Clim’ en pleine canicule : la production électrique sur le gril
La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), avec un des réacteurs à l'arret, le 5 octobre 2023. - © Jean-Marc Barrere / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), avec un des réacteurs à l'arret, le 5 octobre 2023. - © Jean-Marc Barrere / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Avec les canicules, les centrales nucléaires doivent ralentir. Au moment où, justement, la consommation d’électricité grimpe, notamment avec le boom du recours à la climatisation.
Quand la chaleur monte, le parc nucléaire risque la suffocation. Voilà pourquoi, dès la matinée du lundi 30 juin, EDF a mis à l’arrêt le réacteur 1 de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne), qui étanche sa soif dans la Garonne. La température du fleuve a dépassé les 28 °C et comme le principe du refroidissement consiste à rendre au fleuve une eau plus chaude que celle prélevée, en l’occurrence +0,2 °C en moyenne, cela met en péril la vie aquatique. Si ce réchauffement semble faible, il suffit à dépasser les seuils fixés par les pouvoirs publics.
L’énergéticien anticipe également des restrictions de production sur plusieurs autres centrales, notamment au Bugey (Ain). « En raison des prévisions de températures élevées du Rhône, des restrictions de production sont susceptibles d’affecter le parc de production nucléaire d’EDF », a annoncé le groupe dès le 21 juin. Depuis, le réacteur 3 du Bugey et ceux du Blayais ont modulé leur production à la baisse.
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Ces pertes de production restent très inférieures à 1 % de la production annuelle, hormis en 2003, année marquée par un épisode de canicule historique où elle a atteint 1,4 %. Mais ces indisponibilités sont concentrées sur des périodes brèves, estivales le plus souvent, et peuvent s’avérer critiques en accroissant les risques de tension sur le réseau.
« Depuis plusieurs années, une nouvelle augmentation significative des arrêts pour causes climatiques a été constatée avec des pertes s’élevant à plusieurs térawattheures par an. Les études prospectives mettent en évidence une multiplication par un facteur de 3 à 4 [des arrêts d’ici à 2050] », peut-on lire dans le rapport de la Cour des comptes consacré à l’adaptation du parc nucléaire au changement climatique.
Les sites concernés par ces pertes sont principalement les centrales sensibles aux limites de températures en bord de rivière ou estuaire (Saint-Alban, Tricastin, Bugey, Blayais, Golfech), selon les auteurs du rapport.
Clim’, centres de données...
Le phénomène n’est donc pas nouveau, mais il s’accentue à chaque canicule. Quand les rivières surchauffent, le nucléaire cale. Parce qu’il dépend de l’eau pour refroidir ses réacteurs, le parc français, pourtant souvent présenté comme « climatocompatible », doit baisser de régime dès que les seuils réglementaires de température ou de débit des fleuves sont franchis. Objectif : préserver la faune aquatique. Conséquence : produire moins.
Paradoxe, cette baisse de production survient quand l’électricité fait un bond. À 13 heures le 30 juin, la France affichait une consommation de 57 gigawatts (GW), soit +13 % par rapport au même jour l’année dernière, selon les données eCO2Mix de RTE, le gestionnaire du réseau électrique haute tension. Une poussée rapide depuis le 28 juin (+4,6 %), puis le 29 juin (+7,8 %), met en cause le recours accru aux climatiseurs, bien sûr, mais pas seulement.
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Les besoins en refroidissement des logements, des boutiques, des galeries marchandes et des bureaux expliquent une partie de la hausse. Mais la fraîcheur est aussi impérieuse pour les centres de données, les serveurs, l’industrie électrodépendante ainsi que pour l’ensemble des équipements connectés. D’après RTE, « chaque degré supplémentaire peut faire grimper la consommation de 700 à 1 100 MW [mégawatts] en été. Un effet déjà mesuré lors de la canicule de juillet 2019, qui avait porté la demande à un record de 59,1 GW ».
Mais rien d’alarmant à ce jour, selon RTE. Ses prévisions misent sur une consommation maximale en journée de 60 GW durant une canicule, ce qui est le cas ces jours-ci. « De façon générale, l’impact de la climatisation sur la consommation en été demeure mineur en France. Pour chaque degré en plus, la consommation augmente, certes, mais trois fois moins que l’impact de 1 °C en moins l’hiver [du fait du recours au chauffage]. »
Il n’empêche, le boom de la climatisation est bien là. Engie Home Services a rapporté à l’AFP une explosion des demandes de devis pour des systèmes rafraîchissants : plus de 8 000 en juin 2025, contre 2 900 un an plus tôt ! Cette course à la fraîcheur ne fait qu’alourdir la pression sur le réseau… et refermer la boucle de surchauffe.
Chaque été désormais, la mécanique est connue : la chaleur augmente, la demande grimpe, la production fléchit, les fleuves s’assèchent, les systèmes fatiguent. Le parc nucléaire, considéré comme un pilier de la stratégie bas carbone de la France, reste un colosse aux pieds d’argile — sèche — face à la chaleur extrême et au manque d’eau.