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Dans sa ferme, Anita prend soin des chèvres... et des humains

Durée de lecture : 6 minutes

20 novembre 2019 / Marie Fleury (Silence)

Dans sa ferme, au Pays basque, Anita trait ses chèvres et fabrique des fromages... mais pas seulement. Ancienne accompagnatrice de jeunes en recherche d’emploi, elle a voulu garder sa fibre sociale et propose donc diverses activités, stages et séjours à tous ceux qui le souhaitent.

  • Lohitzun-Oyhercq, Pyrénées-Atlantiques (reportage)

En cette fin d’après-midi du mois de février, nous faisons le tour des terres d’Anita Duhau afin de vérifier qu’une chèvre n’a pas mis bas dans un coin. Dès mon arrivée, Anita m’a appris, fière et joyeuse, la naissance du premier chevreau le matin même. Après plusieurs mois de pause, la saison des chevreaux débute et annonce la reprise de la traite et de la fabrication des fromages. Tout en marchant sur ses terres qui entourent la ferme Pedronia, au milieu du paysage vallonné du Pays basque intérieur, tout près de la chaîne pyrénéenne enneigée, Anita me raconte l’histoire de son installation et de la création de l’association Orhantza.

Avant de devenir chevrière, Anita était formatrice et accompagnait des jeunes en recherche d’emploi. Ce travail lui plaisait mais elle trouvait le cadre de la classe très limitant. Et puis elle voulait devenir paysanne. D’abord pour des valeurs essentielles à ses yeux — bien se nourrir, préserver l’environnement... — et surtout parce que « c’était la seule place dans la société [qu’elle se sentait] capable d’assumer ». En s’installant à Pedronia et en créant l’association Orhantza, elle allait pouvoir associer et réaliser ces deux envies : être paysanne et faire de l’accompagnement.

Grâce son troupeau de 45 chèvres, Anita fabrique des fromages bio

Si Anita est parvenue à s’installer à Pedronia en l’an 2000, sur dix hectares et avec un troupeau de 45 chèvres en agriculture biologique, c’est grâce à l’intervention d’un groupement foncier agricole [1], au soutien du syndicat ELB (Euskal Laborarien Batasuna, équivalent de la Confédération paysanne au Pays basque), ainsi qu’à la lutte déterminée d’un collectif créé pour défendre son projet. La bataille a été rude, notamment au sein de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) [2], où le syndicat ELB est très peu représenté face à une FNSEA (syndicat agricole majoritaire en France) largement majoritaire.

Lors d’un atelier pour construire une ruche de biodiversité avec une artisane vannière.

À peine installée, Anita a commencé à accueillir des jeunes sous main de justice pour des séjours de cinq jours. L’idée de la chevrière était de « les plonger dans le chaudron, pour que se produise un électrochoc ». Le chaudron, c’est la ferme, les chèvres à nourrir, traire, soigner, le fromage à fabriquer, le fait de devoir se nourrir... Cependant, ce type d’accueil n’a pas duré car les relations avec les institutions sont complexes et la formule de séjour court que propose Anita ne leur convenait pas.

Dès le début, un certain nombre de personnes ont gravité autour de Pedronia pour soutenir et aider Anita. L’association Orhantza a été créée en 2010 et Anita a alors proposé des séjours destinés à tout type de personnes, pour vivre une semaine (du lundi au vendredi) en immersion à la ferme. Ce qui se passe pendant cette semaine est toujours riche et intense du fait de la courte durée, fait remarquer Anita : « On bosse, on mange, on discute, on pleure ensemble. » Chaque séjour se termine par le marché de Saint-Palais où la personne accompagnée vend avec Anita les fromages fabriqués ensemble, à partir du lait trait ensemble...

Les personnes accueillies proviennent d’horizons très divers. Comme le souligne Anita, « qui qu’elle soit, elle va toujours trouver quelque chose qui lui convient sur la ferme », tellement l’éventail des activités est large. Et, toujours, une immersion dans le lieu en étant au plus près de l’essentiel : « Manger, s’occuper des animaux, mais aussi échanger dans la parole, sentir, retrouver le geste, car la fonction du corps est très importante : tu dois mettre ton corps en mouvement dans toutes les activités. » Cette mission d’accompagnement tient beaucoup à cœur à Anita : elle l’a amenée à écrire une thèse en sciences de l’éducation soutenue en 2016 intitulée L’accueil mosaïque comme rapport sensible au monde. Pratiques plurielles d’une petite ferme au Pays Basque

Stages, ateliers, woofing, accueil social... De nombreuses personnes fréquentent la ferme

Anita accueille aussi des stagiaires, des étudiant·es de l’école de paysage de Bordeaux, des woofeu·ses [3]. L’association adhère également depuis 2018 à Accueil Paysan [4] en accueil social, destiné aux personnes éprouvant la nécessité d’une rupture momentanée avec leur entourage. L’aménagement d’une partie de la maison avec cuisine, chambres et sanitaires permet de s’adapter aux différentes formes d’accueil. Anita préserve un espace personnel.

Enfin, l’association propose régulièrement des ateliers d’une journée ouverts à tou·tes, très divers, qui se décident au gré des rencontres avec les personnes compétentes : txalaparta (instrument de percussion ancestral du Pays basque qui se joue à deux), vannerie, massages, savons, ruches, four solaire, etc. Ce sont à chaque fois des journées très conviviales lors desquelles chacun·e apporte quelque chose à manger et à boire. Anita met à disposition sa cuisine et le repas est partagé entre toutes et tous. Des liens se créent, de futurs ateliers se décident...

Un atelier de txalaparta, un instrument de percussion ancestral du Pays basque.

Anita vit exclusivement de son activité agricole, avec un revenu annuel d’environ 8.000 euros (dont 5.000 euros de primes, le reste étant issu de la vente de chevreaux et du fromage de chèvre). Son travail d’accueil et d’accompagnement, lui, reste bénévole. L’argent gagné par l’association (par les séjours et les ateliers notamment) a permis à plusieurs reprises de salarier une personne pendant quelques temps, en contrat aidé, ce qui allège la charge de travail pour Anita. En effet, cette personne, outre son rôle d’animatrice dans l’association, participe aux travaux de la ferme et à l’accueil des personnes. Elle a aussi la possibilité de loger sur place.

Aujourd’hui, en plus de la cinquantaine de chèvres et des chevreaux qui naissent souvent, Pedronia héberge un cochon, une jument, quelques poules, des chats et un chien. Anita pense avoir atteint un rythme de croisière et dispose de plus de temps que les premières années, temps qu’elle met à profit pour partir un peu en vacances ou pour s’occuper de sa petite-fille.



[1Un GFA permet d’acheter des terres en collectif pour les louer à un·e paysan·ne, ce qui permet d’alléger les coûts pour l’installation, mais aussi apporte un réel encouragement puisque symboliquement plusieurs centaines de personnes participent à l’aventure en achetant une ou des parts. Par ailleurs, ces terres ne pouvant pas être revendues resteront à usage agricole.

[2La Safer est un organisme qui intervient de façon systématique lors de la vente de terres agricoles et qui délibère lorsqu’il y a plusieurs candidat·es. Cet organisme, où siègent en majorité des représentant·es de la FNSEA, a normalement pour mission de donner la priorité à l’installation de jeunes agricultrices et agriculteurs mais ne privilégie pas toujours les petits projets.

[3WWOOF ou le woofing est un réseau mondial de fermes bio. Des hôtes se proposent d’accueillir des woofeurs avec qui partager leurs connaissances, leur savoir-faire, leur quotidien et leurs activités ; ces derniers se voient en retour offrir le gîte et le couvert

[4Accueil Paysan est un réseau d’agricultrices et agriculteurs et d’acteurs ruraux, engagé·es en faveur d’une agriculture paysanne et d’un tourisme durable, équitable et solidaire.


Lire aussi : À 1.200 mètres d’altitude, une ferme collective et équitable depuis vingt ans

Source et photos : Article transmis amicalement à Reporterre par Silence.

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