Comment convaincre un ado de partir en rando
Des jeunes de l'association Le Merlet ont passé une semaine à bivouaquer sur un itinéraire autour du mont Lozère, avec trois accompagnatrices. Ici, le 9 juillet 2025. - © David Richard / Reporterre
Des jeunes de l'association Le Merlet ont passé une semaine à bivouaquer sur un itinéraire autour du mont Lozère, avec trois accompagnatrices. Ici, le 9 juillet 2025. - © David Richard / Reporterre
Durée de lecture : 5 minutes
Jeux durant la marche, chasse au trésor à l’arrivée... Les idées fourmillent pour intéresser les jeunes à la randonnée. Une association leur laisse même cartes et boussoles, pour que les guides, ce soient eux !
Les 1 001 vertus de la randonnée [3/4] En montagne comme en bord de mer, pour (re)découvrir plantes, animaux... ou soi-même, la randonnée est un inépuisable outil d’émancipation et de reconnexion au vivant.
Pont-de-Montvert (Lozère), reportage
« C’est vous qui allez nous guider ! » Boussole et carte en main, Clémence lance un regard encourageant à la ronde. La douzaine d’adolescents lui renvoie un sourire sceptique : « Mais on va se perdre, c’est sûr », lâche Ethan. Sous la canopée cévenole, la petite troupe se prépare pour sa première journée de randonnée : 5 km le long du Tarn, au milieu des prairies et des bois lozériens.
Après une rapide formation à l’orientation, il est temps de charger les sacs. « Super lourd », soupire Arvine. Duvet, matelas, nourriture, eau… Pour ce séjour de vacances en itinérance, organisé par l’association Le Merlet, les jeunes trimballent un sacré barda — « C’est clairement le plus difficile », commente Clémence, l’une des trois animatrices. Lentement, le groupe se met en branle, sous la direction d’Ethan et d’Eli, le nez plongé dans la carte IGN.
Pour la plupart d’entre eux, citadins, cette aventure est une première. « Mes parents adorent la rando, mais je trouve ça lent et chiant », admet Adèle, casquette sur la tête. À ses côtés, Alice acquiesce. « Je préfère nager ou courir, mais c’est quand même agréable, reconnaît-elle. On se sent mieux que si on restait toute la journée sur le canapé. »
Tout en réajustant la poubelle sur son impressionnant sac, Clémence surveille la bande d’ados : « La randonnée est un super support pour l’éducation à la nature. On observe autour de soi, on gagne en autonomie. » Un avis partagé par Marie-Laure Girault, guide et membre du réseau d’éducation à l’environnement Frene : « Rien que le fait d’être dans la nature procure des bienfaits, en termes de concentration, de baisse du stress. Ça initie aussi à la beauté des paysages. »
Sur le sentier, un premier obstacle surgit : une clôture barbelée. Rapidement on s’entraide, se faisant passer les chargements, on se faufile ou on enjambe…. Puis il s’agit de traverser la rivière, de rocher en rocher. « C’est l’aventure », sourit Gabriel, d’un pas sautillant. « Quel que soit l’âge, la randonnée vient booster nos capacités physiques et psychiques », soutient Marie-Laure Girault. Améliorer sa motricité, renforcer les chevilles, sa capacité respiratoire…
Surtout, l’activité « permet d’apprendre à gérer son rythme et à persévérer dans l’effort, observe Dimitri de Boissieu, animateur nature également membre du Frene. C’est une compétence de moins en moins entretenue, les jeunes lâchent souvent assez vite ». En randonnée, difficile de faire demi-tour, il faut aller au bout. La petite bande se raccroche d’ailleurs à un objectif bien identifié : la pause déjeuner près de la rivière.
Malgré l’impatience, les collégiens se prennent peu à peu au plaisir de la balade. Certains se mettent en quête de myrtilles — gourmandises bleutées parsemées le long du sentier —, d’autres nouent des débats passionnés afin d’élire le meilleur jeu vidéo de l’année. « On a le temps de parler, de se découvrir mieux », remarque Olive, en grande discussion avec Livia et Ayline.
« À chaque type de chemins correspond une manière de randonner, commente Dimitri de Boissieu. Une grande piste permet de rigoler et de bavarder à plusieurs, tandis qu’un petit passage facilite les échanges à deux. » Ce jour-là, les trois animatrices de la colo ont même prévu un « moment à soi », où chacun marchera seul, à son rythme, sur une sente ombragée.
Chasse au trésor et cache-cache
L’essentiel, selon tous les éducateurs, est de s’adapter. « Il faut choisir l’itinéraire pour ne pas qu’il soit trop long, l’idée n’étant pas de les dégoûter », détaille Clémence. Chargés comme des baudets, les jeunes ne font pas plus de 2 km par heure. Mieux vaut prévoir des étapes courtes, qui laissent des temps de pause, de jeu. Se fixer des objectifs enthousiasmants — un lac, une cabane — permet aussi de motiver les troupes.
Autre astuce, essentielle : « Prévoir des activités, des énigmes, des chants », selon Anouk, une autre des animatrices. « Il faut rendre le chemin intéressant, pas uniquement le but, appuie Dimitri de Boissieu. L’enjeu, c’est de trouver du plaisir dans le cheminement. »
Chasse au trésor — une plume, une empreinte, un caillou précieux — le long du parcours, cache-cache nomade, « balade contée » où chacun se poste à un endroit de la promenade pour raconter une histoire… L’association Les Écologistes de l’Euzière a édité plusieurs ouvrages fourmillant d’idées pour « sortir dehors » avec des enfants.
Après deux heures de marche, la tribu parvient à une berge ombragée. Un groupe se lance dans un concours de ricochets pendant que d’autres s’installent pour une sieste aux effluves de pin. « Ça fait du bien de penser à rien, avoue Ayline en engloutissant un sandwich crudités-fromage. Et puis on n’entend pas le bruit des voitures, rien que la nature. »
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