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Nature

À la découverte de la fritillaire, cette fleur qui annonce le printemps

Reporterre a imaginé un tout nouveau calendrier. Ce mois-ci, la fleur fritillaire est à l'honneur.

La fritillaire pintade, que Reporterre a choisi pour symboliser février dans son calendrier écolo et révolutionnaire, fleurit dans les zones humides. Ces espaces sont menacés par la pression urbaine et agricole.

Reporterre a imaginé un nouveau calendrier révolutionnaire et écologique, pour symboliser un changement d’ère. Noms des mois, noms des jours et éphémérides sont réinventés pour célébrer les écosystèmes et celles et ceux qui les défendent. En février, c’est la fleur fritillaire qui est à l’honneur.



« C’est une fleur avec une forme gracieuse et élégante, une couleur magnifique et qui joue particulièrement bien avec la lumière. Au lever du soleil, on a presque l’impression que ses clochettes s’illuminent. » Cette plante qui fascine tant le photographe Sébastien Blomme s’appelle la fritillaire pintade. Nom scientifique : Fritillaria meleagris. En latin, fritillus signifie « cornet pour jeter les dés » qui correspond à la forme des fleurs, et meleagris « pintade ». Comme le plumage de cet oiseau, ses pétales sont tachetés. Mais on la nomme aussi coquelourde, prot, chaudron ou pipelotte dans les Deux-Sèvres, bonnet d’évêque en Vendée, gogane dans la vallée de la Loire, œuf de pintade dans le Nord… Autant de noms patois qui prouvent que cette fleur était très commune dans les campagnes.
 
Aujourd’hui, cette espèce de la famille des liliacées (comme les tulipes ou les jacinthes) se trouve surtout dans la partie ouest de la France, le long de la Loire et de la Garonne, ainsi que dans le Marais poitevin. À l’Est, elle fleurit aussi dans les bassins de la Saône et du Rhône.

«  Les milieux humides dans lesquels elles poussent sont aussi sublimes pour la photographie, particulièrement le matin où toutes les gouttes de rosée vont capter la lumière du soleil  », décrit Sébastien Blomme, photographe. © Sébastien Blomme / Reporterre

Photographe naturaliste amateur, Sébastien Blomme la traque depuis une dizaine d’années. « Il s’agit de la première fleur pour laquelle j’ai vraiment fait un travail de prospection pour trouver divers lieux où elle poussait autour de chez moi. » C’est l’une des fleurs les plus précoces de l’année, elle suit de près la perce-neige. Dès la mi-février, Sébastien arpente les prairies inondables au bord du Touch, rivière urbaine de Toulouse. Cette année, il a photographié la première éclosion le 18 février. Dans les sous-bois, la jolie montrera ses pétales à damier un peu plus tard, généralement entre mars et avril. Tout comme dans les régions plus septentrionales.

24 600 pieds à l’hectare sur une parcelle

« C’est une espèce caractéristique des zones humides, ces zones de transition entre la terre et l’eau, inondées de façon permanente ou temporaire, explique Sarah Bégouin, chargée d’études naturalistes à Vienne-Nature. La fritillaire pousse dans les prairies inondables et les forêts alluviales. On la trouve aussi dans les peupleraies, qui sont souvent implantées dans d’anciennes prairies. » 

La Vienne demeure une terre de prédilection pour la coquelourde, selon l’inventaire réalisé en 2007-2009 : plus de 550 000 pieds ont été répertoriés sur un territoire englobant quatre-vingt-une communes. « La plus grande station comportait 24 600 pieds à l’hectare, sur une parcelle de seulement 3,5 hectares », note Sarah Bégouin. Pourtant, depuis les années 1950, la tendance est à la disparition de ces zones humides, déplore la botaniste poitevine. Et la fritillaire a de plus en plus de mal à étendre ses tapis.

Inventaire national du patrimoine naturel

Le bulbe de la plante est fragile, et demande de la stabilité : il faut cinq années avant que la graine ne devienne fleur, et se reproduise. Un assèchement un peu trop long, un pâturage intensif, l’ajout d’engrais ou, pire, la transformation des prairies en cultures peuvent lui être fatals.

La plante se développe dans des zones refuges

Malgré ces menaces, à l’échelle de la France, l’espèce est classée en préoccupation mineure sur la liste rouge des espèces menacées. Traduction : le risque de disparition est considéré comme faible. En réalité, l’état des populations est très contrasté selon les régions. En Haute-Normandie, on considère qu’elle a disparu et elle est classée en danger en Bourgogne, Picardie et Rhône-Alpes.

Même chose pour la cueillette : encore autorisée dans la Vienne, elle est par exemple interdite en Loire-Atlantique, Indre-et-Loire ou en Ille-et-Vilaine. Dans ce dernier département où elle était surtout présente dans les prairies, elle « se retrouve aujourd’hui majoritairement en forêt et en lisières de celles-ci », constatait en 2019 le Conservatoire botanique national (CBN) de Brest, dans le cadre d’un programme de sauvegarde des dernières stations de fritillaire du département.

Il faut cinq années avant que la graine ne devienne fleur, et se reproduise. © Sébastien Blomme / Reporterre

« La gestion agricole actuelle des prairies alluviales ne permet plus de maintenir cette espèce pourtant emblématique de ce milieu (labour, fertilisation…). Elle persiste donc dans ses stations forestières ainsi que dans des zones refuges autour des prairies et cultures, souvent en bordure de haie ou de ripisylve », constataient les botanistes.

Des prairies dégradées par un contournement routier

L’urbanisation et la bétonisation font aussi beaucoup de dégâts sur les foyers de fritillaire. C’est le cas près de Castres (Tarn) où « elle est très rare et menacée par la dégradation de ses habitats », indique l’inventaire des prairies humides de Baïsse, publié en juin 2023. Cette zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff) regroupe les trois derniers îlots de prairies humides hébergeant la fritillaire pintade dans le secteur.

« La plupart [des prairies humides] ayant déjà disparu, la conservation de la fritillaire pintade dans le sud du département du Tarn passe donc par la préservation de ces prairies, qui ont d’ailleurs été déjà dégradées par la création du contournement routier de l’ouest castrais et le seront encore plus tard par la construction de l’autoroute Castres-Toulouse », constatent les auteurs du document.

La calendrier de Reporterre.

Face à la baisse des populations, des mesures de protection sont déployées dans certains départements. C’est le cas dans le Nord, où la fritillaire semblait avoir complètement disparu. En 1992, quelques dizaines de pieds sont cependant retrouvés dans les prairies de la vallée de la Lys, près de Frelinghien. Trente ans et un arrêté préfectoral plus tard, près de 3 000 pieds sont recensés par le CBN de Bailleul dans la seule et unique station sauvage du département.

« Toutes les fritillaires situées dans les prairies proches recevant engrais et herbicides ont disparu », constate le Conservatoire. Il a dû mener un vrai travail de concertation avec l’agriculteur qui gère le terrain : zéro engrais, une gestion extensive, une fauche unique et tardive en début d’été… Seules solutions pour sauvegarder le frêle œuf de pintade.

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