Des agriculteurs productivistes empêchent une manifestation pacifique contre les pesticides

28 mars 2015 / François Veillerette

En Corrèze, les citoyens victimes des pesticides répandus massivement sur les pommiers ont subi les menaces d’agriculteurs : la manifestation pacifique de ce dimanche est de ce fait interdite. « Les tenants de l’agriculture chimique se sentent-ils au-dessus des lois ? »

En 2015, la Semaine pour les alternatives aux pesticides fête ses 10 ans. L’événement rassemble cette année encore, du 20 au 30 mars, des centaines d’associations, locales, régionales ou nationales en France et dans une vingtaine d’autres pays en Europe, en Amérique Latine ou encore en Afrique.

Le principe de cette Semaine est simple : informer sur les dangers sanitaires et environnementaux des pesticides, mais surtout démontrer qu’on peut se passer de ces toxiques, aussi bien en agriculture que dans la gestion des espaces verts, dans les jardins ou maisons des particuliers. Pour ce faire, elle met en avant les alternatives existantes à travers conférences, ateliers pédagogiques, visites de fermes, projection/débats, marches… Ces manifestations toujours pacifiques et bon enfant, réunissent chaque année des dizaines de milliers de personnes.

Une de ces manifestations était prévue ce 29 mars à Allassac, en Corrèze. En pleine zone pommicole, celle de la golden du Limousin. Les résidents des lieux sont en effet particulièrement motivés pour se mobiliser pour promouvoir les alternatives aux pesticides.

Alors que le nombre de traitements phytosanitaires des pommiers est en moyenne en France de 36, en Limousin, région sous influence océanique et donc assez humide, la pomme golden, sensible aux maladies, subit plus de 40 traitements avant d’atteindre les étalages. Dans une région rurale où les vergers sont fortement imbriqués dans l’habitat dispersé, on imagine ce que doivent subir les habitants !

Les familles sont directement exposées aux pulvérisations de pesticides, principalement entre avril et juillet. Adieu les barbecues dans le jardin, les siestes à l’ombre et les jeux des enfants quand les pulvérisateurs déversent un nuage de pesticides depuis les vergers voisins.

Menaces

Alors ces populations ont décidé de protester contre cette pollution dont elles savent qu’elle peut être dangereuse pour leur santé et celle de leurs enfants. Il y a 10 ans, une association a été créée pour répondre aux attentes locales : Allassac ONGF (Œuvrons pour la nature et les générations futures).

Cette année, pour la Semaine pour les alternatives aux pesticides, les membres de l’association et son fondateur Fabrice Micouraud - associés à d’autres partenaires - avaient prévu d’organiser un événement festif ainsi qu’une marche à Allassac, de déambulation champêtre entre les parcelles de pommiers en guise de protestation familiale et pacifique contre les pesticides, avec stands et casse-croûte au retour au bourg.

Mais malgré les intentions pacifiques des organisateurs, les choses ont tourné au vinaigre. Fabrice Micouraud a dû subir des menaces explicites, devant ses enfants. Ces menaces, Fabrice en a l’habitude depuis des années, mais cette fois-ci elles se sont faites plus précises et ont été accompagnées de menaces sur l’évènement prévu le 29 mars.

Les autorités ont en effet prévenu Fabrice : des dizaines voire des centaines d’agriculteurs pourraient venir perturber la marche prévue. Des responsables agricoles ont dû reconnaître la réalité de cette menace lors d’une réunion avec le sous-préfet. Nos amis d’Allassac ont dû se résoudre, la mort dans l’âme, à annuler eux-mêmes la manifestation ce jeudi. Il n’y aura donc pas de manifestation pacifique anti-pesticides, à cause des menaces et pressions exercées par certains agriculteurs extrémistes.

Au-dessus des lois ?

Déjà, quelques jours auparavant, une autre manifestation de la Semaine pour les alternatives aux pesticides avait été mise sous pression dans le Bordelais : des producteurs menaçaient de venir perturber une réunion publique. Le renfort de viticulteurs bios pour épauler les organisateurs face aux viticulteurs pro-pesticides a suffi à ramener le calme.

Ces menaces de violences à l’encontre d’écologistes pacifiques sont intolérables. Elles ne sont pas sans évoquer ces groupes d’agriculteurs de la région de Sivens érigés en véritables milices rurales contrôlant les allers et venues sur les routes conduisant au site du projet de barrage.

Les tenants de l’agriculture intensive chimique, désinhibés par les discours décomplexés de Xavier Beulin ouvertement pro-pesticides et productiviste, se sentent-ils tellement au-dessus des lois qu’ils pensent normal d’interdire les manifestations d’opinions contraires aux leurs ?

Il est vrai que les récentes manifestations agricoles et leurs cortèges de dégradations jamais facturées et encore moins punies pourraient leur laisser penser qu’ils sont au-dessus des lois. Il est urgent que le gouvernement leur rappelle qu’en République, c’est la loi qui prévaut, pas la force.

A moins, bien sûr, que cette intimidation des écologistes manifestant pour leur santé et leur environnement, n’arrange ce gouvernement, par ailleurs si faible face à la FNSEA !




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Lire aussi : Danger des pesticides : la veuve d’un agriculteur témoigne

Source : Courriel à Reporterre

François Veillerette est porte-parole de Générations futures.

Photo : Nadine Lauverjat

L’association Générations futures qui organise la Semaine pour les alternatives aux pesticides est partenaire de la prochaine Rencontre de Reporterre lundi 30 mars à Paris

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