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ReportageLuttes

Ces militants sèment des fleurs résistantes aux pesticides dans un énorme champ de tulipes

Ces militants des Soulèvements de la Terre et de Cancer Colère ont semé des graines d'amarante (résistantes aux pesticides) le 4 avril 2026.

Le 5 avril, des militants écologistes ont organisé l’action « Des semailles pour la vie » dans un champ de tulipes du Finistère. Le but : dénoncer ces cultures boostées aux pesticides et leurs effets sur la santé des riverains.

Plomeur (Finistère), reportage

Des tulipes en fleurs, aux mille couleurs, s’étendent sur plusieurs centaines de mètres. Entre les rangées de cultures, une petite dizaine de personnes déguisées : certaines ont le dos floqué du symbole électrique de la Terre, le logo des Soulèvements de la Terre (SLT) ; d’autres portent un tee-shirt Cancer Colère, du nom du collectif qui souhaite politiser cette maladie. Ce dimanche 5 avril, toutes et tous s’enfoncent ensemble dans ce champ de liliacées, situé à Plomeur, dans le Finistère. Avec un but en tête : semer des graines d’amarante, une plante résistante aux pesticides, et dénoncer la très polluante culture locale de bulbes.

« C’est bon, vous pouvez y aller ! » lâche soudainement Sirocco [*], des Soulèvements de la Terre. En ce weekend de Pâques, c’est lui qui supervise cette action, nommée « Des semailles pour la vie ». Les militants ont choisi le jour de la « fête des fleurs », ces portes ouvertes de l’entreprise de bulbiculture Kaandorp ayant lieu chaque année depuis plusieurs décennies.

L’action s’inscrit dans la campagne antipesticides des Soulèvements, débuté en novembre 2025 avec l’intrusion d’une centaine de militants dans l’usine normande du géant agrochimiste BASF. © Camille Martin / Reporterre

Amendes pour pesticides non homologués

En cinq minutes, chronomètre en main et à l’abri des regards, la demi-douzaine d’activistes a semé à la volée des milliers de graines d’amarante et de sarrasin. « L’entreprise Kaandorp dénude 100 hectares de dunes à grands coups de produits phytosanitaires », dénoncent les Soulèvements dans un communiqué. Localement, si l’entreprise est connue pour sa « fête des fleurs », elle l’est en effet aussi pour polluer terre et eau, comme l’a raconté Reporterre en 2024.

Des prélèvements du syndicat mixte de l’eau Ouesco ont déjà révélé des taux de pesticides dépassant de dix fois les seuils autorisés dans les rivières voisines de ces champs. En 2023, la préfecture du Finistère avait mis en demeure l’entreprise Kaandorp de cesser ses pompages d’eau illégaux à Saint-Vio. En 2012, l’entreprise avait été condamnée à des amendes pour usage de pesticides non homologués en France.

Plus largement, l’action du weekend s’inscrit dans la campagne antipesticides des Soulèvements qui a débuté en novembre 2025 avec l’intrusion d’une centaine de militants dans l’usine normande du géant agrochimiste BASF. « On est la première action décentralisée post-BASF », précise Sirocco. La semaille entre aussi en résonance avec Printemps bruyant, la manifestation qui s’est tenue samedi 4 avril à Paris pour réclamer l’arrêt des pesticides.

Ces graines résistantes aux herbicides vont pousser au milieu des tulipes. © Camille Martin / Reporterre

C’est précisément pour lutter contre les pesticides que les activistes ont choisi de semer de l’amarante : cette plante résiste à plusieurs herbicides, notamment le glyphosate. « On a choisi la variété queue de renard car on ne veut pas bouleverser la biodiversité en semant une amarante invasive », précise le militant. L’espoir : que ces fleurs poussent au milieu des tulipes... et perturbent la mécanique bien huilée de ces horticulteurs industriels.

Sur des centaines d’hectares, les rouge, jaune, mauve et rose pétant des jonquilles, tulipes, iris, jacinthes et autres fleurs à bulbes irradient l’horizon. © Camille Martin / Reporterre

Sabotage d’une pompe d’irrigation

Cette action est aussi l’occasion pour Cancer Colère de manifester dans le Sud-Finistère pour la première fois. Hermine [*], atteinte d’un cancer, se dit « contente de passer à l’action. Notre but à nous, c’est de ne plus être malade. Et pour cela, il est absolument nécessaire de politiser le cancer et de défendre une autre politique agro-alimentaire ». Pour cette primomilitante, ces semis d’amarante servent aussi à « rendre hommage à Emmy, fillette de 11 ans morte d’un cancer lié aux pesticides, et à sa maman, fleuriste ».

En 2024, des militants écologistes avaient déjà perturbé cette même « fête des fleurs ». En 2025, Les Soulèvements de la Terre avaient revendiqué le sabotage d’une pompe d’irrigation. « On s’est dit qu’il fallait remettre un coup de pile, indique Sirocco. Ça fait quarante ans que l’exploitation Kaandorp est installée ici et nous, on ne va rien lâcher ».

Interrogée par Reporterre, l’entreprise Kaandorp a déclaré qu’elle allait porter plainte.

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