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ReportageLuttes

Couper la forêt pour faire voler les avions : dans les Pyrénées, la résistance s’organise

De nombreux opposants aux usines de biocarburants à Lacq sont des anciens de la lutte contre la mégascierie Florian, ici lors d'une de leurs manifestations, en 2021.

Produire du carburant à partir de bois, pour des avions et des bateaux... Ce projet menace la forêt des Pyrénées. Des opposants s’organisent.

Navarrenx (Pyrénées-Atlantiques), reportage

Dans la petite salle adjacente à la mairie de Navarrenx, dans les Pyrénées-Atlantiques, c’est l’effervescence en cette fin janvier. Après plusieurs mois à communiquer virtuellement, les habitants et associations déterminés à contrer le projet E-cho, porté par l’entreprise Elyse Energy à Lacq, se retrouvent pour la première fois en assemblée générale.

« L’idée de base du projet consiste à utiliser du CO2 et de l’hydrogène pour en faire la synthèse avec des catalyseurs et produire des biocarburants. D’une part du kérosène utilisé pour l’aviation, et de l’autre du méthanol pour le transport maritime. Le CO2 qu’ils veulent produire viendra de la biomasse, c’est-à-dire de la forêt », résume le physicien retraité Henri Pépin, membre de la Sepanso 64, une association environnementale. Les dépenses en énergie, eau et bois nécessaires à un tel projet inquiètent. Depuis qu’ils ont pris connaissance de l’idée d’Elyse Energy au début de l’été 2023, ils ont abattu un travail de documentation sur les conséquences de l’implantation de telles usines sur le territoire.

« Le projet dit qu’il décarbone, c’est faux. Loin de décarboner, il carbone beaucoup », dénonce Henri Pépin, démonstration à l’appui. Une première mobilisation à l’initiative de l’association Canopée s’est tenue au moment de l’ouverture d’une phase de consultation organisée par Elyse Energy, le 17 octobre dernier. En parallèle, une pétition a été mise en ligne sous le titre « Tromperie aux biocarburants à Lacq ».

Depuis, les associations à l’origine de l’alerte ont travaillé leurs arguments. La mobilisation entre dans une seconde phase, celle de la communication.

S’inspirer de la victoire contre la mégascierie Florian

Une cinquantaine de personnes ont répondu à l’appel pour commencer à organiser la lutte contre ce nouveau projet qui menacerait la forêt de la chaîne des Pyrénées s’il venait à voir le jour. Tous les opposants présents ont dans la tête l’appétit forestier de Florian, une multinationale italienne, qui prévoyait d’installer une mégascierie à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) pour exploiter du bois d’œuvre. De nombreuses personnes présentes aujourd’hui sont d’ailleurs des vétérans de cette lutte.

Après la forte mobilisation des habitants, organisés dans un collectif soutenu par plus de cinquante structures, le projet a été abandonné. Cette victoire contre une entreprise puissante et soutenue par des élus locaux donne de l’espoir aux opposants. Et reprendre la recette utilisée pour faire tomber Florian est dans les têtes.

La mobilisation contre la mégascierie Florian a permis l’abandon du projet. © Chloé Rebillard / Reporterre

« Nous pourrions faire des réunions publiques pour expliquer le projet aux habitants dans les villages, cela avait bien marché avec Florian », lance Jean-Claude Dutter, président de l’Association pour la conservation du cadre de vie d’Oloron et du Bager (Accob).

Interpeller les élus locaux sur leur position, aller au-devant des habitants sur les marchés, monter la communication en puissance vers le national et l’échelle européenne… les idées fusent au sein de la petite assemblée. Jeanne Ophuls, porte-parole du collectif, note cependant une difficulté quant à la mobilisation des habitants : « Nous sommes en contact avec des personnes jusqu’aux Pyrénées-Orientales, mais pour le moment, Elyse Energy ne dit pas sur quel territoire ils comptent prélever le bois. Dans ce contexte, c’est plus difficile de les mobiliser. »

« Couper des forêts pour faire voler des avions, c’est non. »

Un premier temps fort a déjà été repéré : celui de la journée internationale des forêts, qui aura lieu le 21 mars. À cette occasion, les associations organisent des sorties pédagogiques qui sont autant de moments privilégiés pour expliquer à la population le danger qui plane au-dessus de la cime des arbres.

L’enquête publique, prévue au printemps 2024, est aussi dans le viseur des militants. Ils souhaitent en profiter pour communiquer et alerter les habitants afin de monter une mobilisation, si possible aussi forte que celle contre la mégascierie. Le slogan est déjà trouvé : « Couper des forêts pour faire voler des avions, c’est non. »

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