« Votre politique nous tue » : 2 500 personnes défilent à Paris contre les pesticides
« Ce rassemblement est joyeux... mais derrière, il y a beaucoup de peur », confie Véronique, 78 ans, à la marche pour un Printemps bruyant à Paris, le 4 avril 2026. - © Cha Gonzalez / Reporterre
« Ce rassemblement est joyeux... mais derrière, il y a beaucoup de peur », confie Véronique, 78 ans, à la marche pour un Printemps bruyant à Paris, le 4 avril 2026. - © Cha Gonzalez / Reporterre
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Environ 2 500 personnes ont marché pour un Printemps bruyant à Paris, le 4 avril, afin de réclamer la fin des pesticides. Retour en images sur ce défilé festif et coloré appelant à « sortir de l’angoisse ».
Paris, reportage
« On est là, on est là ! Face au silence des gens, nous, on est là ! » chante le cortège joyeux de Printemps bruyant ce samedi 4 avril, réuni à l’initiative d’Extinction Rebellion et de plus d’une centaine d’organisations écologistes. Une référence directe au Printemps silencieux (1962) de la biologiste Rachel Carson, pionnière dans la dénonciation des méfaits des pesticides sur la santé et l’environnement.
Environ 2 500 personnes, selon les organisateurs, ont défilé dans Paris pour réclamer l’arrêt de l’utilisation des pesticides. Il y a urgence, tant le sénateur Laurent Duplomb intensifie son offensive en faveur de ceux-ci avec une nouvelle proposition de loi.
1. « On est là parce que dans trois mois, la prévention des cancers en France sera rendue impossible par le gouvernement. En donnant carte blanche aux pesticides, ça devient impossible. On est enragés. On n’a plus de patience », dit Fleur Breteau (de dos), cofondatrice du collectif Cancer Colère et figure de la mobilisation contre la loi Duplomb.
2. Avec un orchestre et des batucadas, la marche du Printemps bruyant se voulait festive et colorée.
3. « C’est compliqué de rester optimiste face à Macron. Une journée comme ça, ça fait du bien. On se recentre sur tout ce qui nous lie », dit Willène, 45 ans.
4. « Je n’en peux plus. La situation m’effraie. Les pouvoirs publics n’entendent rien, la FNSEA [le syndicat agricole majoritaire et productiviste largement suivi par le gouvernement] fait tout ce qu’elle veut. Ça me révolte. Ce rassemblement est joyeux... mais derrière, il y a beaucoup de peur », confie Véronique, 78 ans.
5. « On a une asso écolo à la Sorbonne. Mon engagement, ça a vraiment été une solution contre mon écoanxiété. Le groupe donne de la force ! » dit Maxime, 22 ans. À ses côtés, Émeline, 21 ans, enchérit : « On est obligés d’être optimistes, sinon on reste dans son lit. » « Il vaut mieux se mettre des œillères et agir à son échelle pour ne pas être submergés », appuie Alya, 23 ans.
6. « Je suis Martiniquaise, et je me bats pour qu’on puisse se réapproprier notre culture et nos terres. On a vécu un empoisonnement colonial… dans tous les sens du terme », dit Lilaye, 26 ans, en référence notamment au chlordécone. Ce pesticide a été utilisé aux Antilles jusqu’en 1993 afin de lutter contre le charançon du bananier, l’un des principaux ravageurs des bananiers. De nombreux ouvriers et ouvrières agricoles y ont été exposés.
7. Geneviève, 70 ans, tient une pancarte « Votre politique nous tue » : « Je suis engagée depuis les années 1970, et ce que je ressens, c’est qu’il y a un recroquevillement. Les gens se sont découragés. Il n’y a que la sécurité et l’argent qui comptent… Ça me fait quand même du bien d’être là aujourd’hui. »
8. « J’étais cadre d’entreprise et, il y a quelques années, j’ai eu une claque climatique. En m’impliquant, j’ai trouvé un sens. Il faut qu’on ait des prises de parole plus affirmées. Sortir de l’angoisse et se remettre en tant qu’acteur du changement, montrer qu’on y tient », soutient Julia, 51 ans.
9. « Avant, l’écologie était très bourgeoise et déconnectée de la question sociale. Aujourd’hui, c’est en train de changer. Les luttes s’associent et prennent de l’ampleur. On est en train de créer une communauté dans le milieu médical qui s’engage de plus en plus. On a une mission concrète : alerter la Sécu en faisant des certificats médicaux de maladies professionnelles liées aux pesticides et autres produits chimiques, qui touchent souvent les plus précaires. On a les moyens de rendre le problème visible », certifie Marie, 34 ans, médecin généraliste.
À côté, Louis, 22 ans, étudiant en médecine, confirme : « On est arrivés au bout du progrès technique médical, donc il faut se concentrer sur la prévention. Si on a un doute sur un produit, il devrait être interdit. »
« Il y a encore trop de médecins mal informés, alors qu’il y a de plus en plus de preuves… Il faut plus de sensibilisation », dit Anne, 49 ans, hématologue.