123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

Eau

Dans le Nord, la source Perlyne fermée pour défaut de contrôle sanitaire

La société aurait dû stopper toute activité depuis juin 2025. (Photo d'illustration)

La préfecture a ordonné l’arrêt de l’exploitation de la source utilisée pour l’eau minérale Perlyne. Elle reproche à la petite entreprise qui la possède son manque de suivi sanitaire. Celle-ci dénonce un acharnement administratif.

Un site de production d’eau minérale mis sous scellés par les forces de l’État : la situation est pour le moins frappante, surtout en ces temps de scandale sur la qualité des eaux en bouteilles. Cette fois, rien à voir avec les grands groupes comme Nestlé (Perrier, Vittel, etc.). C’est une toute petite entreprise familiale du département du Nord qui est concernée.

Installée dans le bourg rural de Bousies, entre Valenciennes et Avesnes-sur-Helpe, CEMG (Conditionnement eau minérale Guillaume) y exploite une source sous la marque Perlyne. Les bouteilles sont vendues essentiellement dans les supermarchés de la région. Selon les informations de Reporterre, le vendredi 7 novembre, les inspecteurs de l’Agence régionale de santé (ARS) accompagnés des forces de l’ordre ont posé des scellés sur les stocks de bouteilles et les installations. Il faut dire que la société aurait dû stopper toute activité… depuis le mois de juin !

Les détails de l’affaire ne se sont guère ébruités jusqu’à présent, hormis une partie dans le média local L’Observateur. En revanche, une information a été largement relayée au niveau national : le rappel auprès des consommateurs de l’eau minérale Perlyne, officiellement pour « défaut de fabrication », le 24 novembre. En réalité, ce motif vague cache un long bras de fer entre la société CEMG et les autorités sur le suivi sanitaire de cette eau minérale, qui se targue d’être sans nitrates et adaptée aux nourrissons.

L’arrêt décidé... et non respecté

Fin 2023, une contamination ponctuelle de l’eau conduit la société à procéder à un premier rappel, volontaire celui-là, d’un lot de bouteilles. En cause, des bactéries pseudomonas, qui présentent toutefois un risque d’infection extrêmement limité.

Dans les mois qui suivent, et alors qu’entre-temps le scandale des traitements illégaux chez Perrier a éclaté, l’ARS des Hauts-de-France contrôle CEMG. Elle constate de nombreuses défaillances dans l’organisation : insuffisance de traçabilité et de démarche qualité, absence de surveillance microbiologique par un laboratoire accrédité…

Après plus d’un an d’échanges, l’ARS juge la réaction de l’entreprise insuffisante. Le préfet du Nord prend alors une décision radicale : il ordonne l’arrêt d’exploitation. « Les documents transmis [par la société CEMG] […] ne permettent pas de justifier de la capacité de l’exploitant à garantir la qualité du produit fini et l’absence de danger pour la santé des consommateurs », indique l’arrêté préfectoral du 4 juin 2025.

La société conteste la décision devant le tribunal administratif. Mais elle est déboutée de sa demande de suspension en référé début juillet, et le fond de l’affaire ne devrait pas être jugé avant des mois. Problème : dans l’intervalle, elle continue à produire des bouteilles… Jusqu’à l’intervention manu militari des autorités le 7 novembre.

Wilfried Guillaume, le dirigeant de l’entreprise familiale, assure que les bouteilles d’eau Perlyne « ne présentent pas de risque sanitaire ». Mais les productions réalisées depuis la décision préfectorale du mois de juin « sont considérées comme administrativement non conformes », explique-t-il à Reporterre. D’où leur rappel. Si l’entreprise dispose bien d’un laboratoire agréé, Wilfried Guillaume reconnaît « des retards dans la mise à niveau réglementaire de certains documents, tels que les procédures, registres… ». Il souligne que CEMG se résume à 5 actionnaires et 2 salariés.

Joint par Reporterre, l’avocat de la société, Me Emmanuel Ludot, dénonce un « harcèlement » de la part de l’Agence régionale de santé : « L’eau est parfaite. L’ARS s’acharne pour des raisons bureaucratiques. » Il déplore « une mise à mort d’une petite entreprise ». Interrogée, la préfecture du Nord n’a pas apporté de précisions.

legende