Ces pépinières qui sèment leurs graines aux quatre coins de Paris

Durée de lecture : 4 minutes

30 octobre 2018 / Sarah Hadrane (Reporterre)

Depuis 2015, l’association Pépins production crée à Paris des pépinières de quartier accessibles à tous. Cette démarche rassemble les habitants autour de la valorisation en commun des espaces verts et améliore la biodiversité.

  • Paris, reportage

Il est difficile en Île-de-France de disposer d’un jardin ou d’un extérieur. C’est ce qu’a découvert Amélie Anache lorsqu’elle a commencé à faire pousser des plantes sur son balcon en constatant le manque d’espace. Après avoir participé à des initiatives collectives de végétalisation (jardins partagés, jardinières à la terrasse d’un café), elle a décidé en 2015 de créer l’association Pépins production : « J’ai rencontré des personnes avec des profils comme le mien, généraliste en stratégie environnementale, qui avaient à cœur de mener un projet avec un fort impact sur la façon de vivre en ville. Lorsqu’on veut planter des végétaux, on se rend compte qu’il n’y pas d’offre satisfaisante et écologique à Paris, même du point de vue logistique. » Avec l’aide de jardiniers, de paysagistes et de bénévoles, l’association a commencé à créer des pépinières en différents lieux de la capitale. « On utilise uniquement des graines vivantes, qui ne sont pas stériles, pour avoir une grande diversité de variétés », relate Amélie Anache.

La pépinière Chanzy, dans le 11e arrondissement de Paris.

Les adhérents sont les protagonistes de ces pépinières, comme celle de Chanzy ou de Flore urbaine. « L’objectif est de proposer un circuit court du végétal, tout en cultivant les plantes de manière écologique avec des substrats issus du compostage des déchets verts en ville », explique Amélie Anache.

Fanny Di Maio à la pépinière de Chanzy.

À 17 h, le mercredi, à la pépinière de Chanzy, c’est le rendez-vous des ventes. Sur le toit d’un poste de transformation électrique, on découvre un jardin de 310 m2 contenant des cassis, des framboises, des groseilles ou encore des pois-asperges. Fanny Di Maio, 27 ans, stagiaire chez Pépins production depuis juin, s’occupe du terrain et reçoit les clients. « Avant, je faisais mes études en graphisme, mais c’est un métier où il y a peu de liens sociaux avec le client. J’ai donc décidé de me réorienter vers un métier qui me rapproche de la nature et des gens. Ici, je peux rencontrer jusqu’à 300 personnes en une journée ! » dit Fanny Dimaio.

Lors du festival Vivaces ! dans le 18e arrondissement.

L’association joue un rôle social en aidant les citadins à se rencontrer et à travailler ensemble. Mais elle veut aller plus loin. Elle accueille également d’autres publics, comme des centres de loisirs et des collégiens, et souhaite construire des pépinières sous serre dans diverses structures. « Nous sommes en train de nous installer au pied du centre d’hébergement d’urgence de Bastion, à Bercy, explique Amélie Anache. Il s’agit de leur permettre de disposer d’un coin de jardin pour cultiver ce dont ils ont besoin. »

À la pépinière de Chanzy.

Cette démarche promeut une alimentation locale et la recherche d’autonomie. L’association pousse cette réflexion avec plusieurs ateliers : les citadins y apprennent à mieux s’alimenter en s’occupant des plantes et en utilisant des fruits et des légumes de saison.

Lors du festival Vivaces !

Par exemple, la pépinière de quartier de Chanzy, dans le 11e, un arrondissement très dense avec un tissu associatif important. Afin d’offrir une résonance à son projet, l’association a notamment organisé le festival Vivaces ! (les vivaces sont des plantes qui résistent à l’hiver et qui peuvent vivre plusieurs années) mi-octobre à différents endroits de la ville. Le vendredi 12 octobre, à 16 h, les producteurs du bassin parisien ont installé leur stand sur la place Jacques-Froment, au milieu des voitures et des pots d’échappement.

Lors du festival Vivaces !

Les passants s’y sont arrêtés, sentant et regardant les plantes. « À la pépinière, je suis un passeur. Je mets toutes les conditions pour que les plantes soient autonomes. Je prends la plante en considération, et ça change tout. C’est plus important que l’engrais, qui est aléatoire », explique Patrick Nicolas, jardinier paysagiste et pépiniériste.

« À la pépinière, je suis un passeur », explique Patrick Nicolas, jardinier paysagiste et pépiniériste.

Les passants se sont interrogés également sur la provenance de ces végétaux. « J’ai acheté des plants à l’association Pépins production dans une de leurs pépinières. À présent, je dispose d’un jardin en plein centre de Paris, dans lequel je cultive des plantes. Je me considère comme une agricultrice urbaine », dit une productrice participant au festival.

Lors du festival Vivaces !

Ces actions réalisées par Pépins production et d’autres associations collaboratives, comme Peas & Love ou Veni Verdi, ouvrent la porte au développement de l’agriculture urbaine. Celle-ci s’implante petit à petit dans les villes et offre un bol d’air frais à la métropole parisienne grâce à ses multiples facettes : lutter contre le réchauffement climatique en créant des îlots de fraîcheur, tisser du lien social, végétaliser le paysage et utiliser des espaces partagés parfois insolites.


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Source : Sarah Hadrane pour Reporterre

Photos : © Sarah Hadrane/Reporterre
. chapô : la pépinière Chanzy, dans le 11e arrondissement de Paris.

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