Des partisans d’une ferme-usine menacent par le feu l’association écologiste

13 juin 2015 / Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre)

Dans la nuit de mercredi à jeudi à Heuringhem, dans le Pas-de-Calais, un opposant à une ferme-usine de 4 500 porcs se réveille en sursaut : de la paille et un pneu brûlent devant chez lui. Des intimidations qui pourraient être le fait de militants FDSEA, mécontents d’une décision de justice défavorable à la ferme-usine.


« J’ai été réveillé à 1h30 par les pompiers. Ils venaient d’éteindre un feu de paille sèche et d’un pneu allumé devant l’entrée de ma maison". Jean-Michel Jedraszak, porte-parole de l’association Aives, découvre également que des graffitis ont été peints sur la porte et sur la persienne de son cabinet médical, à quelques kilomètres de chez lui. Même chose devant la mairie. Banderoles et tags ont été laissés sur place : « Nous sommes tous Aurélie », inscrit dessus, du nom de la productrice à l’origine du projet de la ferme-usine de porcs. C’était jeudi matin 11 juin.

Devant le cabinet médical de Jean-Michel Jedraszak

« Nous n’avons pas de témoin, pas de preuve ; mais avec cette banderole, on sait que ça vient de la FDSEA, tout simplement parce qu’ils avaient la même banderole la semaine dernière lors de leur congrès régional », explique Jean-Michel Jedraszak. L’intimidation n’aura peut-être pas l’effet escompté : « Je suis plus déterminé que jamais, ça me renforce plutôt qu’autre chose. »

L’association Aives (Association intervillages pour un environnement sain) milite contre le projet de ferme-usine de porcs porté par Aurélie Bridault. Cette exploitation veut se doter d’un cheptel de 4 500 animaux, implantée sur la commune d’Heuringhem dans le Pas-de-Calais. La productrice de porcs assurait dans la presse locale que « 4 500 équivalents animaux, ce sont des termes administratifs. Cela correspond à un élevage de 282 truies productives, soit 312 truies présentes. » Sauf que l’installation engraissera aussi les porcelets, si bien que 4 500 animaux devraient être présents en permanence.

Le projet a été lancé en 2011 mais a subi un coup d’arrêt avec la suspension du permis de construire en octobre 2013. Après un an et demi d’arrêt des travaux, le tribunal administratif de Lille a rendu lundi dernier sa décision : l’annulation partielle du permis de construire.

A la mairie

Des actions militantes qui « méritent la qualification de fascistes »

Cette décision de justice ne semble pas avoir été acceptée par les défenseurs du projet. Jean-Michel Jedraszak de l’Aives est choqué : « Moi, je m’attaque à un bout de papier ; ça n’a rien à voir avec ce qu’il vient de se passer. » La Confédération paysanne quant à elle ne mâche pas ses mots. Elle condamne « fermement le comportement irresponsable des membres de la FDSEA 62, poussés par leur président à perpétrer des actes qui méritent la qualification de fascistes. »

A la mairie, banderole « Nous sommes tous Aurélie »

Le président de la FDSEA 62, Pierre Hannebique, trouve le terme tranché et il répond qu’« on nous parle des méthodes de la FNSEA mais regardez celles de la Confédération paysanne qui va démonter une salle de traite... » Mettre sur le même plan une action de démontage en plein jour sur le site de la ferme-usine des milles vaches et une autre qui déclenche un feu devant une habitation la nuit ne semble pourtant pas relever du même registre. Le président de la FDSEA 62 le reconnaît, « la réaction à la décision du tribunal est disproportionnée ». Quant aux feux déclenchés dans la nuit de mercredi à jeudi, il ne la revendique pas mais ne la nie pas non plus. « Je comprends que certains soient en colère et agissent ainsi, mais je ne cautionne pas. »

La réponse n’étonne pas, elle a déjà été entendue à de nombreuses reprises. On se souvient de la FNSEA qui avait piétiné des ragondins à Nantes. Réaction de Xavier Beulin, le président national : « Je considère que c’est une connerie et je ne cautionne pas ce type de dérapage. »

Il y avait eu en septembre 2014 l’incendie du centre des impôts et de la Mutualité sociale des agriculteurs dans le Finistère. Déclaration de Xavier Beulin, président national du syndicat qui a temporisé en expliquant que « c’est une action d’une violence certaine qui traduit malheureusement une exaspération, une détresse très forte dans le monde agricole aujourd’hui ». De son côté, le président départemental du syndicat agricole, Thierry Merret, avait carrément soutenu les délinquants, déclarant : « Je tire un coup de chapeau à ceux qui ont osé faire ce qu’ils ont fait. »

Devant le domicile de Jean-Michel Jedraszak, à l’arrivée des pompiers

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Lire aussi : Armé d’une tronçonneuse, le milicien FNSEA hurle : « Ta gueule, salope »

Source : Julie Lallouët-Geffroy pour Reporterre

Photos :
. Intervention des pompiers et traces des feux déclenchés : Jean-Michel Jedraszak


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