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Habitat et urbanisme

Rafraîchir les logements, oui, mais sans climatisation

Appartement à Paris lors de fortes chaleurs en 2023.

Les canicules se multipliant, il est nécessaire d’adapter nos logements aux fortes chaleurs d’été, selon l’Ademe. Le tout, en privilégiant des alternatives à la climatisation.

Nos appartements et maisons seront-ils bientôt inhabitables l’été ? C’est ce que nous prédit l’Ademe, l’agence de la transition écologique, dans un avis publié fin juin. « Vagues de chaleur : la climatisation va-t-elle devenir indispensable ? » se demande l’agence.

Les pluies et orages persistants de ce début d’été nous le font en effet oublier, mais il y aura deux fois plus de canicules d’ici 2050. Et si l’on ne fait aucun effort climatique, en 2100, elles « pourraient survenir trois années sur quatre et durer de mai à octobre », rappelle l’Ademe.

Les conséquences pour nos logements pourraient être désastreuses. L’agence projette que « plus de 90 % du parc immobilier du territoire métropolitain sera fortement à très fortement exposé aux vagues de chaleur d’ici 2100, sauf sur certaines zones montagneuses ». Il faut donc dès maintenant l’adapter aux fortes chaleurs d’été, prévient-elle. Pour y arriver, elle liste plusieurs priorités.

1. Des volets et de l’isolant

Toute rénovation doit désormais prendre en compte la problématique du confort d’été. Pour isoler, il faut choisir des matériaux préservant tant de la chaleur que du froid. Poser des volets ou des stores pour protéger les fenêtres des rayons ardents du soleil est aussi indispensable, estime l’Ademe. Elle appelle cela « maîtriser les besoins en froid ».

Éduquer les habitants à avoir les bons gestes, comme fermer les volets la journée et ouvrir les fenêtres quand les températures descendent la nuit, est aussi important.

Ces mesures sont nécessaires, mais la chaleur pourrait être telle qu’elles risquent d’être insuffisantes. Rafraîchir activement les bâtiments — c’est-à-dire utiliser de l’énergie pour produire du froid — va devenir indispensable.

2. Privilégier les alternatives à la climatisation

25 % des ménages sont déjà équipés en climatisation, nous informe l’agence : « Le marché de la climatisation connaît une croissance significative, avec une augmentation constante des ventes passant d’environ 350 000 unités vendues en 2014 à plus de 800 000 unités en 2020 ». Mais si cette solution améliore le confort des habitants du logement, elle pose plusieurs problèmes écologiques.

« Les fluides frigorigènes classiquement utilisés dans les climatiseurs et pompes à chaleur sont de très puissants gaz à effet de serre », rappelle l’Ademe. Le fluide le plus courant est 2 038 fois plus réchauffant que le CO2. Au point que la climatisation représente environ 5 % des émissions de gaz à effet de serre de la France.

Lire aussi : Canicule : 4 astuces écolos pour se rafraîchir sans clim’

Les systèmes de climatisation qui rejettent de l’air chaud à l’extérieur participent aussi à faire monter la température localement. « L’utilisation généralisée de la climatisation pourrait augmenter les températures extérieures jusqu’à 2 °C à Paris ». Cela pourrait même aller jusqu’à « 3,6 °C pour les canicules les plus extrêmes projetées pour les années 2030 ».

La consommation d’énergie, elle, va augmenter. Mais pourrait être couverte par le photovoltaïque, si les climatiseurs ne sont allumés que quand il y a du soleil et que la température demandée n’est pas inférieure à 26 °C.

La climatisation représente 5 % des émissions de gaz à effet de serre de la France

Face à ces problèmes, l’Ademe propose de privilégier les alternatives aux climatiseurs. Parmi elles : installer des brasseurs d’air (hélices au plafond), qui consomment moins d’énergie et pas de gaz réfrigérants ; avoir des puits climatiques, qui permettent d’aller chercher la fraîcheur du sol à seulement 2 mètres de profondeur ; ou utiliser la géothermie et créer des « réseaux de froid renouvelables » en zones urbaines denses, pour rafraîchir des quartiers entiers.

Reporterre vous avait aussi présenté la climatisation solaire, mais l’Ademe déplore que ce soit plus cher que la climatisation, et utilisable uniquement pour des bâtiments publics, usines, centres commerciaux, etc. Mais pas encore chez les particuliers.

3. Réduire les inégalités face à la chaleur

En 2023, la Fondation Abbé Pierre montrait dans un rapport que 73 % des personnes qui ont froid en hiver ont aussi trop chaud en été, certains logements devenant invivables. « Parmi les plus concernés, les populations précaires urbaines, les jeunes, avec 54 % des 18-24 ans qui souffrent de la chaleur dans leur logement, mais aussi les personnes âgées, qui sont les plus vulnérables face aux canicules », notait l’association.

L’Ademe reprend ce constat à son compte. « Environ 1,2 million de personnes pauvres vivent dans des zones très exposées à la chaleur, avec 510 000 dans les zones les plus touchées par les anomalies de chaleur nocturnes », relève l’agence. Cela peut aussi faire augmenter la difficulté à payer les factures d’énergie, car « selon EDF, l’usage de climatiseurs peut augmenter les factures d’électricité de 15 % par mois pendant les mois d’été ».

Face à cela, l’agence demande donc que l’expression de « bouilloire thermique » soit définie, et qu’une politique publique y soit « adossée ». La Fondation Abbé Pierre remarquait notamment que « si le propriétaire bailleur doit louer un logement avec une température réglementaire minimum de 19 °C en moyenne (sans quoi le locataire peut demander à son propriétaire d’effectuer les travaux nécessaires), aucune température maximale n’est indiquée pour la location ». Une suggestion reprise par l’Ademe, qui recommande de « définir les caractéristiques d’un logement décent face aux vagues de chaleur », pour ensuite en adopter une définition légale.

Des mesures qui contribueraient à accélérer la rénovation thermique des 6,6 millions de passoires énergétiques en France. Et qui permettraient d’éviter que les plus précaires aient recours — quand ils le peuvent — à des climatiseurs moins chers à l’achat, mais moins efficaces et plus énergivores...

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