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Santé

« Tout le monde se renvoie la balle » : pourquoi les événements sportifs sont maintenus malgré les fortes chaleurs

Des coureurs à l'arrivée du marathon de Paris, le 12 avril 2026. (Photo d'illustration)

Dimanche 24 mai, la vague de chaleur a engendré plusieurs incidents graves de sportifs lors de courses à pied. La préfecture argue que l’annulation d’événements est prévue seulement en cas de vigilance rouge canicule, le niveau le plus élevé.

Une centaine de coureurs ont atterri au poste de secours, en proie à des malaises ou à de graves déshydratations, bien souvent perfusés, alors qu’ils espéraient franchir la ligne d’arrivée du semi et du marathon de Royan (Charente-Maritime) sous un dôme de chaleur ce dimanche 24 mai. Quatre ont même été évacués à l’hôpital. Pour autant, « ça s’est bien passé », estime Bernard Seureau, vice-président du Marathon Royan Côte de beauté. « D’habitude, il y a plutôt une soixantaine de coureurs qui terminent au poste de secours, mais nous avions prévu une capacité de prise en charge supérieure, donc cela a été. Il y a eu quelques soucis, mais rien de grave. »

À Paris pourtant, un coureur des 10 km de La Pyrénéenne est mort d’un malaise cardiaque, qui n’a pas été attribué pour l’heure aux températures extrêmes. À Maisons-Alfort (Val-de-Marne), dix personnes ont été hospitalisées en urgence absolue suite à leur participation à La Maisonnaise. La vague de chaleur n’a pas seulement percuté de plein fouet des personnes vulnérables, mais aussi des sportifs.

Lire aussi : Coupe du monde : de dangereuses chaleurs pourraient menacer la santé des joueurs et des spectateurs

Au total, « 7 décès liés directement ou indirectement à la chaleur », dont au moins 5 cas de noyade et 2 décès lors de compétitions sportives, ont été comptabilisés par le gouvernement, a annoncé sa porte-parole le 26 mai. Au vu des fortes chaleurs annoncées par Météo-France et des atteintes à la santé prévisibles, se pose la question du maintien de ces courses sous le cagnard. Le Haut Conseil de la santé publique prévient que « quand il fait chaud, tout exercice physique expose à un risque d’accident, potentiellement mortel, le coup de chaleur d’exercice », période de canicule officielle ou pas.

Néanmoins, « l’annulation est envisagée quand on bascule en niveau de canicule de vigilance rouge, le plus élevé, ça n’était pas le cas. Nous avons mobilisé des équipes de pompiers supplémentaires pour épauler les équipes de la protection civile », justifie auprès de Reporterre Emmanuel Cayron, secrétaire général de la préfecture de Charente-Maritime.

« Tant que la préfecture ne nous alerte pas, on maintient »

Compte tenu du dérèglement climatique, des épisodes de chaleur précoce et des conséquences sur la santé même quand ce niveau d’alerte n’est pas déclenché, dans quelle mesure faut-il revoir les critères d’annulation et les plans de prévention à mettre en œuvre lors d’événements sportifs ? Interrogés, ni le ministère de la Santé ni celui des Sports n’ont répondu aux questions de Reporterre à l’heure de la publication de l’article.

« Pour ce genre de manifestations sportives, des déclarations sont nécessaires en préfecture. Il arrive qu’elle les annule en cas de pics de pollution par exemple, quand elle estime qu’il y a une mise en danger, indique un responsable du comité départemental d’athlétisme du Val-de-Marne. Les épisodes dramatiques de dimanche [24 mai] sont multifactoriels. La météo a joué, mais aussi les critères de l’État pour envisager une annulation, la préparation des coureurs et les précautions des organisateurs. »

Ce niveau d’alerte canicule maximale n’était déclenché ni à Maisons-Alfort ni à Royan, ce qui n’a pas empêché les atteintes à la santé des participants. Il ne l’était pas non plus à Menton (Alpes-Maritimes), mais suite à l’hospitalisation de trois personnes et à la survenue de malaises lors des 10 km, les organisateurs de la Sun Race, qui n’ont pas répondu à Reporterre, ont décidé de supprimer la course de 5 km, au départ plus tardif.

Du côté de Royan, « tant que la préfecture ne nous alerte pas, on maintient, cela demande tellement de logistique... Nous étions prêts. Il y avait des rampes à eau, des brumisateurs, des ravitaillements tous les 2,5 km et encore de l’eau à l’arrivée », énumère Bernard Seureau, en plein rangement post-marathon au lendemain des courses.

Les mesures protectrices mises en place sont à géométrie variable selon les organisateurs. La Maisonnaise s’est tenue le même jour, 500 km plus au nord, dans le Val-de-Marne. « Pas question d’annuler même si de fortes chaleurs ont été annoncées dans le courant de la semaine. Quelque 70 coureurs n’ont pas franchi la ligne d’arrivée, certes davantage qu’aux éditions précédentes, mais cela arrive tous les ans quand ils ne sont pas suffisamment préparés et vont au-delà de leurs limites, il faut qu’ils aient davantage conscience de leur niveau », tacle Jean-Baptiste Sureau, coorganisateur de la course.

Une difficile anticipation

Le Parcours prévention santé en 2022, devenu Pass prévention santé en 2026, a été mis en place par la Fédération française d’athlétisme pour « responsabiliser » les adeptes du jogging lors de leur participation à des courses, via notamment des rappels de bonnes pratiques pour réduire les accidents. Il remplace ainsi le certificat médical. « C’était une grande hypocrisie. Le médecin le donnait parfois sans examen, y compris en téléconsultation, et on estime que 30 % de ceux envoyés aux organisateurs par les participants étaient des faux », juge Jean-Baptiste Sureau.

La prise de tension et la réalisation de quelques exercices une fois dans l’année n’auraient sans doute pas permis d’empêcher les incidents qui ont ébranlé des joggeurs aguerris. « Une exposition répétée à un stress thermique (par exemple, 60 à 90 minutes à 35-40 °C et 40 % d’humidité relative) pendant 7 à 14 jours permet à l’organisme de s’acclimater à la chaleur. » Or les températures basses qui ont précédé cet épisode de forte chaleur et le passage brutal d’un temps automnal à estival n’ont pas offert ce sas aux coureurs.

« Tout le monde se renvoie la balle »

« Tout le monde se renvoie la balle », reconnaît Jean-Baptiste Sureau, de même que « l’organisation aurait pu mieux prévoir les possibilités de réfrigérer les coureurs en prévoyant des zones où l’on aurait pu plonger les bras dans des bassines par exemple. Certains ravitaillements manquaient d’eau, car nous n’avions pas anticipé qu’ils allaient se jeter cinq verres sur le corps pour se rafraîchir plutôt que de les boire. »

D’une année sur l’autre, il est difficile d’anticiper les vagues de chaleur. « L’an dernier, à la même période, les secouristes étaient en doudounes, se souvient le coorganisateur de La Maisonnaise. Le calendrier est déjà bien rempli de courses tous les weekends, ce n’est pas envisageable de planifier la nôtre plus tôt dans l’année. On ne va pas ne plus rien organiser de mai à septembre, rester à ne rien faire dans des logements climatisés alors que la sédentarité est mauvaise pour la santé. »

La population se retrouve face à des injonctions contradictoires, « manger bouger », oui, mais jusqu’à combien de degrés ? En attendant des mesures collectives des États pour s’attaquer aux causes du dérèglement climatique et pénaliser ses responsables comme les grandes entreprises pétrolières, les événements dramatiques du weekend mettent en lumière quelques pistes à explorer à l’avenir pour limiter les dégâts.

Des changements de distances pour réduire l’intensité de l’effort, de parcours pour privilégier les itinéraires en bord d’eau et ombragés, ou d’horaires des courses sont envisageables. À Royan, le départ du marathon a été avancé à 7 heures plutôt que 7 h 30 cette année. Et ce, afin de prévoir un départ un peu plus à la fraîche.

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