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ReportageLuttes

« Chez nos anciens, on a eu 5 leucémies » : les ouvriers d’une raffinerie de TotalEnergies exposés à un cancérogène

Lors du rassemblement de la CGT TotalEnergies devant le site de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône, le 28 avril.

Le 28 avril, un rassemblement était organisé devant la « bioraffinerie » TotalEnergies de La Mède. Cette dernière est visée par les plaintes de 180 salariés qui dénoncent leur exposition à un polluant cancérogène.

« Rien qu’en venant pour ce rassemblement, vous vous exposez potentiellement à inhaler du benzène, un coproduit [1] de l’essence, qui est cancérogène, mutagène et reprotoxique. Alors imaginez pour les personnes qui vivent à proximité 24 heures sur 24 », souligne Fabien Cros, délégué CGT à la raffinerie TotalEnergies de La Mède sur la rive sud-ouest de l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône).

Derrière lui, les torchères du site se détachent sur la pinède du massif de la Nerthe, tandis que les maisons de ce quartier de Chateauneuf-lès-Martigues sont coincées entre la raffinerie classée Seveso et l’autoroute.

Avec le syndicaliste, une trentaine de militants CGT de la fédération nationale des industries chimiques, venus de toute la région Paca, ont tenu à manifester devant cette industrie emblématique pour la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, le 28 avril.

L’entrée du site TotalEnergies de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. © Anthony Micallef / Reporterre

Depuis qu’elle s’est mise au « diesel renouvelable » et à d’autres carburants à base d’huiles végétales en 2019, elle s’est vue rebaptisée « bioraffinerie » par TotalEnergies.

Une qualification loin d’avoir supprimé les pollutions, comme l’a détaillé Mediapart. Une inspection des services de l’État de septembre 2023 a révélé une fuite de benzène sur une unité de décantation d’hydrocarbures. Et les arrêtés pour non-conformité délivrés par la préfecture se sont accumulés.

Des plaintes déposées

Pour mettre fin à l’exposition toxique, la CGT a décidé d’agir en justice. En février 2025, le syndicat et quatorze salariés ont déposé plainte contre Total pour mise en danger de la vie d’autrui. Ils affirment que l’entreprise les expose sciemment à des composés organiques volatils (COV), au premier rang desquels trône le benzène, émis par la transformation du pétrole, et qui sont cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR).

En février 2026, 180 des 250 salariés du site ont saisi les prud’hommes, demandant une reconnaissance d’un préjudice d’anxiété.

Fabien Cros, délégué et secrétaire de la CGT TotalÉnergies, donne une interview durant le rassemblement de son syndicat devant le site TotalEnergies de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. © Anthony Micallef / Reporterre

Face à ces accusations, la multinationale répond invariablement dans la presse locale que « la plateforme de La Mède respecte la réglementation. TotalEnergies Raffinage France veille à ce que les mesures individuelles et collectives nécessaires à la protection du personnel soient appliquées et respectées. »

Ce que pourfend Fabien Cros. « L’exposition au benzène n’a pas d’effet de seuil, explique-t-il. Vous pouvez y avoir été exposé une fois ou une centaine de fois, après c’est le hasard de la nature si vous allez développer un cancer ou une leucémie dans plusieurs années. Vous risquez votre vie », alerte-t-il. Pour le syndicaliste, TotalEnergies « ne met pas les moyens nécessaires » pour rénover les installations afin d’éviter les fuites.

Contactée, l’entreprise n’avait pas encore répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article.

« Les maladies et les morts ne sont pas une fatalité »

« Les salariés ont décidé de ne plus se taire, s’enthousiasme leur avocate, Julie Andreu, lors du rassemblement. On a très longtemps défendu des retraités malades. C’est important d’agir maintenant pour faire reconnaître que les conditions de travail exposent à des risques. Ce sera plus facile ensuite de faire reconnaître que la maladie est d’origine professionnelle », expose-t-elle.

L’avocate spécialiste des dossiers des zones industrielles du golfe de Fos et du pourtour de l’étang de Berre évoque une « impunité » des firmes qui « font des dépassements de normes depuis des années et ne respectent pas la réglementation ». « C’est important que Total et d’autres grandes entreprises puissent répondre de leurs responsabilités », appuie-t-elle.

Me Julie Andreu lors du rassemblement de la CGT devant le site TotalEnergies de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. © Anthony Micallef / Reporterre

« Chez nos anciens ont a eu cinq leucémies. Les maladies et les morts ne sont pas une fatalité. Mais dans un schéma de gestion capitaliste, les industriels chercheront toujours à maximiser leurs profits aux détriments de nos vies. S’il y a bien une entreprise qui n’a pas de problèmes d’argent, c’est Total ! », exhorte Fabien Cros. Selon le Financial Times, depuis l’offensive israélo-étasunienne sur l’Iran, le firme pétrolière a déjà engrangé un milliard d’euros de bénéfices.

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