premier résultat, Simon Stiell, secrétaire exécutif de la convention, n’a pas mâché ses mots : « Pour le moment, le GST n’est qu’un sac rempli de promesses sans ambition et de postures. »
Les négociations entre États sont, sur ce dossier, particulièrement tendues. Les États insulaires, quelques pays d’Amérique latine et l’Union européenne apparaissent pour le moment comme les plus ambitieux. D’autres, comme les États-Unis, pourraient être séduits par des trajectoires peu exigeantes, faisant la part belle aux dispositifs de capture et de stockage du CO2 – un dispositif aux résultats incertains, qui laisserait perdurer une partie de l’extraction fossile pendant encore de longues années.
Les bénéficiaires du charbon, du gaz et du pétrole sont, quant à eux, sur une extrême défensive. La Chine, l’Inde et le groupe des pays arabes ont proposé de supprimer carrément le trente-cinquième paragraphe du GST – renvoyant ainsi la sortie des combustibles fossiles aux calendes grecques. Proposition rejetée. Mais le dossier est pour le moment gelé.
Coquille presque vide
Pesant à peine dix pages, le projet de GGA est lui aussi une coquille quasi vide. C’est tout juste si les négociateurs se sont accordés sur quelques objectifs : rendre obligatoire l’évaluation des risques climatiques, éviter la maladaptation, sécuriser l’alimentation en eau potable, rendre résilients les systèmes agroalimentaires, s’assurer que 30 % des écosystèmes soient préservés. « En attendant, seuls cinquante pays disposent d’une politique nationale en matière d’adaptation », constate Simon Stiell.
« Tout le monde prétend soutenir qu’il faut doubler les financements pour l’adaptation, mais les engagements ne se transforment pas en réalité », résume Émilie Beauchamp, chercheuse de l’Institut international pour le développement durable (IISD).
À la défense acharnée des énergies fossiles, au manque d’entrain des grands argentiers, s’ajoute un autre problème : la dislocation des groupes de négociations. Jusqu’à présent, les grandes options étaient portées par des groupes de pays : notamment celui rassemblant l’Afrique, de petits États insulaires, les pays du G77 et la Chine, et aussi celui constitué par les États de l’Union européenne. À mesure que les décisions à prendre engagent les modèles de développement de chaque pays, l’unité de groupe se fissure.
Pays pétrolier, la Chine vote ainsi avec les pays arabes. « Cette hyper fracturation empêche de forger des décisions significatives qui pourraient avancer l’adaptation pour les pays et les communautés qui en ont le plus besoin », dit Émilie Beauchamp.