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Dans le Jura et la Saône-et-Loire, Center Parcs soulève la contestation

Durée de lecture : 4 minutes

10 décembre 2014 / Daniel Bordur (Reporterre)

Bétonnisation, déforestation, subventions publiques, besoins en eau, les projets de Center Parcs dans le Jura et la Saône-et-Loire sont sévèrement critiqués. Les opposants soulignent qu’avec le même argent public, on pourrait créer beaucoup plus d’emplois.


- Poligny (Jura), reportage

La Commission nationale du débat public a décidé le 3 décembre de constituer une commission particulière, commune aux deux projets de Center parcs de Poligny (Jura) et du Rousset (Saône-et-Loire), après une demande de Pierre & Vacances. Deux jours plus tard, trois cents personnes ont suivi la première réunion publique d’information organisée à Poligny, petite ville de quatre mille deux cents habitants, à l’initiative de l’association Le Pic noir.

Celle-ci avait prévu la réunion depuis plusieurs semaines. Constituée pour récolter l’information, l’analyser et la présenter, elle n’en est pas à son coup d’essai. Un rassemblement sur le site a réuni deux cents personnes en mai, et des réunions se sont récemment tenues dans deux villages riverains de la forêt, Plasne et Baretaine.

Aux avant-postes, implantés sur le premier plateau du Jura, deux cents mètres plus haut que Poligny, ces villages seraient bien davantage impactés par le projet que la ville. Plasne devrait par exemple entreprendre un remembrement agricole pour revoir les trajets des troupeaux de vaches qui empruntent aujourd’hui des routes tranquilles mais défoncées. Demain, elles seraient utilisées par les camions allant et venant sur le chantier, après-demain par les centaines de résidents du Center parcs. Or, un remembrement prend quatre à cinq ans...

Les questions environnementales sont prégnantes. Le sous-sol karstique est très sensibles aux pollutions. L’eau, qui manque certains étés très secs, nécessitera un raccordement avec Champagnole, à quinze kilomètres, et un captage dans la nappe de l’Ain. L’assainissement pourrait conduire au doublement de la capacité de traitement de traitement de la station d’épuration de Plasne dont les habitants regarderont le coût à deux fois.

88 millions d’argent public

On s’interroge sur ces cent cinquante hectares de forêt communale qui doivent être vendus à Pierre & Vacances, vont être urbanisés, imperméabilisés, devenir constructibles. Il a été question de compensation, la ville s’étant engagée à retrouver ailleurs une surface équivalente. On s’étrangle devant le montage financier. En additionnant les subventions du département et de la région, les travaux de voirie et de réseaux payés par les collectivités, la défiscalisation du dispositif Censi-Bouvard et les crédits d’impôts, le Pic noir arrive à 87,8 millions d’argent public.

Rapportés aux 255 emplois équivalents temps-pleins, cela fait 344.300 euros par emploi créé. « 17,5 années de Smic », résume Antoine Bérodier, l’un des fondateurs de l’association qui compte aujourd’hui plusieurs centaines d’adhérents.

Dans le public, Claude Chevassus, un entrepreneur militant qui a créé l’Association de lutte contre le gaspillage, trouve la note salée, mais y puise la parade : « Il faut se mobiliser pour trouver une alternative à ces 250 à 300 emplois dont beaucoup sont précaires. On pourrait lister les besoins non satisfaits. Si on avait tous ces fonds publics, ce n’est pas trois cents emplois, mais trois mille qu’on pourrait créer ! »

La question des emplois a empoisonné la campagne des municipales, dit Jacques Guillot, élu d’opposition (PS) dont la liste était partagée sur le sujet : « Le maire annonçait 300 emplois, l’argument est fallacieux, on est plutôt à 150 équivalents temps-pleins... » 150 ; 255 ; 300... les chiffres valsent alors que le chômage est bien présent, qu’il y a 700 logements vacants sur le secteur...

Plusieurs interventions témoignent d’un désir d’action. « Quand va-t-on agir et arrêter de discuter ? », lance un jeune homme applaudi pour cette sortie. Il faut « entrer en résistance en lien avec les zadistes des Chambarans », dit un autre.

Véronique Guislain, co-fondatrice du Pic Noir, par ailleurs porte-parole d’EELV-Lons le Saunier, en revient justement. Elle a été frappée de la « guerre inter-villages affichée, des deux clans qui ne se parlent plus... » Elle dit que l’enjeu de la mobilisation est la construction d’un projet alternatif.

Descendu du Haut-Jura, Michel Dubromel, membre du bureau national de France Nature Environnement, est sur la même longueur d’onde et s’appuie sur la future commission du débat public : « Cela nous donne quelques mois, il faudra proposer quelque chose, dire ce qu’on veut pour le tourisme dans le Jura afin d’avoir un débat entre un projet de territoire et celui d’un promoteur ».

Après deux heures d’une discussion qui a vu plus de trente interventions, Dominique Cornut se taille un beau succès en annonçant le soutien des Bourguignons du Geai du Rousset qui s’opposent au projet de Saône-et-Loire, et à qui les Jurassiens rendront la politesse en se rendant à la première réunion, le 19 décembre à Montceau-les-Mines.

La philosophie n’est pas absente des propos, se dit-on en entendant Véronique Guislain conclure : « L’homme moderne a peur de la nature, Center parcs lui offre une nature aseptisée avec des clôtures, sans lynx mais peut-être avec quelques serpents, et un animal terriblement dangereux : le pou de bois, la tique, responsable de la maladie de Lyme... Comment fera Pierre et Vacances par rapport à ce danger ? »


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Source : Daniel Bordur pour Reporterre

Daniel Bordur est rédacteur en chef de Factuel.info

Lire aussi : Un projet de Center Parc dans le Jura est vivement contesté


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